semaine 48

X comme X et xénophobie

Par Théophraste ! par G. Lefèvre, le 04 novembre 2021

Parmi les migrants que nous avons le devoir de secourir, il y a des journalistes provenant de pays en guerre ou sous dictatures diverses. L’association En-GAJE (Ensemble-Groupe d’aide aux journalistes exilés) leur vient en aide. Dessin © Anne-Catherine Van Santen. Publié en 2008 dans l’Agenda des Journalistes de l’AJP.

Monsieur ou Madame X a bon dos. Il ou elle est le citoyen lambda, le paradigme censé représenter la société de base. C’est le micro-trottoir, c’est le coup de sonde dans l’opinion publique, c’est la manière de s’interroger sur une opinion peu étayée. X est une bonne base pour poursuivre l’enquête et l’analyse pour autant que le journaliste ne se limite pas aux impressions fugaces du public.

X est la personne dont on n’ose pas donner le nom pour des raisons de protection de la vie privée ou de manque de certitude sur l’information qu’il nous a donnée ou encore parce que cette personne refuse de se dévoiler. Aux journalistes de s’assurer que ce que dit X a de l’importance, apporte vraiment quelque chose au débat, à la vie en société en général. X nous désigne des pistes auxquelles nous ne songions pas et nous permet de mieux appréhender la manière dont « les gens » perçoivent les événements, des situations de la vie.  

Etre xénophobe est le danger insidieux qui guette les journalistes peu habitués au sens critique. Les images, les photographies, les mots utilisés sont autant de révélateurs de présupposés racistes conscients et inconscients dans la relation de faits. Sans verser dans le « politically correct » américain, où l’on n’ose plus utiliser certains mots car ils pourraient être dérangeants (et induire des plaintes parfois coûteuses pour le média !), il s’agit pour tout journaliste de vérifier soigneusement la connotation des mots et images qu’il utilise. Et de ne pas oublier le contexte vécu par ses lecteurs. Il est évident que le mot « collaboration » peut être mal perçu par des lecteurs plus âgés qui ont vécu la deuxième guerre mondiale. Ce qui ne sera pas le cas de plus jeunes.

Il est tout aussi évident qu’utiliser à tort et à travers des termes comme islam, musulmans, arabes, maghrébins, en mélangeant la religion, l’origine géographique, la culture, introduit des confusions perverses. Chaque mot doit être pesé et bien défini sans pour autant se censurer. Ainsi, qui est terroriste, résistant, combattant pour la liberté ou fanatique religieux ? Les mots sont l’expression d’une pensée politique mais aussi de propagandes savamment distillées dans la sphère médiatique mondiale.

Pour aider les journalistes à se dépêtrer des pièges des mots, dès 1994, l’Association des journalistes professionnels avait rédigé des « Recommandations pour l’information relative aux allochtones ». Les années passant et les problèmes de plus en plus graves vécus par les personnes d’origine étrangère dans notre pays et les informations concernant les migrants dans le monde ont poussé le Conseil de déontologie journalistique à remettre l’ouvrage sur le métier ; cela a donné une « Recommandation pour l’information relative aux personnes étrangères ou d’origine étrangère, et aux thèmes assimilés », adoptée en mai 2016 et que vous trouverez ici : https://www.lecdj.be/wp-content/uploads/carnet-9-Recomm-personnes-etrangeres-avec-lexique-PQ-2.pdf

 La règle d’or est : « Ne mentionner les caractéristiques personnelles ou collectives dont la nationalité, le pays d’origine, l’appartenance ethnique, la couleur de la peau, la religion, l’opinion philosophique ou la culture que si ces informations sont pertinentes au regard de l’intérêt général. »

Encore faut-il en parler correctement dans un langage à la fois clair mais aussi nuancé, bref, adopter une « terminologie adéquate, précise, juridiquement correcte, et éviter l’usage de termes inappropriés ».

Cette recommandation nous invite tout particulièrement à « différencier les données avérées et vérifiées des informations fallacieuses ou sciemment biaisées qui circulent en ces matières. Ils distinguent une rumeur d’une information qui a été vérifiée et confirmée à d’autres sources, et restent lucides sur les motivations de leurs sources et sur les tentatives de manipulation, d’où qu’elles viennent. » Et, en cette époque d’abus d’expression sur les réseaux sociaux, nous devons empêcher que circulent des propos racistes et des incitations à la haine raciale sur les forums ouverts sur les sites des médias.

Pour conclure, je vous invite à méditer cette parole d’Edgar Morin :

« Le grand remplacement est celui des idées humanistes et émancipatrices par les idées suprémacistes et xénophobes ».

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