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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Le vernis de la nuance

Edito par Jean Rebuffat, le 06 janvier 2018

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Le geste de serrer la main à l'étranger fugitif met-il en péril la société? Photo © Jean Rebuffat

On entend déjà dire que 2018, ce sera du lourd, avec le centenaire de la fin de la Grande Guerre et le cinquantenaire de mai 68. Ah, les années en 8, depuis 1848... Mais la révolution russe était en 7 et la française, en 9. La Grande Guerre ne s'est vraiment terminée qu'en 1945 (et encore). Et cinquante ans plus tard, que reste-t-il de mai 68?

Un fantasme, selon Daniel Cohn-Bendit. Un mythe, donc, et l'histoire aime les mythes; ils construisent énormément; ce sont en quelque sorte des modèles mathématiques de nos réalités trop complexes. On se plaint énormément, ces derniers temps, du perte du sens de la nuance qui serait facilitée par le simplisme des réseaux sociaux. Mais la caricature et la polémique existent depuis des milliers d'années. Et certaines nuances font froid dans le dos.

Examinons un peu le sens profond des paroles du chef de groupe NVA à la Chambre des représentants (bref, le Parlement fédéral belge) dans l'interview qu'il a donnée au Soir.

L'homme, Peter De Roover, endosse une modération factice vernissée d'humanisme avec un discours du genre «Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde» (comme si la Belgique le faisait!) même si nous avions le souhait car cette morale vertueuse et idéaliste entrerait en confrontation avec une autre morale consistant à maintenir ici un modèle social auquel tout le monde tient. Ces deux morales entrent en collision (sont-elles pour autant antagonistes?). Jusque là, tout va bien, comme disait celui qui avait sauté du WTC le 11 septembre en passant devant le premier étage. Mais suivons le raisonnement pervers de Peter De Roover. La Belgique respecte le droit international et accorde l'asile à qui le mérite; certes les critères sont sévères. On peut donc renvoyer des gens au Soudan où il est avéré que ceux qui y sont réexpédiés ne sont pas tous torturés. Il y a certes des bruits fâcheux, voire même peut-être fondés, parlant de cas de torture. On enquêtera mais si d'aventure ces bruits devaient être démentis, la gauche incriminerait l'enquête. Là, c'est aussi fort que l'impénétrabilité des desseins de Dieu qui explique d'une formule ce qui n'est pas explicable ou excusable: l'accusation de mauvaise foi est inversée et déjà énoncée a priori. En d'autres termes, ils crieront de toute façon, ne les écoutez donc pas. Mais il y a plus fort: une critique rétrospective de l'action supposément laxiste des gouvernements antérieurs (sous-entendu: sous la coupe socialiste) qui a conduit, ou – je cite, admirez la nuance – «risque en tout cas de conduire à une déstabilisation de la société», rien moins. Ce n'est pas fini: le dérapage final arrive. Non seulement c'est la faute aux autres même quand ils n'ont plus rien à dire, mais ce qui est en péril, c'est l'équilibre auquel veille sagement la NVA «dans, par exemple, le maintien de la sécurité ou le fait de maintenir le sentiment, oui, d'être chez soi, à l'intérieur de nos frontières».

Waar Vlamingen thuis zijn.

Commentaires

Portrait de Christian Carez
Cher Monsieur, Pourquoi terminer avec "Waar Vlamingen thuis zijn"? Tous les flamands, loin s'en faut, ne sont pas des sympathisants dela NVA. Ni des anciens collabos . . .

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