semaine 23

G comme gazette, guerre, Google

Par Théophraste ! par G. Lefèvre, le 22 mai 2021

Le livre passionnant de Jean-Paul Marthoz sur le journalistes en zones de conflits.

Gazette.

C’est écrit dans la gazette, c’est donc vrai, évidemment. Puissance de l’écrit à présent supplantée par celle de l’image alors que l’écrit est bien plus fiable que l’image qui peut sans cesse être transformée, manipulée. Et qui est fugace alors que l’écrit peut être décortiqué, critiqué, conservé, servir dans des cours et de base pour les historiens, nos successeurs scientifiques dans le traitement de l’information.  La Gazette, c’est, outre un mot délicieusement désuet, celle de Théophraste Renaudot, un grand ancêtre du journalisme. (Voir Information).

Guerre

Elle est l’événement majeur, mais aussi l’horreur absolue : comment rendre compte de l’horreur en restant objectif, en cherchant la vérité, en ne se précipitant pas pour aider les victimes puisqu’il faut rester neutre ? Quelle neutralité est-ce ? Jacques Danois qui fut journaliste au début de RTL fut grand reporter de guerre au Vietnam. Il raconte que sa vie a basculé lorsqu’il vit un enfant, vendeur de cigarettes dans les rues de Saigon, exploser devant lui. Quel métier est-ce donc si l’on reste voyeur ? Il a donc quitté cette profession qu’il exerçait pourtant admirablement. Il en est devenu une mémoire critique et humoristique. Et il a consacré le reste de sa vie à la cause des enfants au sein de l’Unicef.

Beaucoup de journalistes ont été marqués profondément par ces guerres qu’ils « couvraient ». Beaucoup sont morts, appareil photo ou caméra à la main. Pour informer. Pour que les horreurs ne soient pas cachées. C’est ainsi que prit fin la guerre du Vietnam car le public américain découvrait les vraies images de cette tragédie absurde. Ce fut aussi le moment où les forces armées ont appris à utiliser mieux encore l’arme de l’information. Plus tard, la désinformation a triomphé avec la Guerre du Golfe. Des journalistes ont été « embedded », embarqués dans les troupes elles-mêmes, afin d’assurer leur sécurité et surtout celle de l’information qui était ainsi soumise à la propagande. D’autres journalistes sont devenus plus patriotes que les dirigeants politiques et ont soutenu l’effort de guerre plutôt que de pratiquer leur vrai métier : celui de la critique intellectuelle sur les informations qui leur étaient dispensées… C’est ainsi que s’est corrompu le journalisme de guerre : sous les missiles américains. Plus tard, les journalistes ont été pris comme cibles et pris en otage par des terroristes et groupes armés divers, obligeant les rédactions à limiter leurs reportages en zones dangereuses et en confiant aux journalistes locaux le soin d’informer le reste du monde, au péril de leur vie.

- Dans son livre « En première ligne », Jean-Paul Marthoz décrit nos grands anciens reporters de guerre et la manière dont les journalistes se trouvent actuellement sous les feux des armes de combat. (Ed. GRIP/Mardaga, 2018). Voir aussi « Le spleen des correspondants de guerre », paru dans Journalistes, n° 231 de décembre 2020. (http://www.ajp.be/les-dossiers-de-journalistes/2/)

Google

Ce moteur de recherche et devenu l’auxiliaire indispensable du journaliste, son centre de documentation portable, ses archives, son dictionnaire, sa bible en quelque sorte… Une extraordinaire facilité mais aussi un piège, celui de la facilité, celui de l’orientation imposée à la recherche d’informations, celui de l’interprétation fermée par manque de sources alternatives. A cause de Google, le métier de documentaliste au service des rédactions a fortement évolué tout en diminuant. Beaucoup de services ont été fermés afin de faire des économies. Plus besoin de montagnes d’archives, cela coûte du temps et de l’argent et donc, la mémoire du journaliste est alimentée par un moteur de recherche tellement performant que l’on se perd si on ne sait pas croiser les infos, les passer au crible de la critique, les vérifier sans cesse. Et cela n’est pas du temps perdu. C’est le cœur même du métier.

Google était devenu en quelque sorte une super agence de presse relayant des articles écrits dans le monde entier et cela sans payer les droits d’auteur et droits voisins. Les éditeurs de presse, confrontés à des difficultés énormes vu l’évolution vers la publication numérique généralisée, ont réagi. Dans le cadre de la réforme européenne du droit d’auteur de 2019, un « droit voisin » au profit des éditeurs de presse et agences de presse a été défini afin de les aider à se faire rémunérer pour la reprise de leurs contenus par les plateformes en ligne et autres agrégateurs. Cela devrait compenser en partie l'effondrement de leurs recettes publicitaires au profit des géants de l’Internet, comme Facebook et Google. En France, en janvier 2021, l’Alliance de la presse d’information générale a signé un accord-cadre avec Google. La voie est ouverte vers la reconnaissance effective du droit voisin des éditeurs de presse et le début de leur rémunération par les plateformes numériques pour l'utilisation de leurs publications en ligne, constate cette Alliance.

On espère que les journalistes en tireront eux-aussi quelque profit ; par exemple une augmentation de leurs salaires et de leurs piges, tellement mal payées !

 

Mots-clés

Il semble que vous appréciez cet article

Notre site n'est pas devenu payant! Mais malgré le bénévolat de ses collaborateurs, il coûte de l'argent.

C'est pourquoi, si cet article vous a plu (et même dans le cas inverse), nous faire un micropaiement d'un ou de quelques euros nous aiderait à sauver notre fragile indépendance et à lancer de nouveaux projets.

Merci à vous.

Nous soutenir Don mensuel

entreleslignes.be ®2021 designed by TWINN Abonnez-vous !