semaine 34

Faire simple, c'est compliqué

Edito par Jean Rebuffat

Gravure représentant un échevin bruxellois à la fin du XIVème siècle, quand les lignages imposèrent de nouvelles institutions. Document libre de droits

En Belgique, la campagne électorale a déjà commencé officiellement mais en réalité elle dure depuis l'été passé avec en ouverture la campagne pour les élections communales. Pourtant, le calendrier avait été imaginé pour simplifier au maximum et éviter les élections intermédiaires: on allait placer ensemble les européennes, les fédérales et les régionales tous les cinq ans, en espérant qu'un accident au fédéral ne viendrait pas détruire ce bel effort. Cela ne s'est pas produit malgré la crise gouvernementale mais pourquoi diantre n'a-t-on pas imaginé que désormais, les communales auraient lieu simultanément? Toutes les élections le même jour, la même durée pour les mandatures, n'était-ce pas trop simple? Les conseils communaux sont là pour six ans. En 2024, il y aura des communales quelques mois après les élections générales, ne pourrait-on pas déjà y penser?

L'avantage serait aussi qu'avec le décumul des mandats, qui finira bien par s'imposer, on saurait qui est candidat où, et par la même occasion, interdire le cumul des candidatures incompatibles. En 2019, les municipalistes stars seront sur des listes fédérales et régionales et ne pourront pas siéger dans ces parlements... à moins de démissionner de leurs récentes fonctions communales.

Hélas, en Belgique, ce qu'il y a de plus compliqué, c'est de faire simple, et ce qu'il y a de plus simple, c'est de compliquer. Cette vieille tradition remonte au Moyen Âge: la superposition des institutions y est déjà perceptible. On ajoute plus facilement qu'on retire. Dans l'histoire, il n'y eut que la réunion des départements belgiques à la République, l'un des tous derniers actes de la Convention, a avoir abouti à une remise à zéro. Du passé, faisons table rase, se traduit en belge par du passé, garnissons la table.

Certes le résultat est que cet état improbable fonctionne encore après bientôt deux siècles car le goût du compromis ou sa nécessité ont fait des miracles. Mais faire simple, dans cet embrouillamini, permettrait peut-être au citoyen lambda de comprendre quelque chose à la manière dont tout cela fonctionne. Le même mal belge touche l'Europe et pour la même raison: l'union ne fait la force que si la diversité n'engendre pas la complication comme une malédiction inhérente au fonctionnement de l'institution. Ce discours du «c'est compliqué, vous savez» aboutit aux blocages et au conservatisme. On l'entend dans la lutte qui s'engage afin de contenir les changements climatiques. On prolonge les centrales nucléaires (on envisage même d'en refaire!) et on laisse les énergies fossiles poursuivre parce que «c'est compliqué, vous savez». La jeunesse belge, tous les jeudis, pense le contraire.

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