semaine 42

La confusion des genres

Edito par Jean Rebuffat

Chaud sur les terrains, chaud dans l'opinion... Capture d'image du site du Télégramme

On pourrait certes cette semaine parler de la pluie et du beau temps (surtout de celui-ci), du G20, des tremblements d'Angela Merkel, de l'irrésistible ascension de Boris Johnson, du dynamitage du pont Morandi, des culs-de-sac politiques en Belgique ou épingler l'un ou l'autre fait de société comme le récent procès aux assises de Liège ou cette ahurissante inculpation en Alabama d'une femme enceinte qui croupit en prison sous l'inculpation d'homicide involontaire de son fœtus parce qu'on lui a tiré dessus et que le sheriff estime que c'est elle qui a provoqué la dispute ayant abouti au tir, mais il est temps de se pencher sur une réussite emblématique de bien des choses dans notre monde contemporain: le mondial féminin de football, qui se déroule actuellement en France.

Il y a quelque chose d'encourageant dans la perspective de l'égalité des sexes à constater que le foot n'est plus un sport d'hommes interdit aux femmes et qu'il est capable d'attirer les foules comme un mondial ordinaire. Les clichés sont durs à disparaître. Interviewant la capitaine française, Amandine Henry, notre consœur Léa Salamé lui a demandé ce qui pouvait pousser une petite fille de cinq ans à jouer au foot. La réponse de la joueuse a fusé comme une reprise de volée victorieuse: «La même chose que pour un petit garçon de cinq ans, je suppose».

En contrepartie, il y a quelque chose de décourageant à constater que l'égalité salariale est très loin d'être acquise entre joueuses et joueurs... Certes quelques centaines de professionnelles gagnent-elles d'ores et déjà très bien leur vie, mais à des années-lumière des salaires stratosphériques des vedettes masculines. Il y a toujours un retard à rattraper... Et le pire, c'est que ce rattrapage se jauge à ce qui est de pire dans le sport business, inondé dans le bain ambiant de l'ultralibéralisme qui produit des très riches et des très pauvres dans bien des domaines – au point que les milliardaires américains réclament qu'on les taxe plus. Même si ce n'est pas par pure philanthropie, ils se rendent compte que cet écart s'aggravant est intenable et les condamne eux aussi à terme. Comme le brochet quand il aura mangé tous les poissons de l'étang.

En attendant, pour peu qu'on aime le football (ce qui n'est plus réservé aux hommes qui savent pourquoi), et parce qu'une grande compétition pousse les plus jeunes à faire du sport, ce qui ne fait de tort à personne, on se réjouit de cet essor inattendu et pourtant tellement dans l'ordre des choses.

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