semaine 47

"Charleroi", embarquement immédiat avec les éditions du Basson

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 15 octobre 2021

Deux kilos 100, 576 images et des textes pour dériver à travers Charleroi: le pari un peu dingo des éditions du Basson. Photo SD

Parmi ls 82 carnets de route, celui de Denis Gauvain...Photo SD

Le Basson, maison d'édition sise à Marcinelle, a vu le jour en 2012. Etienne et Joëlle, piliers de ce projet hors des rails, vont au bout de leurs idées. Surtout les plus saugrenues. Leur dernier opus, "Charleroi", le démontre en 350 pages de photos et de mots, avec des tas d'histoires qui se font écho pour tenter de saisir l'ombre de la ville vilipendiée, adorée, attachante, à laquelle collent des clichés à la peau dure. Au début de ce bouquin modèle distribution des prix ou album de famille élargie, les initiateurs s'interrogent. Sera-ce un ouvrage sociologiquement intéressant? Pirouette, cachuète, les complices disent avoir juste ouvert une porte, proposé un arrêt, une réflexion dans des vies multiples. Avec une solide rasade d'humour.

Au départ et au hasard, des tas de gens ont reçu la proposition de donner six photos de "leur" Charleroi et d'y adjoindre un texte à leur mode, en toute liberté. En échange d'un exemplaire du livre et d'une aventure partagée. Chacune, chacun, devait aussi accepter de se faire tirer le portrait, en pied, s'il vous plaît. Tout le monde s'est dit que c'était sympa, que ce serait  vite fait. Puis il s'est avéré que les photos et les mots choisis, faisant corps avec les autres témoignages, devraient tenir la route. Pas si simple, non. Pas si simple. Il faudrait éviter les poncifs ou les enfoncer, opérer des gros plans, étirer des panoramiques, glisser un état d'âme, un truc plus ou moins sensé. Se dévoiler un brin, chemin faisant?

Sur les 184 Carolos contactés (en tout la cite en compte plus de 200.000, mais là, l'ouvrage aurait nécessité une camionnette), 131 ont répondu. Etienne et Joëlle ont  échangé 2021 mails. Les gens se sont rencontrés. Ont bu de la bière et du café. Chanté les parolês de Mochélan sur la ville, pour une vidéo à l'allure de road movie. Au bout du parcours, 82 sont arrivés en se demandant ce qu'il adviendrait de cette curieuse expérience. Quand on se laisse aller par les ruelles de cet étrange document, on éprouve l'envie de rire aux éclats, d'effacer une petite larme de crocodile, d'aller voir comment les photos sont en vrai, de se lancer dans des débats sur la ville où l'on est né, où l'on a grandi, où on a atterri, où l'on est passé, d'où l'on est parti et peut-être vers laquelle on est revenu. Une cité métisse.

Ce travail qui a du coeur et du coffre, bien que solidement enraciné dans un coin de terre parmi des millions d'autres, prend de la hauteur. Comme quand d'un avion on regarde clignoter des lumières sur la Terre en se demandant ce qu'elles signalent. Ce robuste guide à la fois intimiste et extraverti s'avère comme une invitation à lever la tête pour regarder autour de soi la vie qui va. A Charleroi comme ailleurs. Comme partout. Allez savoir pourquoi, à la lecture de ces histoires, on retrouve la sienne, que l'on soit de Charleroi ou pas. C'est bien Jacques Prévert qui disait: "Raconte moi pas ton histoire, c'est la mienne". Bref, on vérifie le fait que Charleroi est une ville où l'on se dit facilement bonjour et cela méritait bien d'être écrit collectivement. Des tas de voix manquent? Forcément. T'inquiètes donc pas,  ce ne serait qu'un début...

 

 

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