semaine 38

Sur la Sambre avec Stevenson ( Vadencourt)

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 30 juillet 2021

Jeumont, le pont de l'Europe. Reportage photographique, vidéos et drone © Jean-Frédéric Hanssens

A Vadencourt, où la Sambre passe sur le pont et l’Oise par-dessous

Cap sur Vadencourt, enfin. Munis des déclarations solennelles attestant que nous ne sommes pas positifs au covid et respectons les règles sanitaires, avec Jean-Frédéric, nous reprenons la route de la Sambre au départ de Jeumont, à hauteur du Pont de l’Europe, bien nommé.

La Voie verte côtoie la halte nautique. Des bateaux blancs attendent le beau temps. Des vélos passent sans bruit. Au pied des HLM les pelouses sont soignées. Sur le parking, un petit marché apporte sa couleur et une atmosphère d’espoir de fête retrouvée.

A Maubeuge, la rivière fait corps avec la cité du Clair de Lune. Un complexe de cinémas brille non loin de la gare d’où les trains partent vers Lille et Paris. Mais Charleroi-Maubeuge en direct n’est plus possible. Bizarre, l‘Europe, parfois... A Maroilles, on fait halte pour un hamburger – des frites sur une demi baguette, version locale de la mitraillette – en déclinant l’offre généreuse du panachage au Maroilles. Delicieux, certes, peut-être un peu costaud pour qui a de la route à faire. Onctueux, le Maroilles s’apparente au Herve belge. Dans “Bienvenue chez les Cht’is”, une tartine au Maroilles trempée dans du café noir et c’était la fiesta! Ici aussi, chez David et Marie. En face de leur snack, dans le parc, des bancs tournés vers le kiosque incitent à la flânerie.

Vient Landrecies et puis la Sambre se fait canal vers l’Oise, avec le courant qui toujours se balade entre les prés et les haies. Les écluses se succèdent et voici Vadencourt puis Macquigny. Dans ces villages, les deux ponts-canaux datant des années 1830 ont tenu bon pendant deux siècles et vu défiler des milliers d’équipages.

C’est à Vadencourt que, depuis l’hiver 2006, la navigation était bloquée à hauteur du canal de liaison de la Sambre à l’Oise. De grands travaux s’imposaient. Ils sont presque achevés alors que nous rencontrons le responsable du chantier, Claude Dronnier.

Cet ingénieur d’allure costaude, dans son anorak, arrive de Paris pour vérifier l’avancement du chantier. En représentant du maître d’oeuvre, les Voies navigables de France, il dit sa fierté du travail accompli à ce jour. Tout sera prêt comme prévu, pour le début de l’été. En phase avec notre époque, ce chantier répond à l’urgence de préserver l’environnement. Des anfractuosités ont même été creusées sous le pont pour les chauve-souris. Il aura fallu quelque 24 millions d’euros pour reconstruire les ponts-canaux de Macquigny (Aisne) et Vadencourt (Somme) et rénover 25 écluses. Ainsi, le retour des 1000 bateaux espérés génère un projet économique et culturel au travers de réalisations collectives.

Sept communautés de communes riveraines, réunies sous le fanion de “Réussir Notre Sambre”, des VNF et autres services publics, travaillent avec les citoyens. Parmi les idées figurent maints exemples concrets. Ainsi la reconversion de maisons éclusières, dont celle de Maroilles. L’idée est d’en faire notamment des gîtes pour les plaisanciers et autres voyageurs. Qui revivifieront les commerces locaux.

Côté belge, cette démarche stimule la créativité autour de l’idée de la rivière, à Charleroi, Thuin, Lobbes et Erquelinnes, dans le cadre du bassin de vie de Charleroi-Métropole, comme l’expliquait la bourgmestre de Thuin.

D’après les gens de Réussir notre Sambre, cet engagement est une réponse à la crise qui frappe la région, en pariant sur le rôle moteur de la rivière, non plus comme mode de transport pour les usines, car la majorité ont fermé et la rivière est trop étroite pour de forts tonnages, mais pour souder les gens en créant des emplois, entre autres dans le secteur d’un tourisme de découverte.

Chargée de mission et cheville ouvrière de “Réussir notre Sambre”, Odile Hazebrouck nous a soutenus depuis le début de ce reportage. Cette bénévole qui consacre la majeure partie de sa retraite au projet plaide pour que l’on considère la rivière comme une piste de développement. “La Sambre est l’épine dorsale d’un territoire, dit-elle. Et un symbole de l’Europe citoyenne”.


Quand l'Oise passe sous les nouvelles arches du pont-canal qui porte la Sambre.

Photos, vidéos et drone © Jean-Frédéric Hanssens

Elle rappelle que le territoire irrigué par la Sambre et le canal de liaison à l’Oise (239 km) compte 55 villes et villages où l’inattendu veille à chaque méandre. La vie locale et la nature sont mêlées. De l’eau toujours on aperçoit le clocher d’un village. “Ce qui nous ramène aux aventures vécues à l’automne 1876 par Robert-Louis Stevenson et racontées dans “En canoé sur les rivières du Nord”, ajoute Odile.

Stevenson, on en parlera dans le dernier épisode, avec des artistes en balade sur les rives de la rivière, en quête de la créativité de l’écrivain écossais à l’âme vagabonde, fasciné par les lointains.


Reportage réalisé avec le soutien du Fonds pour le Journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Vous pouvez aussi retrouver ce reportage dans le N°23 du magazine trimestriel MEDOR paru en juin dernier.

A suivre la semaine prochaine: A Haie-Equiverlesse, là ou naît la rivière.

Déjà parus : Sur la Sambre avec Stevenson NAMUR , CHARLEROI , THUIN et ERQUELINNES

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