semaine 26

Furlan et les pièges du building institutionnel

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 02 février 2017

Paul Furlan Saisie d'écran RTBF-Auvio

Prenez connaissance de ces lignes avec du recul. Parce que je connais Furlan depuis ses trente ans et l’ai même aidé, en tant que journaliste, à clarifier sa vision de l’évolution de la ville vers les bassins de vie, dans un ouvrage où il balise le chemin d’une réforme des pouvoirs locaux, dans le contexte labyrinthique et kafkaïen, de la Belgique en mutation.

Lors de nos conversations, au village, entre 6 heures et 8 heures du matin, avant qu’il ne parte pour Namur, voici quelques années, Paul Furlan m’a dit que le poste de ministre est un emploi temporaire. Que la mission est frustrante, le chantier complexe. Mais il était conscient de la nécessité de travailler, la tête dans le guidon. Il bossait, comme on le lui avait appris, sachant qu’il ne referait pas le monde. Pratique, avant tout. Lui qui avait été le président de l’Union des Villes et Communes connaissait son dossier.

Les révélations de l’enquêteur du Vif ont démontré que le système est à revoir et ce travail journalistique montre que la presse joue un rôle essentiel de la démocratie.

Suite aux révélations du magazine, Paul Furlan a servi de fusible, quitté son poste et ce geste l’honore. Il aura fait son travail, tenté de faire le maximum avec ses forces et faiblesses d’humain. Mais cet homme-là fait confiance aux autres, ce qui apparaît de nos jours comme un défaut. Un trait de caractère qui tient peut-être de sa passion pour la haute montagne. Dans cet univers, appartenir à une cordée implique que l’on compte sur l’autre parce qu’on sait que soi-même, on ferait tout pour le sauver. A fortiori quand on est premier de cordée. Evidemment, la politique est plus traître que la haute montagne. Furlan ne s’est pas assez méfié, bien qu’il ne soit pas né de la dernière pluie. 

Ministre wallon des pouvoirs locaux, il aurait été comme une sorte de technicien chargé de l’entretien d’un building ancien construit en phases successives, de nouveaux étages étant ajoutés à ceux qui auraient dû être rénovés mais seraient restés en place, tels quels. D’où ces couloirs interminables, ces caves oubliées, ces greniers murés, ce circuit électrique trafiqué, ces murs chancelants. Lui s’aventurait sans plan fiable dans cette construction dont plus personne ne connaissait l’architecture, où pourtant certains locataires se planquaient dans des vides juridiques, tout sens de l’éthique oublié.

Furlan savait, dans cette structure, que le secteur des intercommunales devait être soumis à un contrôle sévère. Malgré sa volonté de réforme, il n’aura pas réussi à identifier les failles du building et assume aujourd’hui le poids de la faute des autres, ceux-là qui suscitent une réaction de rejet, quand on apprend qu’ils ont perçu de l’argent public sans effort, dans un pays où les plus pauvres sont de moins en moins soutenus et n’osent plus rêver d’un boulot qui permette de vivre debout. Dans un pays où les CPAS, par exemple, doivent faire plus avec moins de moyens, alors que la précarité progresse sans cesse. Où l’associatif, de plus en plus, doit combler les vides laissés par les pouvoirs publics.

Alors que le fusible Furlan a sauté, il faut oser espérer qu’il soit plus libre, en tant que parlementaire wallon qu’il ne le fut en tant que ministre, de participer à une réforme qui ne serait que justice. A lui d’écrire la suite.

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