semaine 34

Le homard dans la canicule de Greta

Edito par Jean Rebuffat

Capture d'écran du site Mediapart

La manière dont l'info est fabriquée puis lancée n'est pas innocente. Deux polémiques de ces derniers jours nous le rappellent. Elles portent deux prénoms, François et Greta, qui nous posent question, à nous journalistes.

Commençons par le plus anecdotique, le feuilleton tournant autour de François de Rugy comme une danse du scalp médiatique. Mediapart a d'ordinaire plutôt bonne réputation dans le landerneau. Clairement, les médias d'investigation sont une nécessité dans le paysage et sans cela, la liberté de la presse et la liberté d'expression n’existent que de façon théorique. C'est un journalisme coûteux et difficile. Cependant on ne peut que ressentir un malaise en observant la façon très vendeuse et inutilement perverse dont Mediapart a agi dans l'exécution par actes successifs du numéro 2 du gouvernement français. Que l'on monte un dossier, soit, c'est la règle du jeu. Qu'un scoop soit vendeur, soit, c'est l'évidence. Mais le lâcher petit à petit est autre chose. Rugy (qui se félicitait de l'existence de Mediapart quand cela servait ses intérêts politiques) n'a pas tort en utilisant le mot acharnement. C'est finalement plus l'accumulation de révélations de broutilles que la gravité des faits eux-mêmes qui a causé la perte de l'ancien président de l'Assemblée nationale, avec cet effet caisse de résonance que prennent désormais les réseaux sociaux, où tout apparaît ou génial ou scandaleux. On saura dorénavant qu'un gros plan sur un homard peut être dévastateur. À relever aussi le côté complotiste aussitôt dénoncé quand le rapport d'inspection commandé se contente de faire les gros yeux à Rugy: il serait aussi insincère et douteux qu'un communiqué de presse nord-coréen. C'est faire peu de cas de la conscience professionnelle et de l'honnêteté des enquêteurs. Les faits n'entrent pas dans le monde de nos croyances...

Cette suspicion généralisée et ce goût du raccourci sont encore plus présents dans l'autre polémique: fallait-il donner la parole à Greta Thunberg dans l'enceinte du palais Bourbon? Laissez les gens s'exprimer, pourtant, ne devrait déclencher ni un excès d'honneur ni une indignité. Ni Jeanne d'Arc ni cyborg, l'adolescente n'est au fond que image symbolique d'une inquiétude légitime débouchant sur une prise de conscience – exactement comme la photo d'un enfant flottant noyé sur la rive d'un fleuve ou d'une mer. Là aussi, qu'on s'interroge est légitime mais finalement qu'importe si pour elle, il s'agit d'exorciser son autisme. La réalité profonde est que ce qu'elle dit, manipulée ou pas, est fondé. Les vagues de chaleur qui frappent désormais les pays dits tempérés ne sont ni une invention médiatique, ni un complot à la solde d'on ne sait qui, mais un fait. La nature n'a pas d'état d'âme; elle ne se venge pas. Elle change à la suite des actions humaines et il faudrait le miracle d'une glaciation concomitante pour en gommer les effets.

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