semaine 46

Après moi le déluge

Edito par Jean Rebuffat, le 12 octobre 2018

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Les nuages menacent. Le spectacle sera grandiose. Et les dégâts, considérables. Ici l'ouragan Michael en Floride. Photo © DP

Il y a les épiphénomènes (qu'on appelle parfois l'actu) et les phénomènes naturels qui nous rappellent chaque semaine un peu plus que la catastrophe n'est pas imminente: elle est déjà là. D'ailleurs quand on dit phénomènes naturels, la plupart sont eux-mêmes dus à l'action de l'homme... Pendant ce temps-là, le Giec est optimiste et la Nasa, pessimiste.

Explications. Il y a déjà eu dans la nature des modifications climatiques considérables qui n'étaient pas causées par la prolifération de l'espèce humaine et le dégagement considérable de dioxyde de carbone qui s'en est suivi et qui continue à s'aggraver. Là, on pouvait parler de phénomènes naturels, qu'il s'agisse de mouvements géothermiques, d'éruptions solaires ou d'accidents interstellaires. La séquence glaciations-réchauffements qui sont assez fréquents même en période historique n'est pas due à l'homme. Par contre, celui-ci, actuellement, fait aussi fort que la nature. Ne vivant qu'un petit instant par rapport aux siècles et aux millénaires qui défilent, l'être humain se repose sur la croyance erronée que rien ne bouge autour de lui. Tout semble éternel parce qu'à l'échelle d'un an ou même d'une décennie, la rivière est toujours là, la mer reste derrière la digue et les montagnes silhouettent immuablement le même horizon. Or même cela n'est plus vrai. Car tout s'accélère. Les falaises s'écroulent, les rivières débordent, les glaciers fondent; les orages dévastent, les ouragans frappent, la sécheresse cependant règne.

Hier à Uccle, la température enregistrée sous abri était de 24,1 degrés. On peut égoïstement se réjouir d'un tel nouveau record: c'est agréable de se promener en chemise et de dîner en terrasse. Mais ces records sont battus comme l'étaient ceux des nageuses est-allemandes dans les grandes années du dopage: sans cesse et toujours plus vite.

Le rapport du Giec dont on a tant parlé cette semaine fait observer qu'il faudrait essayer de viser à 1,5 degrés le réchauffement climatique et estime, en collège d'experts crédibles (même si bien sûr d'aucuns les contestent), qu'un réchauffement de 2 degrés serait déjà nettement plus meurtrier pour bien des espèces. La Nasa, à long terme, pronostique plus inquiétant: c'est notre civilisation qui pourrait s'écrouler d'un coup, en trouvant des ressemblances entre la situation actuelle et certains effondrements civilisationnels historiques. En quelque sorte, c'est un rappel de Paul Valéry: «Nous autres, civilisations, savons désormais que nous sommes mortelles». Mais elles s'en fichent. «Après moi les mouches», disait Mme de Pompadour à Louis XV en 1757. Ce en quoi elle se trompait: les mouches disparaissent. Elle aurait mieux fait de dire «Après moi le déluge»...

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Commentaires

Portrait de pierre REMY
la terre trouvera d'elle meme la maniere de regler les desequilibres causes par l'homme.....malheur a nous qui n'avions pu su respecter notre planete

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