semaine 46

Les extrêmes ne se valent pas

Edito par Jean Rebuffat, le 19 octobre 2018

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Une élection, c'est un sondage d'opinion. En vrai. Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Une nouvelle fois, la démonstration de la supériorité du suffrage universel sur les sondages d’opinion a été vérifiée par les élections communales belges de la semaine dernière. Mais à posteriori, l'enjeu de la formation des coalitions semble offrir des perspectives plus novatrices. Il concerne le fameux cordon sanitaire autour de l’extrême droite et le ni ni souvent entendu, excluant du même coup l’extrême gauche du champ fréquentable par les partis démocratiques. La gauche démocratique habituelle, à savoir le PS, négocie en effet d’éventuelles alliances avec le PTB, clairement positionné plus à sa gauche.

Un bref rappel s’impose en préalable. Côté francophone d’abord. On s’attendait à une percée verte, elle fut plus profonde que prévu; celle de l’extrême gauche a correspondu aux prévisions; Défi n’a pas réussi sa mue quasi-macronienne, stagnant à Bruxelles; le PS a mieux résisté qu’attendu; le MR a connu une pire défaite que ce qui était généralement pronostiqué et le CDH a confirmé son érosion perpétuelle. Évidemment, il y a des variations locales et des situations particulières, mais elles sont moins fréquentes que du côté flamand, où la démocratie chrétienne fait de la résistance.

Dans un pays comme la Belgique, très attaché historiquement aux libertés et à l’autonomie communales, le premier échelon du pouvoir est resté important, notamment au niveau de l’aide sociale. À ceci s’ajoute le hasard du calendrier qui a fait de ces élections locales une répétition générale des élections régionales, nationales et européennes de juin 2019. La formation des majorités est donc à la fois affaire locale et possible laboratoire… croire que cela ne concerne personne au-delà des frontières communales est naïf. C’est dans ce contexte que l’ouverture des négociations PS – PTB à Charleroi ou à Molenbeek, pour prendre les deux cas les plus emblématiques, doit s’apprécier. PS et Écolo mis à part (encore que les Verts aient une tendance indéniable à rejoindre des majorités de droite, parfois même de façon incompréhensible, comme à Uccle), en vertu du ni-ni, personne ne veut négocier avec le PTB. D’où des cris d’orfraie peut-être bien hypocrites en Flandre où l’on fait mine de refuser toutes les compromissions avec tout extrémisme. Et notamment avec l’ex-Vlaams Blok. Déjà qu’à la NVA, populisme et droite dure rendent pertinente la question du sentiment démocratique des nationalistes flamands, on sent bien que ce parti est capable de se servir d’un accord PS – PTB pour rompre le cordon sanitaire qui jusqu’ici écarte le Belang des cercles du pouvoir.

Confondre l’extrême droite avec l’extrême gauche en vertu de l’équation Hitler=Staline est historiquement non fondé et bien pratique, en fait. C’est un de ces raccourcis qui n’a de la vertu que l’apparence. Au contraire, la gauche n’a jamais aussi bien fonctionné que lorsque toutes ses composantes s’entendent.

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Commentaires

Portrait de Brassinne
Je suis tout à fait d'accord confondre Hitler avec Staline est une erreur... Staline était pire ! (https://www.contrepoints.org/2013/06/24/128859-les-genocides-de-staline). Les 2 extrêmes se valent et ne méritent aucune complaisance, ni aucun accord. On l'a encore vu récemment avec les réactions de Mélenchon qui sont aussi honteuses que les divagations de Salvini en Italie.
Portrait de J.Grippa
pas d'accord avec M.Brassine. C'est effectivement quand la gauche a réussi à s'unir que les avancées sociales ont été les plus importantes. Voir le front populaire. Malheureusement actuellement la gauche est sur la défensive face aux multinationales et à des partis dits "populistes" qui veulent détricoter les acquis de nos parents : sécurité sociale, services publics, ... Pour une union de la gauche.

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