semaine 47

Guerre et paix

Edito par Jean Rebuffat, le 11 mai 2018

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L'actuel président peut-il défaire ce qu'a fait son prédécesseur? Photo libre de droits J. Oni/VOA

La versatilité des grands de ce monde a souvent fait les guerres mais parfois aussi des paix improbables. Le cas Donald Trump est particulièrement exemplaire. On le voyait déclencher les feux de l'enfer sur la Corée du Nord; il va rencontrer Kim Jong Un à Singapour. Et depuis le temps qu'il menaçait de résilier l'accord concernant la dénucléarisation de l'Iran en échange de la levée des embargos, on finissait par espérer qu'il ne s'agissait que d'une rodomontade. Eh bien c'est fait et la guerre menace.

Passons sur le fait même qu'en dénonçant un accord qui semblait respecté, Donald Trump, en défaisant l'action de son prédécesseur, remet en cause un principe aussi utile en droit international que la continuité de l'état et concentrons-nous sur les raisons invoquées, qui de toute évidence rappellent tragiquement la deuxième guerre d'Irak. Comme les Dupont-Dupond, les apprentis-sorciers qui nous gouvernent assurent que des preuves, ils en trouveront. Deux pays soutiennent les États-Unis dans ce dossier: l'Arabie saoudite et Israël, drôle d'alliance, certes, mais la mise en scène du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, avait un côté délibérément biaisé. Que les Israéliens, gens souvent bien informés, aient eu vent dans les années 2000 que l'Iran essayait de construire la bombe nucléaire, c'est un fait, et la documentation présentée, en effet, est impressionnante, ou plutôt l'aurait été... si l'on était en 2003.

L'Europe et la Russie tentent de calmer le jeu. Une rencontre européenne avec l'Iran est prévue à Bruxelles et l'Iran a déjà fait savoir que si l'Union européenne maintenait l'accord dans tous ses effets (donc en ce compris la levée de l'embargo), l'accord continuerait à être respecté de son côté.

Les premiers moments ont présagé le pire: tant l'Iran qu'Israël ont déjà joué de la musculation militaire. Le calme actuel risque d'être celui dont on dit qu'il précède la tempête. Pour éviter celle-ci, quelles concessions les Européens peuvent-ils obtenir des États-Unis? Le marché iranien s'ouvrait et il est vrai que s'il faut choisir entre faire des affaires avec l'Iran ou avec les États-Unis, on se doute que le choix sera vite fait. Or quand on constate à quel point là aussi Donald Trump navigue à l'humeur et semble prêt à déclencher quelques guerres commerciales, on n'est pas optimiste.

L'adage dit qu'il faut préparer la guerre pour avoir la paix. Mais c'est aussi un bon moyen d'avoir la guerre.

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