semaine 32

À Charleroi, des femmes ont dit la cruauté de l'errance

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 17 novembre 2019

Des feuilles porteuses de paroles s'envolent, sur la scène de la Maison pour Associations, à Charleroi. Photos © ML

Emmenées par Christine, elles ont donné envie à tout le monde de les suivre dans la ronde de la danse country et de la volonté de vivre debout

Des femmes qui ont créé, avec l'équipe de Comme Chez Nous, à Charleroi, le projet "Fleurs du Bien", ont pris la parole. Elles ont raconté un combat entamé voici dix ans. Au 38, rue de Charleville, cinq cents femmes se sont relayées au fil des saisons. Tous les jours, elles savent qu'en poussant la porte de la maison qui abrite aussi Le Rebond et Comme Chez Nous, elles trouveront de la chaleur, des conseils, une douche, pourront se poser, un moment, avant de redémarrer. Cet anniversaire s'est concrétisé en une journée où ont été revisités des moments forts. Les partager, c'était se dire que le projet, plus que jamais, doit être soutenu, poursuivi, développé. Tant de femmes, souvent avec des enfants, sont en errance dans la ville. Se planquent dans les interstices du labyrinthe bâti, rêvant d'un toit et de chaleur, enfin.

Tour à tour, avec l'équipe de Comme Chez nous, - dont Manu, qui est là depuis le premier jour -, elles ont présenté avec une sacrée énergie un quizz permettant de comprendre le projet par le jeu des questions et des réponses. Suivi d'une séquence de théâtre-action où elles ont donné corps aux mots rédigés dans des ateliers. Puis vint la danse, sous forme d'un hommage au lotus, symbole de Fleurs du Bien. Puis par une danse country, une line dance au rythme de  "Sur la route" et de "Blue Bayou". Alors éclata une vraie bonne humeur. Dans la salle voisine, les dames avaient préparé des gâteaux, du café, des jus de fruits. On pouvait voir des photos affichées comme un grand album de famille où l'on retrouvait des visages, des souvenirs. Des traces des femmes qui ont repris - ou trouvé - confiance en elles, le temps d'un jour, d'un mois, d'un an. Ou plus. Des femmes de tous les âges, qui ont vécu l'errance, la fracture du couple, encaissé les orages de l'existence et des mots méchants.

Plus tard dans la journée un débat se déroula autour d'un témoignage sur le 26, cette maison d'accueil pour femmes avec des enfants, ouverte à Charleroi depuis 1955 et qui est en constante évolution. Manu Condé retraça l'aventure de Fleurs de Vie. Lui, à qui les femmes dirent, un jour, l'avoir appelé "Madame". Derrière les rires que suscita cette anecdote, on pouvait comprendre l'humanité de cette histoire qui n'est pas seulement celles de femmes affrontant des épreuves mais celle de tous les êtres. A la fin, quand les gâteaux faits maison arrivèrent avec dix bougies, toute la salle a chanté "Toi et Moi" des Kids United. Puis les unes et les autres ont repris leurs chemins. Il faut mieux faire connaître Fleurs du Bien. Le vendredi, par exemple, les dames font à manger et le repas est partagé. Des tas de choses se passent dans cette maison...

De cette fête, je voudrais vous dire que je me souviendrai de tas d'instantanés, comme quand on regarde une image à travers un prisme. Des éclats de rire, de regards, de paroles, de musique, de mouvements. Je me souviendrai de Laetitia qui, sur la scène, a plus ou moins prononcé ces mots qui embrassaient tout ce que l'on était en train de vivre. Elle a dit :"Les Fleurs du Bien m'ont permis d'avoir confiance et de vous parler. Vous savez, on était un peu perdues (....) On a grandi. Moi, je me suis décidée à m'inscrire sur une liste citoyenne, aux élections, à Mons. Avant, ça aurait été impensable. Ce que je dis aujourd'hui, c'est que les femmes en errance devraient être reconnues et qu'à Fleurs du Bien, on se ressource. Là, si je me perds, je sais que l'on s'y retrouve".

- Les Fleurs du Bien. Rue de Charleville, 38 à 6000 Charleroi. 0476/98.39.03 ou 0479/53.28.12 

 

 

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