semaine 23

Les Faces des icônes

Pérégrinations par Lucie Van de Walle, le 13 mai 2021

 La Madone au coeur blessé - Lio, une icône moderne à quatre mains de Pierre et Gilles © Boghossian-Pierre et Gilles.

Pendant des siècles, tout ce qui touche aux icônes religieuses fut et demeure strictement codifié selon une tradition plastique figée dans les monastères de l’Orient Chrétien. Sauf exception, les artistes qui les ont réalisées restent plongés dans l’anonymat et les figures hiératiques, frontales, représentant la Vierge Marie, le Christ et les Saints luisant sous la lumière des cierges, sont non pas destinées à être admirées mais bien à être vénérées. On est loin de notre conception occidentale et actuelle de l’icône, quelque part liée au star système qui, par sa parenté formelle, acquiert une sorte de dignité. Icons, l’exposition inaugurée il y a peu à la Villa Empain, amène le visiteur à suivre ce grand écart entre tradition sacrée orientale et oeuvres  polymorphes imaginées par les artistes des XX et XXI siècles.

Mise en place par le Commissaire Henri Loyrette, historien de l’art ayant occupé de très prestigieux postes notamment au Louvre et au Musée d’Orsay, Icons ravit par la qualité et la variété des oeuvres proposées. 

Côté tradition, on est saisi notamment par les couleurs d’une magnifique série d’icônes dont, par exemple La Déposition de la robe », ou Ne pleure pas sur moi, Mère, qui est un équivalent byzantin de la Pietà chrétienne occidentale.

Placée en majesté dans le grand hall de la villa, La Madone au coeur blessé, dont la chanteuse Lio fut le modèle, demande clairement à être admirée. Signée Pierre et Gilles, ce visage éploré aux larmes comme des perles roulant sur son visage, son costume somptueux, tout la rend à la fois sublime et… iconoclaste. Autre présence de Pierre et Gilles avec le célébrissime portrait du chanteur belge Stromae soit Stromae for Ever dont le visage lisse, la veste estampillée Cesaria Evora et le tout parsemé de roses, amène davantage l’idée d’icône paienne. D’une approche très différente vient un monumental portrait de Deng Xiaoping signé Yan Pei-Ming, peintre franco-chinois dont l’oeuvre revisite les icônes de la société postmoderne. Une oeuvre en forme d’ hommage à cette figure médiatique du renouveau chinois dont les réformes ont permis à Yan Pei-Ming de devenir artiste. Autre star médiatique, un duo de portraits Mao, icône du pouvoir politique, fut réalisé à la Factory d’Andy Warhol d’après le portrait officiel reproduit dans le petit livre rouge.

 

Parmi les provocateurs, on peut découvrir des oeuvres de Wim Delvoye dont les icônes aux custodes argentées finement ouvragées tranchent avec la faible qualité des sujets. Ailleurs, on tombe en arrêt sur un tableau recouvert d’une épaisse couche de goudron noir d’où émergent une auréole et un bâton de pèlerin, une oeuvre obscure signée par l’américain Titus Kaphar. 

Enfin, il faut aussi signaler une série d’autres portraits à tendance iconique, comme ceux que proposent Henry Van de Velde, Gustave Van de Woestyne ou encore Georges Rouault. 

Ce tour d’horizon d’un thème si particulier amène des idées nouvelles sur le rapport entre l’immuable dimension plastique et spirituelle des icônes traditionnelles et la manière dont elles ont été intégrées des temps anciens aux oeuvres modernes et contemporaines.


IconsVilla Empain, Avenue Franklin Roosevelt, 67 – 1050 Bruxelles. Du 6 mai au 24 octobre 2021. Du mardi à dimanche, de 11 à 18 heures sur réservation. Info : www.boghossianfoundation.be

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