semaine 39

Sur la Sambre avec Stevenson (Charleroi)

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 07 juillet 2021

Juste avant le centre de Marchienne, des panneaux annoncent un carrefour majeur. La Haute-Sambre à gauche, et, à droite, le canal Charleroi-Bruxelles. Reportages Photographique, vidéos et drone © Jean-Frédéric Hanssens

Passé Marchienne s’ouvre la Haute-Sambre

Charleroi se découpe sur le ciel avec le HF 4 en arrière-plan. Le HF4? C’est le dernier haut fourneau de Wallonie, toujours debout, dans son décor dévoré par les grues des démolisseurs. Longeant la Sambre par le halage et les voies vicinales, le ravel carolo boucle le tour de la métropole sambrienne. Des amateurs d’urbex (exploration urbaine) version cyclotouristes, viennent de loin pour vivre cette plongée dans la cartographie de la cité cosmopolite où l’art est partout, pour compenser le repos forcé d’une grande partie des usines, remplacées progressivement par des entreprises nouvelles dont celles de l’aéropôle de Gosselies et des centres de logistique.

Remodelée autour du centre commercial Rive Gauche et de la Sambre, la Ville-Basse attend sa halte nautique pour 2024. Des bateaux de plaisance à Charleroi? Pourquoi la ville n’y aurait-elle pas droit? En attendant, des jeunes flânent à hauteur de la passerelle du Quai 10, l’ancienne Banque nationale reconvertie en cinéma d’art et d’essai, où les écrans attendent la lumière des films. En face se trouve la gare, surplombée par le ring aérien chargé de bagnoles.

Abel, casquette de base ball et lunettes de soleil, va partager un sandwich avec des potes, assis sur un banc, en phase avec sa ville. Rebaptisé du nom d’Arthur Rimbaud, le quai rappelle l’homme aux semelles de vent. Venant de Charleville, en 1870, il laissa à Charleroi la gloire du poème “Au Cabaret Vert”. Je me dis qu’à six années près, Arthur aurait pu croiser Stevenson et ses canoés à la gare... Et je pense au rap de Mochélan, “Ma Ville”.

A quelques encâblures du petit ring, face à une frise de graffitis XXL, Industeel ouvre sa scène dantesque, avec les grues qui extraient des montagnes de ferraille des cales des bateaux de 100 mètres de long. Ils alimentent l’usine grondante qui régurgite des kilomètres de fils de métal. Sur la Boucle Noire qui cerne Charleroi via la cordillère des terrils et la rivière, des marcheurs en anoraks fluos photographient le déchargement de l’Allegro, 2400 tonnes. Et le HF 4, impatient d’être fixé sur son sort pour témoigner de ce qui a été vécu, est là, droit comme une vigie.

S’affirme en ces lieux l’actualité du transport fluvial au temps du réchauffement climatique: l’Allegro et ses 2400 tonnes c’est moins de camions sur les routes et de tonnes de CO2 lâchées dans l’air. Le Port autonome de Charleroi regroupe 100 entreprises réparties sur 28 sites sur une superficie de 450 Ha dont 300 de friches industrielles et génère des milliers d’emplois.

Le réseau navigable belge est un des plus denses d’Europe avec ses 1532 kms dont 60% au gabarit des bateaux de 1350 tonnes et plus. Pour les spits de 38m50, les seuls compatibles avec la Haute-Sambre, ne subsistent que 341,4 kms de rivières et canaux. La flotte belge de la navigation intérieure représente quelque 936 bâtiments affectés aux cargaisons sèches, 146 bateaux-citernes et 78 pousseurs. De quoi transporter des dizaines de millions de tonnes chaque année face à la concurrence acharnée de la route. Le transport multimodal, avec les conteneurs, est en croissance.

Juste avant le centre de Marchienne, des panneaux annoncent un carrefour majeur. La Haute-Sambre à gauche, et, à droite, le canal Charleroi-Bruxelles. A grand gabarit, il conduit vers Mons, Tournai et l’Escaut, Bruxelles et Seneffe.

Plus loin, non loin de la Maison pour Associations (MPA), la darse Ouest accueille des pêcheurs et quelques péniches ainsi que des rafiots qui ont connu des jours meilleurs. A proximité, le bateau-chapelle est un point de repère bien connu des bateliers.
Quelques kilomètres encore et c’est Landelies, avec ses bateaux en attente de larguer les amarres. Une escale prisée pour son accueil des plaisanciers. Le commodore Bernard Mercier, président du Yacht-Club et du port, veille sur l’esprit de la navigation fluviale. Amateur de cornemuse, rencontré alors que l’hiver s’éternisait, il brûlait de repartir sur les canaux des Pays-Bas. Le plaisancier s’active pour inciter la Wallonie à défendre son patrimoine fluvial. Il rappelle que des milliers de bateaux sont en quête de routes hors normes et se décarcasse avec son équipe pour que le port soit un havre à la hauteur.


"L'Atalante" ,très beau bateau de type "spits", est sorti des chantiers navals hollandais en 1909 et navigue à nouveau sur la Sambre.


"Persévérance" est sorti des chantiers navals en 1885. Après une magnifique restauration, son propriétaire va bientôt quitter le mouillage de Landelies pour le faire naviguer sur la Sambre.

Ensuite, on gagne Aulne. Le site de l’abbaye attire les gens du Pays Noir depuis des générations, avec ses restaurants, cafés, brasseries et guinguettes, son pont-levis, ses bandes de copains, ses musiques en plein air. Avec ses allures de montagne de romance, Aulne où passa Victor Hugo, s’avère un improbable lointain à portée de terrils boisés où se posent les oiseaux migrateurs.


Photos, vidéo et drone © Jean-Frédéric Hanssens

La ligne Charleroi-Erquelinnes, vestige ultime du chemin de fer d’autrefois, dépose des touristes à Landelies, Hourpes, Thuin, Fontaine-Valmont, Solre-sur-Sambre. Ce coin de terre est à l’écart des grands axes. Ce qui le protège et lui préserve un côté authentique. “Un coin de paradis” disait Robert, un voyageur venu du Vermont, petit état montagneux du nord des USA, que j'ai guidé dans les parages, voici quelques étés.


Reportage réalisé avec le soutien du Fonds pour le Journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles.
Vous pouvez aussi retrouver ce reportage dans le N°23 du magazine trimestriel MEDOR qui vient de paraître début juin.
A suivre la semaine prochaine  "A Thuin, à bord de la péniche Thudo, mémoire des bateliers"
Déjà paru : Sur la Sambre avec Stevenson NAMUR

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