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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

La république des trolls

Edito par Jean Rebuffat, le 23 mars 2018

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Photo due à Patrick Kovarik (AFP) et capturée sur le site de France Culture. Le personne de gauche est un ancien dictateur libyen et celle de droite, un ancien président français.

Que la démocratie soit par définition relative, c'est une évidence. Souvent citée en exemple, la démocratie athénienne à l'antique ne concernait que deux mille personnes (de sexe mâle). La difficulté a été contournée en imaginant la démocratie représentative, encore que le tirage au sort ait un peu subsisté (même dans nos cours d'assises napoléoniennes). L'actualité immédiate nous en indique bien des limites et des dérives. Mais est-ce une raison de crier élections, piège à cons?

La mise en examen de Nicolas Sarkozy en est un parfait exemple. L'ancien président de la République française le jure: la politique, c'est terminé mais (trémolos gaulliens), la France, ça non jamais, amour toujours, et en le salissant, c'est la Frrrrrance qu'on vise. Et d'ailleurs sans tous ces méchants qui complotent, il aurait été réélu en 2012... Mais le tweet de Ségolène Royal est parfaitement fondé: le second tour de 2007 s'est-il joué à armes égales?

Et les dernières présidentielles américaines? Il saute de plus en plus aux yeux que la Russie et son président fraîchement réélu aiment bien aller voir ailleurs s'il n'y a pas un candidat à favoriser, Marine par ci, Donald par là; pour cela, rien ne vaut de discréditer l'autre. Officiellement, c'est juré, Poutine n'y est pour rien, comme pour cet espion londonien, pour l'Ukraine et la Crimée, pour la Syrie ou même pour le dopage... à croire qu'au KGB personne ne s'était rendu compte qu'il était nul – et à croire aussi qu'il n'est pour rien dans sa propre et triomphale réélection, d'une immaculée pureté, comme chacun sait. Les opposants n'avaient qu'à être éligibles. Encore qu'il reste la tactique espagnole pour supprimer ce détail: élus, on peut aussi les coller au trou et autant de fois qu'il le faut, demandez le mode d'emploi à Madrid plutôt qu'à Barcelone.

Des armées de trolls profitent des largesses des nouvelles normes de la propagande pour nous inonder de fake news, même que Mark Zuckerberg n'arrête décidément plus de s'en excuser... Désormais, bourrer les urnes, c'est ringard. C'est bourrer la tête des citoyen.ne.s qui est efficace. Ou ne pas la remplir, cela marche aussi. En Belgique, l'armée mérite bien l'appellation de grande muette: elle n'alerte pas le ministre de rapports qui laissent supposer que la durée de vie des avions de combat F16 peut être rallongée autant qu'une centrale nucléaire vieillissante, c'est dire!

Face à cela, quelques artisans non pas de la vérité mais du droit d'informer continuent leur métier. Quoi, vous voudriez que les élections se passent loyalement, alors? Dis, Mark, tu n'aurais pas quelques données compromettantes sur ces emmerdeurs d'Entre les Lignes?

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