semaine 26

Où dans le ciel ?

L'as-tu lu,lulu? par Nous on l'a lu, le 26 novembre 2021

Où dans le ciel ? Le dernier roman de Daniel Adam

« Le ciel, cette soupe » avait dit un jour Peter Greenaway en fouinant dans les tiroirs du Louvre afin d’y choisir avec circonspection des aquarelles de Delacroix ou des dessins de Michel-Ange. Se rendant compte alors des vies intenses et des encombrements de nos ciels, il y voyait des oiseaux perdus, des vapeurs inquiétantes, des phénomènes inconnus, des morts qui volent et des fantômes qui tombent, des pluies rousses et des nuages-rochers. L’imaginaire des peintres est sans limites, tout comme l’histoire de nos cosmogonies.

Où es-tu dans le ciel ? Dans ce fatras.

Le dernier livre de Daniel Adam, éponge de tristesse, nous serre le cœur dès le début.

Il est difficile alors de reposer ce livre qui nous montre des images de notre histoire intime.

Oh, non pas intime par les faits qui ne sont peut-être pas les nôtres ou les éléments anecdotiques qui sont relatés, mais bien parce que nous y retrouvons la puissance d’une émotion commune. Pouvoir incontournable de l’écrivain. Un bouleversement qui de page en page rassemble nos propres peurs et nos semblables incompréhensions face aux hiérarchies convenues et déliquescentes de nos vies. Les faits qui portent nos souvenirs glissent entre nos doigts et ce qui reste se pose sur nos épaules.

L’écriture de Daniel Adam, avec cette beauté aride qu’elle a pu présenter parfois, s’inscrit peut-être dans cette filiation du surréalisme ou du réalisme magique propre aux régions du sud de la Belgique. La formule est inédite, à la fois drôle et tragique et, surtout, naissant d’un regard acerbe, analytique qui perçoit en nombre d’occasions, l’occurrence d’une absurdité. De ces absurdités que l’on accepte ; on fait avec et on les répète.

Cette poétique installe alors un souffle qui, avec légèreté, ouvre de nouvelles portes sur la perception de l’empathie.

On y lit : « Je commençais souvent à parler par du silence… », ou encore « J’essaye de me souvenir de ce que j’aimerais oublier ».

Et voilà le cœur de l’histoire. Pierre est passé de l’école à l’usine. De l’autorité sourde à l’autorité aveugle.

Mais Pierre s’étonne aussi de ce prénom qui est le sien et ne trouve pas encore de liens entre eux deux.

Avant que la vie ne lui tombe dessus !

Alors il regarde sa vie depuis la hauteur de son échafaudage, c’est à dire depuis le seuil du ciel et y voit l’écho de sa propre soupe de douleurs.

Il est difficile de lire les yeux constamment embués, mais le livre nous rappelle que la vie est dure, comment ne le serait-elle pas ? Car ici, même l’amitié naissante étonne Pierre qui la regarde presque comme un effet de la vie sauvage. Il ne vit pas en retrait, il participe sans élan, sans enthousiasme et pour ainsi dire sans raisons. Comme si c’était un atout de la vie sauvage.

Et l’auteur n’oublie aucune des facettes de l’être humain, entre brutalité et affection, comme si le propre de l’homme était dans cette contradiction sans fin. Et quand il va au théâtre, la représentation est mauvaise. La tendresse semble à chaque occasion passer à côté du cœur de Pierre. Comme s’il n’y croyait pas.

De l’école à l’usine, Pierre a glissé sans agir, trop occupé à s’étonner du Monde.

Le livre bouleverse par le portrait social incisif qu’il brosse et par la beauté indéniable qui s’installe au cours du récit, indissociable d’une poétique originale et poignante.

Boris Almayer


Où dans le ciel ?
Daniel Adam
Ed. du Cerisier, 2021.

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