semaine 43

En Ahooga dans Bruxelles, histoire de l'e-bike ultra-léger Made in Belgium

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 10 novembre 2016

La légèreté de l'Ahooga offre un excellent rapport poids/puissance à ce vélo pliant qui se comporte comme une "vraie" bécane. Sans moteur, l'engin fait merveille aussi. Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Concevoir un nouveau vélo et le lancer sur les routes des villes serait un acte révolutionnaire. Une manière de changer le monde sans faire de bruit, en douceur, en bougeant sa carcasse, sans être prisonnier d'un cocon tôlé. Une manière de s'aérer la tête pour avoir les idées plus claires. Ce petit refrain me taraude alors que je m'élance à travers les rues de Bruxelles sur un engin "Made in Bruxelles, c'est-à-dire imaginé dans cette ville, développé en Grande-Bretagne et fabriqué à Budapest dans une entreprise fondée par un belge. Le nom du vélo "Ahooga" m'apparait comme le titre d'une fable contemporaine... 

Il était une fois, à Bruxelles, deux amis dans les parages de la crise de la quarantaine. Ils avaient un bon boulot dans la finance mais se sentaient à l'étroit dans cet univers. En bavardant à la machine à café, ils se demandaient quel projet pourrait les passionner et leur procurer un emploi utile. Frédéric Mertens, bourlingueur diplômé et polyglotte aux racines scandinaves, pensa d'emblée au vélo. Et Philippe Lefrancq, as du « business development » formé à la psychologie et au management, le suivit quand le premier se mit à plancher sur le prototype d'une bécane ultra-légère, pliable, confortable, musculaire ou électrique, selon les besoins de son pilote. 

Fred avait lu le livre "Happy city" de l'urbaniste Charles Montgomery. Celui où il décrit une cité qui ne serait pas empuantie par les voitures, dont le système de transports publics serait efficace et abordable pour tous, où se rendre du travail à la maison et au théâtre reviendrait à une balade riche en découvertes, à travers l'univers de la cité et ses parcs. Alors que je me fais à l'équilibre de l'Ahooga, je m'imprègne de ces notions recueillies dans le magasin d'Uccle en me disant que les deux amis ont eu du flair en lançant leur start-up, en janvier 2015, à Bruxelles. Fred a fait un passage à Solvay en 2014. C’est à 2 jours de sa défense de fin d’étude qu’il a réorienté le projet vers un vélo pliant. C'est après un déjeuner qu'ils se sont serrés la pince pour mettre au point le projet dont Phil serait le chantre, ou le spécialiste du marketing.    

Moins de deux ans après qu'ils aient décidé de se retrousser les manches, j'évolue dans la ville sur une machine de 13 kilos, mue par un moteur électrique installé dans le moyeu de la roue arrière, pliable en dix à quinze secondes et pas plus encombrante qu'une valise pour grimper à bord d'un tram ou d'un train. Dessiné en toute simplicité, l'Ahooga repose sur un cadre en triangle dont la poutre inférieure est double, ce qui permet d'y insérer la roue arrière. L'ensemble est en alu. Toutes les pièces sont robustes, soigneusement ajustées, les soudures élégantes. Sur le guidon, à gauche, un petit boîtier mesure l'énergie électrique renforçant celle des jambes du cycliste. Cinq niveaux, du 1 au 5, selon l'effort demandé. Et, à droite, un dérailleur à 7 vitesses, un Shimano costaud. Grâce au poids réduit de la machine, elle permet d'estomper les côtes. Pas besoin du moteur électrique? On coupe le courant et pédale comme sur une bécane normale, mais nullement handicapée par le poids d'un vélo électrique classique.

Les paroles de Phil me reviennent en mémoire, alors que j'esquive une bagnole du côté de l'ULB, comme un  matador face à un toro bravo "Avec un vélo électrique, on bouge, mais on ne transpire pas. Pliant et léger, on l'emporte partout..." Je me dis que cet Ahooga est déjà  comme un prolongement de mon corps, une extension de mes guiboles. Fred et Phil auront rédigé leur cahier des charges en quelques mois, longue liste englobant tous les points de vue menant à l'image d'un vélo du XXIe siècle. "Un système de transport ouvert. Notre Ahooga n'est pas conçu selon le principe de l'obsolescence programmée. Il est garanti cinq ans, coûte 2099 euros, peut s'agrémenter d'accessoires, et se compléter selon les améliorations apportées au modèle de base" poursuivait Phil, mi-technicien, mi-philosophe. Surtout passionné.

L'épure s'est muée en prototype dans un de ces ateliers britanniques où oeuvrent des orfèvres de la mécanique. Ce n'est pas par hasard que l'Angleterre aura été le berceau du vélo Raleigh; de la Triumph 650 Bonneville de 1968 et de la Norton Manx héroïne du Tourist Trophy de l'ïle de Man ou encore du Spitfire et de la Morgan au châssis en bois. Un esprit règne là-bas. Et l'Ahooga se cristallisa en aluminium et caoutchouc. Avec une batterie d'un kilo installée dans un porte-gourde, qui se recharge en 2h30 et un cadre sans charnière, noblesse cycliste oblige. Le modèle "musculaire", lui, pèse 10 kilos. Il file comme un pur-sang qui a de l'allure... Etape par étape, les essayeurs du proto ont introduit des améliorations et cinquante machines furent fabriquées dans une petite société hongroise où l'on cultive le travail soigné. Les pionnières s'envolèrent dans les rues de Bruxelles. Elles suscitèrent la curiosité et bientôt trois cents Ahooga s'inscrivirent dans le paysage de la capitale de l'Europe. Depuis, le succès ne faiblit pas et les demandes émanent de cyclistes de Berlin, Londres, Paris.

Hop, coup de frein. L'Ahooga tient la route, ne réclame aucun effort, son moteur est puissant alors qu'il ne fait que 250 watts. je m'amuse à son guidon, me sens léger comme un moineau. Ses 25 km/h suffisent pour s'insérer dans le labyrinthe urbain, d'une voiture à une rame de métro, d'un magasin à un bureau où le vélo replié ne tient pas plus de place qu'un aspirateur. Un automobiliste klaxonne parce qu'un bus le bloque alors que j'esquive l'embouteillage. Ce klaxon n'a rien à voir avec le son Ahooga. Prononcez-le à haute voix. Ahooga. C'était le bruit du klaxon de la Ford Model A, dans les années vingt. Il ponctuait les images des films muets d'un coup de trompette à la Tarzan: Ahooga. Ahooga. Ahooga! Fred et Phil (l'équipe se compose désormais de sept personnes) n'ont pas oublié d'ajouter une large rasade d'humour en mitonnant leur projet. Normal, leur vélo est ultra-léger.
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Infos pratiques sur le site Ahooga : http://www.ahooga.bike/accueil.html et on le trouve aussi chez http://www.km10.be/fr/home/ et http://www.bikesquare.be/

 

 

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