semaine 32

Sébastien Bousman, la course est finie

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 30 mai 2019

Septembre 2017, course de côte de l'M, Bomerée. Sébastien Bousman et Jean-Paul, son père, un duo de champions de la vie. Photo © Marcel Leroy

Sébastien Bousman, 47 ans, est décédé durant la nuit de mercredi à jeudi. Ancien échevin des travaux de la commune de Montigny-le-Tilleul, homme de gauche, ouvert et tolérant, respecteux de tous les êtres et attentif à toutes les détresses, il aura consacré son existence à autrui. Tétraplégique, il se déplaçait en voiturette électrique,préférait user d'un humour bienveillant plutôt que de se plaindre. Il avait réussi à tirer de la force de sa faiblesse, sublimait le handicap pour vouer une énergie hors normes à des causes diverses. Les ouvriers de la commune estimaient cet homme de terrain, qui tard le soir, avec l'aide de Jean-Paul, son père, descendait sur les lieux quand il fallait régler un problème. Capable d'une écoute attentive, il réfléchissait puis forgeait des solutions. Habitué à affronter les difficultés du quotidien, il était devenu ce lutteur que nulle épreuve n'impressionnait. 

Homme d'action, Sébastien était aussi un passionné et un rêveur, à sa manière. Il aimait les voitures de course, se rendait à Francorchamps, parlait aux pilotes, aux mécanos et aux ingénieurs, montrait la pertinence de ses analyses. Privé du plaisir de piloter une machine de compétition, il excellait dans le maniement de sa voiturette électrique. Il se sentait libre quand il observait les machines filer sur le circuit ardennais. C'est là qu'il avait rencontré Jacky Ickx. Avec le grand champion, ils avaient parlé de leur commune attirance pour la Ferrari. Ickx avait été impressionné.

L'atout de Seb était cet humour narquois, à même de désamorcer les vélléités de l'existence. Il avait du panache, le courage de ses opinions, n'hésitait pas à affronter le pouvoir. Cet homme était debout, à force de contrer la destinée. Il montrait l'exemple à ceux qui avaient tout mais pas ce cran qui le caractérisait. Sa famille avait été frappée par le fascisme, durant la guerre 40-45. C'est dans la maison où il habitait que ses grands-parents furent assassinés au nom de leurs idées, lors d'une tuerie qui a meurtri le pays de Charleroi. Dans le respect de ce souvenir, Sébastien avait voué son existence à défendre les citoyens les moins écoutés. Un esprit tenu d'Irena, sa mère, et de Jean-Paul, son père.

Sébastien comptait beaucoup d'amis. Etreints par la tristesse, ils savent que Sébastien leur aurait dit de penser aux humains qui sont sur les routes, à ceux et celles qui sont dans l'épreuve, plutôt que de se laisser entraîner dans la mélancolie. Sébastien Bousman faisait aimer la vie à ceux qui le côtoyaient. Bizarre de dire cela, mais il est toujours là, dans l'ombre, avec ce regard pénétrant, l'air de rire pour ne pas pleurer. Digne. Oui. Digne. Jusqu'au bout.     

 

 

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