semaine 50

MM. les professeurs, tirez les premiers

Edito par Jean Rebuffat, le 23 février 2018

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Emma Gonzalez, 18 ans, rescapée de la tuerie et héraut de la révolte étudiante contre la vente libre des armes, a du bon sens et du culot: "Si le président Trump vient me présenter ses condoléances, je lui demanderai combien la NRA lui a donné pour sa campagne". Capture d'écran du New York Times

La dernière idée géniale de Donald Trump à propos de la dernière tuerie atroce dans une école américaine figure certes dans son panthéon personnel. La solution à ces massacres? Bien mieux que contrôler ou interdire la vente libre d'armes... armer les professeurs!

Notez que cette idée, il n'est probablement pas le seul à l'émettre à voix haute. Le chanteur des Eagles of Death Metal, rescapé de la tuerie du Bataclan, n'a pas dit autre chose en regrettant qu'on ne puisse pas venir en France à un concert avec une arme en poche, ce qui, selon lui, aurait stoppé aussitôt le carnage terroriste. Mais comme il est auréolé du statut d'homme courageux ayant failli être une victime, cette connerie n'a pas été dénoncée avec vigueur, comme si le fait d'avoir été épargné par le destin constituait un certificat d'excellence.

Quand le premier professeur armé sortira-t-il son flingue et se mettra-t-il lui-même, exaspéré par ses élèves, un chahut, un problème conjugal ou financier, à arroser largement autour de lui? Prenons les paris: avant la fin du mandat de Donald Trump.

En Belgique, il fut une époque peu lointaine – une quarantaine d'années – où les cours d'assises acquittaient régulièrement les cocus chatouilleux de la gâchette qui allaient régler leurs comptes en s'achetant une carabine 22 long rifle en vente libre. L'armurier, bien sûr, ne remarquait jamais la moindre anomalie de comportement dans le chef de son client. On mit fin à cette latitude et on priva ainsi beaucoup de chroniqueurs judiciaires comme moi de beaux procès sanglants (certes un peu répétitifs). En théorie, ces armes étaient faites pour s'amuser.

... Eh bien c'est vrai, quoi! Si on ne peut même plus rigoler, maintenant!... Et puis de toute façon, c'est la faute au FBI, qui fait mal son métier, se concentrant sur l'enquête à propos des ingérences russes dans les élections présidentielles américaines au lieu de passer son temps sur Facebook à guetter tous les détraqués surarmés qui annoncent la suite sur leur mur (un mot qui plaît beaucoup à Donald Trump).

La seule chose rassurante, dans tout ça, est l'opinion de Michel Wolff, l'auteur de «Fire and Fury» quant à la possibilité de voir Donald Trump déclencher une guerre nucléaire telle que relatée dans «Le Soir»: «Déclencher une guerre, c’est extrêmement complexe. Il n’a aucune expérience pour cela et cela ne l’intéresse d’ailleurs pas. Il est entouré de généraux mais ce n’est plus du tout comme dans le temps. Avant, c’étaient des hommes d’action. Maintenant, tout repose sur des algorithmes militaires. Mais lui ne supporte pas tout cela. Un PowerPoint, il ne peut pas y consacrer plus de quelques minutes. Ça limite considérablement sa capacité de nuire.»

Pas encore assez, dirait Emma Gonzalez.

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