semaine 47

Communiquer dans son camp

Pasta par Michel Noirret, le 23 octobre 2021

Tout le monde vous le dira : marchand de cacahuètes, de lendemains qui chantent, guignol du show-d’pizz, chippendale, coureur cycliste, dictateur, etc., pour exister faut savoir com-mu-niquer.
Cette activité consiste généralement, sauf exception et au minimum, à vous faire accepter comme crédibles, voire acceptables, des carabistouilles dont vous ne croiriez jamais un mot si vous saviez réellement de quoi il retourne. La com’ doit avoir l’air de la Vérité, le goût de la Vérité, mais ce n’est pas la Vérité. Et puis la Vérité, d’abord, ça n’existe pas ! alors, à quoi bon se sentir des états d’âme !
La manifestation la plus malfaisante de cette pratique est bien entendu la publicité qui nous prend pour des cons, qui nous rend cons. ( Ne l’a-t-on pas assez clamé durant les beaux jours d’Hara-Kiri ? En pure perte, faut bien reconnaître !).
Néanmoins, on affirme doctement que la « communication » nous transmet un message. C’est la pure vérité.
Mais si vous le regardez de plus près le message, c’est, en gros : « File-moi ton fric Ducon ! » Même pas « Monsieur, ou “Madame”, non : “Ducon !”, car les spécialistes en communication, les “relations publiques”, ont étudié la psychologie et l’art de la manipulation de masses.
L’idée et sa mise au point viennent d’un nommé Edward Bernays. C’était un neveu de Sigmund Freud. Ce qui relève simplement de l’anecdote. Ce qui l’est moins, c’est que Goebbels fut un de ses plus performants disciples. Mais plutôt qu’un long discours, un cours lien vers Wikipédia vous en dira plus sur ce nuisible. https://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_Bernays


 L’art des “relations publiques” consiste à nous faire toutes sortes de grimaces distrayantes pendant qu’on nous fait les poches. Derrière le beau sourire, car c’est généralement souriant, léger, bon enfant, on est en réalité totalement méprisé, même les enfants. Professionnel de l’enfumage, c’est bien une forme pratique de mépris de ses semblables non ? Je parle ici des bonimenteurs au service des marchands de ceci et de cela qui grâce à leur savoir-faire et notre jobardise conduisent l’humanité et d’autres espèces à la catastrophe générale. Ces manières de faire, quoiqu’artisanales durant des millénaires ont toujours été bien connues, d’ailleurs les Grecs avaient nommé Hermès dieu des marchands et des voleurs. Cette fructueuse cohabitation est toujours d’actualité, mais grâce à Bernays elle a pu atteindre la plénitude de sa nocivité, à une échelle quasi universelle.
On applaudit bien fort !
Toutefois, comme rien n’est franchement binaire dans les relations humaines, il est tout de même des cas, bien que le discours puisse varier selon la population à laquelle il s’adresse, où la finalité de la communication est légitime et surtout vérifiable. Ça devient alors de l’information, c’est ce qui fait la différence avec les mascarades "communiquantes". Mais n’exclut pas de rester sur ses gardes, car on peut aussi provoquer des catastrophes avec les meilleures intentions du monde.
C’est compliqué la vie.
Jamais tranquille !
Comme chacun a pu s’en apercevoir, l’art de plumer le pigeon ne concerne pas que le fric, la politique professionnelle se taille aussi une belle place au soleil dans ce créneau.
Ainsi découvre-t-on, grâce à ses communicants, que Mathieu Michel (encore lui !) a de très bonnes idées avec son doigt.
Il va nous offrir un portefeuille !
Un Libéral qui offre ?
— Appelle vite les enfants, faut pas qu’ils ratent ça !
 Allons, allons, pas de précipitation. Y aura rien dans ce portefeuille. Ce sera un portefeuille virtuel ! Digital, quoi ! comme le doigt du même nom. Comme celui, de préférence le majeur, que montrent au fisc de nombreux belges riches, entreprises ou personnes, en tournant la clé de leur coffre-fort dans une banque de paradis fiscal.
Vous croyez qu’il serait venu à l’idée d’un parti du gouvernement de créer un secrétariat général à la répression de l’évasion fiscale ? Ouais ! c’est plus difficile à faire passer qu’un Secrétariat général à Rien. Et puis, d’un point de vue électoral, ce ne serait pas très porteur pour le parti et le titulaire du poste qui peuvent avoir des amis chers dans la gent friquée. Ça peut plomber l’ambiance au dessert.
Ajoutons qu’il y a déjà un ministre de la justice pour s’occuper des voyous ! On ne va pas aggraver la pléthore gouvernementale, et il est vrai qu’avec tous les voleurs de mobylettes, de vélos, de vendeurs de tabac qui font rire (très mauvais pour la santé des jeunes), il n’a pas le temps, ce malheureux ministre, de courir après les fraudeurs du fisc. Qui sont des gens bien élevés et propres sur eux, il faut leur laisser ça.
Bon, alors, il y aura virtuellement quoi dans le portefeuille que Mathieu Michel va nous offrir ?
D’après ce que j’ai cru comprendre, une connexion avec tous les trucs emmerdants de l’administration, sauf qu’au lieu d’avoir à faire à un être humain moyennement rébarbatif (quelquefois aimable, si, si !) on aura affaire à une machine aussi avenante qu’un perroquet qui au lieu d’inlassablement vous répéter “Il est joli Coco !” vous dira et vous redira sans se décourager sur quelles touches appuyer pour résoudre votre problème. Pour peu que ce soit une affaire particulière (c’est ça l’emmerdant avec les gens, ils n’ont que très rarement des problèmes généraux, ils préfèrent les problèmes particuliers, comme s’il n’y avait qu’eux au monde !) plus vous appuierez sur les touches, plus votre problème deviendra insoluble. Mais vous l'avez déjà expérimenté!
Toutefois, il s'agit-là de pure supputation, car tout ça n’existe pas. Enfin, pas encore ! mais ça va exister, si, si. Parole de communiquant, porte-voix de la science-fiction.
On peut se demander pourquoi la presse encombre ses pages de ce genre de non-évènement. On suppose tout de même que les journalistes à la peine ne sont pas niais au point de ne pas se rendre compte qu’ils ont simplement à faire à quelqu’un qui a besoin qu’on parle de lui dans un but promotionnel.
Copinage ? Service commandé ?
Que le Monstre en Spaghetti Volant vous éclaire et vous touche de son appendice nouilleux.
Ramen.

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