semaine 47

Le trompe-l'œil est une entourloupe

Edito par Jean Rebuffat, le 06 juillet 2018

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Une image d'archives d'une manifestation de 2010. Il a toujours fallu se battre pour garder nos libertés. Photo © JFHanssens

Il était une fois un magicien qui se prénommait Charles et qui s'était spécialisé dans un type d'illusion un peu particulier, dite du recadrage. Et puis un jour d'audace, il a décidé d'essayer le hors-cadre. Pensez: il gouvernait un pays étrange où (selon des estimations concordantes) plus de soixante pour cent des citoyens se fichaient des religions mais où une église avait encore énormément de ressources, toute séparée qu'elle était de l'état, et imprégnait encore les institutions.

Donc une très nette majorité des citoyens (y compris une partie de ceux qui, stoïques, essayaient parfois de repeupler les églises désertes à la messe du dimanche ou continuaient à se dire croyants, on ne sait jamais, Blaise Pascal l'avait parié) désiraient que l'IVG soit sortie du Code pénal.

Attention, danger! Une majorité des députés aurait pu y parvenir. Alors le magicien a sorti de son chapeau un projet de loi inattendu qui allait mettre tout le monde d'accord: oui, on sortirait l'IVG du Code pénal.

Oui mais...

Oui mais les termes de la loi actuelle, fruit d'un premier compromis datant d'un tiers de siècle et qui avait donné lieu à cette comédie que fut l'interruption volontaire de règne du roi Baudouin, seraient tout simplement déplacés juste à côté. Bref ce serait exactement la même chose mais tout est dans le symbole, n'est-ce pas?

Raté. Une loi de santé publique, d'accord, mais qu'est-ce que c'est que ces restrictions qui forcent encore des femmes à franchir une frontière pour interrompre une grossesse indésirée?

La Belgique avait quelques longueurs d'avance dans le domaine des lois éthiques. Eh bien c'est manquer de courage de ne pas aller jusqu'au bout des libertés. Quand le magicien rate son truc, il est sifflé et fort justement. Comme le fut François Hollande qui ne se résolut jamais, hors mariage pour tous, à transcrire dans la législation française des promesses électorales qui avaient l'assentiment majoritaire.

Que ce soit parce qu'elle fait crier dans la rue ou qu'elle agit en sous-main, l'église joue la montre. C'est toujours ça de pris. Sur nos libertés. La tolérance n'est pas un compromis: c'est un état d'esprit. Qui oblige qui à avorter? Personne. Les pressions se font d'ailleurs toujours dans l'autre sens, on le voit encore ces derniers jours en Pologne, et en Italie, peu de médecins osent interrompre des grossesses pour ne pas perdre leur travail. La tolérance c'est donc de permettre, comme l'euthanasie, et de ne jamais contraindre, et ce n'est certainement pas ce chèvre-choutisme indigne.

 

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