semaine 48

Se souvenir (longtemps)

Edito par Jean Rebuffat

Valable 36 jours (renouvelable). Archives de la défense de la République française

L'habitude de la commémoration se comprend. L'esprit humain apprécie les repères. Les dates anniversaires nous permettent de soupirer comme le temps passe mais aussi de nous rappeler les leçons de l'histoire.

Pour autant qu'elles servent à quelque chose. Par exemple, j'écris ces lignes le 13 novembre 2020 et il y a exactement cinq ans, une série d'attentats terroristes endeuilla Paris, du Stade de France au Bataclan en passant par les terrasses du XIème arrondissement. L'événement est encore frais dans les mémoires et le traumatisme reste, probablement ravivé par l'inévitable retour de la date et l'amplification de cette douleur que la commémoration porte en elle-même. Le temps de la résilience n'est pas encore advenu.

Se souvenir est une bonne chose mais il arrive un moment où cela ronronne. Je n'arrive plus à comprendre pourquoi le 11 novembre est une date si importante. Il ne s'agit pas de nier que la guerre de 14-18 est un événement majeur dans l'histoire de l'humanité et qu'elle a façonné par son rebond et les conséquences de celui-ci pratiquement tout ce que fut le XXème siècle – mais alors, comment expliquer qu'on ait abandonné le 8 mai à son triste sort? Ce n'est plus un jour férié. Or la fin de la guerre 39-45 marquait la défaite d'un des plus affreux totalitarismes que la planète ait dû supporter. Il s'y trouve un côté symbolique autrement plus fort. D'accord aussi pour comprendre que cette épouvantable boucherie que fut la Première guerre mondiale méritait que l'on honorât les sacrifices des morts et les souffrances des survivants. Mais là, 102 ans plus tard, quelle est encore l'utilité réparatrice, où est l'intérêt historique? Les temps ont changé, les ennemis aussi; d'ailleurs c'est ainsi depuis toujours. En 2066, fêtera-t-on avec émotion le millénaire de la bataille de Hastings? En 2914, celui de ce que l'on dénomma la Grande Guerre?

Cette année les cérémonies traditionnelles, Covid oblige, se sont déroulées pratiquement sans assistance. Ces avenues vides et ces flammes désertes étaient comme les témoins involontaires et inattendus de ce que le souvenir, lui aussi, comme les héros et les citoyens, meurt.

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