semaine 50

Un millimètre et quelques kilomètres

Edito par Jean Rebuffat, le 02 mars 2018

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Si vous voulez en acheter un, tapez "acheter un fusil d'assaut" sur votre ordi... Photo libre de droits fournie par le musée suédois de l'armée

Si le monde était parfait, cela se saurait (ou en fait personne ne le remarquerait). Je suis assez d'avis que tout pas dans la bonne direction est utile mais il faut en regarder la mesure. Ainsi en va-t-il de la révolution trumpienne consistant à retarder de 18 à 21 ans le droit d'acheter un fusil d'assaut librement...

Un petit pas pour l'homme, mais un grand pas pour l'humanité? Ici le millimètre est bien la millième partie du mètre, lui-même millième partie du kilomètre, et il y en a, des kilomètres à boucler, avec ce fameux amendement américain! Donc disons que Trump a effectué – en paroles, il s'arrêtera peut-être là ou fera même demi-tour – moins d'un millionième du chemin à parcourir et n'en parlons plus.

Ainsi en va-t-il aussi de ces jours-ci pour la Catalogne, la France, la Belgique ou l'Italie, pays latins (oui, je sais, pour la Belgique c'est en partie discutable) où le verbe et l'incantation font partie du fond de culture. Ainsi donc, Carles Puigdemont renonce-t-il provisoirement à reprendre la présidence de la Catalogne. Geste d'apaisement? Fin de non-recevoir en face, on ne bougera pas d'un millimètre alors qu'un seul pas pourrait suffire. Car le pouvoir central castillan ferait bien de se méfier des retours de manivelles. Un jour peut-être regrettera-t-il son intransigeance quand il n'aura plus à affronter des élus devant rendre des comptes mais des fous qui ne voient de solution que dans la violence. Puigdemont apparaîtra alors comme un vieux sage à la Berlusconi... Ah, les retours en politique! Celui-ci est assez stupéfiant mais il n'est pas le seul du genre (pensons à Netanyahou). À croire que la résilience des peuples est sans limite, comme la bêtise humaine. Celle qui permet à des apprentis-sorciers, eux, de courir sans vergogne à grandes enjambées là où ils feraient mieux d'être prudents. Cette détestation des médias, très en vogue en République, surtout parmi les populistes, souverainistes voire carrément fascistes, est vieille comme le monde. Couper la tête aux messagers des mauvaises nouvelles, c'est essayer de les effacer. Reste à voir si ça marche et on peut en douter.

Le pompon, cette semaine, je le décerne au sieur Reynders, dont la mauvaise foi se mesure en bottes de sept lieues. L'homme a des ambitions bruxelloises et souhaite transplanter dans la Région capitale la majorité dite suédoise qui gouverne la Belgique fédérale avec le doigté, le sens des nuances et du respect des droits de l'homme que l'on apprécie à sa juste valeur. Il veut donc gouverner Bruxelles avec la NVA, ce sera toujours mieux qu'avec les socialistes, n'est-ce pas? Ils trimballent tant de casseroles... (même celles qu'ils débusquent eux-mêmes). Didier Reynders est conseiller communal à Uccle (dont le conseil a voté une motion dénonçant les visites domiciliaires). Mais qui fait tinter les casseroles dans ces beaux quartiers? En tablant sur l'amnésie collective d'une part (le MR est blanc comme la neige sur une autoroute occitane) et une caricature de l'autre (PS=affaires), c'est aussi prendre les électeurs pour des imbéciles. Et cela ne marche pas toujours, à en juger par les sondages. Comme l'intransigeance ou le mensonge, le populisme a ses limites.

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