semaine 48

Dimitri Rouchon-Borie s'est arrêté à l'Alba

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 29 octobre 2022

A l'Eden, à Charleroi, Dimitri (à gauche) écoute Michaël Sacchi, du Rockerill, évoquer les grands boxeurs carolos dont il engrange la mémoire pour en faire un livre. Photo © Marcel Leroy

L'Alba, le grand projet de  Mélanie De Biasio, atteint sa vitesse de croisière. La chanteuse de jazz fait vivre un lieu de réflexion et de trajectoires croisées, dans le bâtiment de l'ancien consulat d'Italie de Charleroi où elle venait avec ses parents, quand elle était enfant. Cette année, Dimitri Rouchon-Borie, qui a reçu le Prix Première de la RTBF en 2021 pour son premier roman, "Le Démon de la colline aux loups", aura vécu deux semaines dans la grande maison du boulevard Audent,  à quelques centaines de mètres de l'Eden, où se termine le festival Outre-Mondes, où Dimitri expose quelques photos qui l'ont ancré à la ville.  

Dimitri s'est arrêté à Charleroi suite à une série de ricochets. D'abord l'écriture du roman, reconnu par la RTBF en 2021 avant de recevoir plusieurs autres prix. L'histoire est celle d'un type qui est en prison, reçoit une vieille machine à écrire et s'acharne à remonter le cours de sa vie tramée de violence, depuis toujours. Il paraît que c'est terriblement fort et beau, poignant. Grâce à la Foire du Livre de Bruxelles - qui a compté Dimitri parmi ses auteurs invités - le chroniqueur judiciaire et écrivain du Télégramme, en poste dans le nord de la Bretagne, s'est retrouvé embarqué dans une résidence carolo...

La ville lui parle. Il est déjà revenu. Reviendra. Et les gens du coin espèrent que dans le nord de la Bretagne 'il n'oubliera pas les terrils. C'est ce qu'ils se disaient, à l'Eden, en regardant les images que l'écrivain a capté, comme dans un carnet, en marchant dans la ville, avec son Leica numérique à l'épaule. Un de ses rêves serait d'accéder un jour au modèle argentique. Des rêves il en faut pour tenir bon dans ce monde.

Vous ne pouvez pas lire facilement la légende de la photo d'usines qui apparaît entre Dimitri (à gauche) et Michaël, son interlocuteur, sur l'illustration de cette chronique,  mais elle donne des indices pour connaître un peu l'artiste. Il  confie, sous la photo, ceci: "Que faut-il ajouter, au paysage de lignes folles, d'acier, de bois et de béton, pour le transformer? Peut-être simplement un visage."

L'auteur de "Le Démon de la colline aux loups" propose aussi un court texte introductif de l'exposition. La première ligne déclare...""J'étais venu à Charleroi pour écrire. Et finalement je me suis tu. J'ai mis les mots de côté. Pour marcher." ll aura bien fait de se taire et de marcher, pour pour voir ce qui se trame derrière les apparences. Ou derrière ses propres chimères.

Dérivant par les rues, le long de la Sambre et dans les cafés, Dimitri en aura croisé des visages. Des gens sans savoir qui il est l'auront reconnu comme un gars qui leur ressemblerait. C'est qu'il capte d'instinct la chanson de la ville, quand il cadre dans son objectif des fragments de ces moments qui passent et puis vous reviennent en tête. Anisi la chanson du film d'Yves Colpi, "Une aussi longue absence",  où Cora Vaucaire chante "Trois p'tites notes de musique".

Tiens, avez-vous connu le vieux Jules Loeuil, l'accordéoniste aveugle qui, sur le marché de Charleroi, jouait toujours cet air-là? Il était aussi l'indicatif de l'émission de Gérard Noël, sur Radio Hainaut, pour l'émission "Les Refrains oubliés du bonheur". Dans sa maison des hauts de Leernes, Jules n'allumait pas. On voyait juste le point rouge de sa cigarette qui brillait et on entendait sa voix parler de musique. Il avait été chauffeur de taxi à Charleroi. Vint l'accident. Le pare-brise brisé. La vue perdue. Et un air d'accordéon, comme dans les faits-divers, parfois. Pas vrai, Dimitri?  

 

-Christine Defoin, une des chevilles ouvrières de la Foire du Livre de Bruxelles, a confirmé que l'édition 2023 se tiendra à Tour&Taxis, du 30 mars au 2 avril. 

  

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