semaine 19

Les bécanes s'envolent au printemps

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 13 mars 2021

Coureur cycliste en plastique exhumé d'un grenier oublié en attendant que la production de bécanes retrouve son rythme. L'épidémie a mis le turbo à la vente de bicyclettes. Photo © ML

Mars soulève les vestiges de l'hiver en bourrasques tigrées de soleil. Le vélo suit le halage le long de la rivière où un héron au décollage s'appuie sur la rafale pour filer dans le bleu. Les vélos montrent le guidon, les guiboles s'échauffent, la route est là. Franchir la frontière ne demande qu'un coup de pédale de plus. Le halage n'a rien en commun avec l'autoroute. Le héron n'a pas besoin de papiers. Le cycliste, lui, doit se munir d'une déclaration sur l'honneur pour suivre le courant de Belgique en France. Sauf s'il est transfontalier ou va travailler ou prendre soin de proches. Il y a des jours où on aimerait avoir des ailes.

Les mécanos de vélos attendent comme les colombophiles que les machines espérées par les cyclistes au beau temps revenu sortent de production et leur tombent du ciel. Les usines et ateliers ne suivent plus la demande. Surchauffe. Tout le monde veut rouler à vélo. Au moins on est en plein air et se faufiler dans les recoins des villes et des campagnes est un jeu d'enfant. On se sent un peu comme le môme sortant son vélo pour la première fois après l'hiver. Il faut graisser la chaîne et le dérailleur, lustrer la peinture et vérifier les freins et les pneus. Beaucoup de cyclistes, ceux des villes et les fanas du VTT auront roulé malgré la mauvaise saison, chapeau. 

Les vélos du printemps ne se sentent bien qu'au moment où l'air redevient fluide. Où les chemins se font grumeleux tels des pulls de laine usés et les tenues pas trop athlétiques. A chacun son rythme. Haro sur les escadrilles aux allures olympiques. Vive le vélo discret. On se demande parfois ce qui pousse des cyclos à foncer si vite sur le ravel au risque de voir les autres se casser la figure. Le vélo devrait être détendu, non? Il faut veiller sur son vélo. En ville, on les vole plus que des BM. Des bicyclettes ont atteint de tels prix qu'elles snobent les Porsche. 

Du coup, les bécanes du quotidien, celles qui nous accompagnent depuis toujours, affirment leur valeur tellement supérieure à leur prix d'achat. Sauvons les vélos que l'on croirait dépassés, usés, veillons sur les cadres en acier et les selles en cuir. Ne balançons pas les manettes des dérailleurs des glorieuses années du Tour de France. Au printemps, il faut laisser respirer les vélos, et nous avec, grâce à eux. Quitte, en passant, à s'arrêter pour saluer un bon vieux Raleigh encore fabriqué en Angleterre. Ceux d'aujourd'hui viennent de Hong-Kong, le saviez-vous?

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