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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Le moineau et le goéland

Edito par Jean Rebuffat, le 04 mai 2018

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Deux espèces proliférantes. Photo © Jean Rebuffat

En quoi la disparition soudaine du moineau dans les villes peut-elle nous concerner, au-delà du côté sympathique du petit volatile (qui n'est d'ailleurs pas qu'urbain)? L'homme aime la nostalgie et aime se réfugier dans un passé mythique, y compris dans l'écologie. Si 95% des moineaux ont disparu à Bruxelles, des chercheurs essaient de recréer un mammouth, espèce éteinte voici 4.000 ans... Faudra-t-il attendre l'extinction du moineau jadis si courant pour comprendre que tout cela n'a rien d’anecdotique?

L'homme a entamé un vaste programme d'extinction des espèces aussi spectaculaire que la disparition des dinosaures. Certes, il ne le fait pas exprès mais c'est une conséquence de la prolifération de notre propre espèce, de la déforestation, de l'urbanisation, de l'agriculture intensive, des changements climatiques, de l'usage des pesticides et des engrais, de la surexploitation des ressources naturelles... et aussi de cette illusion selon laquelle la pollution jugulée, la nature reprendra tranquillement ses droits. Hélas, c'est croire qu'en agitant un kaléidoscope, on peut revenir à l'image antérieure.

Le problème, contrairement à une idée reçue, ne concerne pas que les générations futures. Elle touche à l'essence même de notre vie présente. La protection de l'environnement ne se limite pas à trier ses poubelles consciencieusement ni à compter sur les autorités municipales pour nettoyer les plages. Bien sûr, tous les petits gestes comptent et une prise de conscience se dessine (la preuve par cet éditorial), mais cela ne suffit pas. Les circuits courts, l'agriculture raisonnée, très bien, mais cela ne suffit toujours pas. Les espaces protégés, le traitement des eaux usées, bravo, mais cela ne suffit pas encore. En réalité, c'est précisément parce que rien n'est ni suffisant ni immédiatement évident que les gens pensent que des villes sans moineaux, eh bien tant pis et après nous les mouches... Mais les populations des insectes volants en Allemagne ont décru de 80% en moins de trente ans: il n'y aura plus de mouches! Il y a par contre plus de goélands qui bouffent nos déchets: les gagnants de cet appauvrissement de la biodiversité sont ceux qui vivent de l'inconscience de l'homme et qui s'y sont adaptés. La ville semble accélérer la sélection naturelle, dont on pense erronément qu'elle est extrêmement lente. Une certitude: l'extinction d'une espèce, elle, peut être extrêmement rapide.

Restera à recréer des moineaux en laboratoire...

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