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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

De qui la polémique migrants fait-elle le bonheur?

Edito par Jean Rebuffat, le 26 janvier 2018

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Manifestation à Bruxelles "Let’s Bring Them Here" en mars 2017 Photo © Jean-Frédéric Hanssens

A ceux qui imaginent qu’il n’y a guère que des nuances entre démocrates, le débat actuel sur les migrants, tant en Belgique qu’en France, montre qu’il n’en est évidemment rien et que l’éternelle question des droits de l’homme n’est pas consensuelle du tout. Ici même, nous avons déjà souligné combien perverse pouvait être l’apparente modération empreinte d’une fausse idéologie droit-de-l’hommiste revendiquée par une droite bien plus dure qu’elle ne veut l’apparaître et résolument offensive vis-à-vis d’une gauche qu’elle caricature pour la discréditer. Remettons les choses au point en rappelant quelques faits.

Le premier, c’est que l’Europe occidentale a une histoire intimement liée à la migration, que la vague aille dans un sens ou dans un autre : il y a eu émigration, il y a eu immigration, il y a eu des mouvements migratoires internes liés même parfois à quelques solides horreurs, comme les guerres de religion ou le colonialisme. Les gens qui ont faim, qui ont peur ou qui sont curieux bougent et rien n’empêche cela. L’idée selon laquelle il faudrait aider les populations déshéritées sur place pour assécher les flux trouve là sa limite, soit dit en passant.

Le second, c’est qu’à certains moments, qu’il s’agisse de calcul ou de générosité, les puissances même archaïques finissent par constater que la gestion de la cité n’est plus possible parce qu’elle est en décalage entre la théorie et la pratique. On assiste alors à des vagues de régularisation qui n’ont jamais fait s’écrouler ces puissances. L’édit de Caracalla, qui en 212 conférait la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’empire, en est un parfait exemple. Même l’Amérique de Donald Trump semble s’apprêter à faciliter l’obtention de la nationalité américaine à près de deux millions d’illégaux.

Le troisième, c’est que les chiffres ont l’air énorme alors qu’ils sont modestes. Il y a sept milliards d’êtres humains sur la planète et sept millions ne sont jamais que la millième partie de sept milliards. Ceux qui estiment qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde peuvent se rassurer: elle ne viendra pas.

Le quatrième, c’est la distorsion entre la perception globale du problème par les opinions publiques et les comportements individuels. La différence vient de l’humanisation liée au fait de connaître personnellement les individus et de constater qu’en fait… ils sont comme nous. Certains l’admettent par idéologie mais en fait, et c’est pour cela qu’il ne faut jamais désespérer de la nature humaine, il n’y a qu’à penser au syndrome de Stockholm: il existe un fond de solidarité inhérent à notre statut d’animal social qui nous rapproche naturellement les uns des autres. Même les gens qui estiment qu’il faut ramener les migrants aux frontières s’opposent à l’expulsion de ceux qui sont dans leur village et qu’ils ont appris à connaître.

Non, la gauche n’est pas en guerre idéologique pour tenter de donner mauvaise conscience au peuple rétracté par l’angoisse des changements ou pour mettre en place un business juteux. Au contraire, c’est elle qui va dans le sens de l’histoire, laquelle a commencé quand quelques primates à la peau sombre ont quitté le rift africain. Où est le drame du métissage? Il a toujours existé. Le rêve de l’eldorado est un héritage commun. Tous, nous voulons un monde meilleur, pour soi d’abord la plupart du temps, et puis nous comprenons que nous n’y arriverons pas s’il n’est pas meilleur un peu plus largement. Le bonheur est une idée neuve dans l’histoire de l’humanité. Elle peut engendrer sa recherche égoïste mais aussi une profonde aspiration à l’égalité. C’est de cet équilibre dont il est question aujourd’hui. Trier les migrants et tordre nos valeurs ne rendront finalement pas grand monde plus heureux.

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Une loge maçonnique belge écrit aux parlementaires fédéraux 

Comme le souligne le texte que nous publions ci-dessous, il est inhabituel d’observer ce type de réaction a fortiori émanant non pas d’une obédience maçonnique mais d’une loge unanime qui a estimé de son devoir de demander aux parlementaires fédéraux belges qui sont maçons de s’opposer à la loi permettant des visites domiciliaires. En général, les principales obédiences belges de la franc-maçonnerie adogmatique (Grand Orient de Belgique, Droit Humain, Grand Loge de Belgique, Grande Loge Féminine de Belgique, Lithos) communiquent uniquement, par exemple via leurs sites, sur la démarche maçonnique ou sur la manière de poser sa candidature. Il arrive exceptionnellement (ce fut par exemple le cas lors de l’attentat visant Charlie Hebdo) qu’une obédience réagisse en tant que telle. Au sein des obédiences, une réflexion traverse périodiquement les frères et les sœurs quant à ce qui est appelé l’extériorisation. Une partie d’entre eux et d’entre elles estiment que si la démarche maçonnique est en même temps cheminement personnel et collectif, il appartient plutôt à chaque frère ou à chaque sœur de transcrire à titre individuel le fruit de ses réflexions. Nul mot d’ordre n’est jamais donné et il y a des maçons dans tous les partis démocratiques. Rien d’ailleurs n’interdit à chacun.e des francs-maçons de révéler son appartenance mais il ou elle ne peut parler qu’en son nom propre. On notera qu’ici, le texte est à usage interne. Une fuite (dont j’ignore si elle est délibérée ou non) en a permis la publication hier sur le site et aujourd’hui samedi 27 janvier 2018 dans l’édition papier. Nous avons jugé utile de le diffuser in extenso. Le voici. (J.R.)

Ainsi que le texte "Notre droit d'asile", un communiqué de la Fédération française du Droit Humain

art. 14 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948.

1. Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays.
2. Ce droit ne peut être invoqué dans le cas de poursuites réellement fondées sur un crime de droit commun ou sur des agissements contraires aux buts et aux principes des Nations Unies.

Aussi loin que l’on puisse remonter dans l’histoire de l’Humanité, le genre humain n’a cessé de chercher des lieux pour nourrir et protéger sa famille. Pour cela, il lui fallut surmonter de nombreux obstacles sur son parcours. L’instinct de survie, le besoin de vivre en paix ont toujours été les moteurs de sa quête.

De tout temps les hommes ont fui devant les catastrophes, qu’elles soient naturelles ou provoquées par leurs semblables. Malheureusement pour certains les terres de paix et de prospérité où ils s’étaient posés sont devenues des lieux de violence qu’il leur faut à nouveau quitter.

Devant ces dangers mettant en cause leur vie, nulle barrière ne peut exister, nulle loi ne peut les arrêter, aucune contrainte administrative ne peut les faire changer d’avis et ils deviennent « les migrants » que nous avons le devoir d’accueillir.

En 2017, en France, 100 000 hommes, femmes et enfants sont venus frapper à la porte de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides). 43 000 d’entre eux ont été considérés comme relevant du « Droit d’asile » reconnu par les conventions de Genève. Les 57 000 autres ont été ou vont être reconduits hors de notre pays vers leurs misères et les réseaux de passeurs, vers la famine et les bombes, vers la captation de la liberté de conscience. Nous ne pouvons l’accepter.

Au nom de « l’équilibre national ou européen », des hommes et des femmes politiques jettent l’opprobre sur ces êtres humains, les accusant de tous les maux dont celui de leur coût. Ces mêmes politiques, au nom d’un discours populiste, approuvent et financent la construction de murs en béton ou en barbelés, créant ainsi des espaces différenciés (plus de 300 km de ces murs entre 2014 et 2017). Constructions inutiles parce que rien n’arrête celui qui veut sauver sa vie.

Si les sommes allouées pour la construction de ces barrières aux frontières de l’Europe étaient utilisées pour l’accueil effectif des migrants (services des étrangers en préfectures, OFPRA* en France …), soit en les reversant aux associations d’aide aux migrants, soit en les consacrant à la construction de centres d’accueil, l’Europe et donc la France – pays des Droits de l’Homme et de la liberté de circulation – seraient alors à la hauteur de leurs Principes et de leurs Valeurs.
Ainsi, nous pourrions réellement remplir notre Devoir d’Asile auprès de ces Etres humains qui fuient leur pays pour des raisons économiques, politiques, religieuses ou environnementales, en appliquant nos principes d’Humanisme. Ils pourraient de ce fait attendre que, sur leurs territoires, la fureur des canons ou des prédicateurs se taise pour, un jour peut-être, revenir chez eux se reconstruire en paix.

Permettre à tous les êtres humains de conserver leur dignité en droit et en conscience, voilà le devoir auquel s’obligent les Francs-Maçons du Droi Humain. Nous n’oublions pas notre devoir de solidarité, au cœur de notre engagement respectueux du droit humain.

Lire aussi par ailleurs:

"Humaniste, votre gouvernement ? par Pierre Galand : https://www.entreleslignes.be/le-cercle/pierre-galand/humaniste-votre-gouvernement

"Et qui frappe ainsi?" par Henri Bartholomeeusen, avocat, Président du Centre d’Action Laïque https://www.laicite.be/qui-frappe-ainsi/

 

Commentaires

Portrait de Fattoum Abidi
Bel article qui invite à méditer mieux pour un sort humain qui est incompris et indécis .
Portrait de Fattoum Abidi
J'aime bien écrire chez vous des articles si vous le voulez bien. Mes sincères amitiés mon e- mail: fattoumabidi57@yahoo.fr Je suis abonnée à votre' Infolette' Votre Fattoum Abidi.

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