semaine 27

Dis moi à quoi tu te shootes, je te dirai qui tu es.

Pasta par Michel Noirret, le 21 mai 2022

© Wich

Les hauts magistrats du pays ont remis récemment le couvert, réclamant, urbi et orbi, plus de moyens pour lutter contre la criminalité professionnelle.
- Revendication syndicale des magistrats ! A ironisé notre sémillant premier ministre.
En termes clairs, ça veut dire : allez vous faire contempler par le peuple Hélène. (Politiquement correct oblige).
Le premier ministre préfère sans doute le syndicat du crime. C’est un bon syndicat ! Réclame jamais rien au gouvernement ! Descend pas dans la rue en braillant des revendications ineptes ! N'est le sous-marin d’aucun parti politique. Pas de raison de changer quoique ce soit aux relations avec un interlocuteur tellement discret. D’ailleurs quand on met un de leurs membres en prison, jamais la moindre manif, jamais de « libérez not’ camarade !  Libérez not’ camarade ! » sur l’air des lampions.
Que les magistrats se démerdent, c’est leur boulot, on les paye pour ça ! S’ils croient qu’on va leur fournir des moyens pour pantoufler peinards, jusqu’à la retraite...
Certes, on comprend qu’un libéral, comme le Premier ministre, n’ait pas envie qu’on en fasse trop dans la poursuite de l’évasion fiscale, ça pourrait avoir des retombées électorales fâcheuses, non qu’il y ait tant de milliardaires à poursuivre, mais parce que le petit indépendant, courageux, visionnaire, dur à la tâche bien que besogneux pour l’instant, pourrait se sentir menacé dans ses projets de transformer sa petite épicerie-fruits et légumes en une puissante multinationale d’import-export.  Pour y arriver, évidemment, faut mettre de la thune à gauche sans que le fisc le sache, certainement de manière encore artisanale, en attendant mieux.
Bref faut pas décourager le peuple entreprenant qui ne descend pas dans la rue en braillant des revendications ineptes, parfois même en BMW comme affirme l’avoir vu Georges-Louis Bouchez-double lui-même dans son enfance, s’agissant de militants syndicaux qui ruinent l’État, comme chacun sait.
À part l’évasion fiscale à grande échelle, généralement pratiquée par des gens pacifiques, propres sur eux, jamais un mot au-dessus de l’autre, généralement aidés dans leur entreprise par des juristes formés dans les meilleures universités, garantie d’une moralité sans faille, sinon, il faudrait fermer les universités, il est une autre forme de criminalité à échelle mondiale, pratiquée par des va-de-la-gueule, des pue-des-pieds méchants comme des teignes qui veulent se donner des airs grands seigneurs, prêts sans doute, comme leurs confrères en évasion fiduciaire à vendre père et mère, mais eux livrant à domicile : les trafiquants de drogue.
La drogue, c’est mal.
Pourtant, l’humanité en fait usage depuis la nuit des temps sans que, jusqu’à présent en tout cas, ça ne soulève l’indignation, mobilise les juges et les flics, mais au contraire bénéfice du soutien des peuples et de leurs plus hautes autorités.
Regardez la Pythie (qui vient en mangeant*) de Delphes ! On venait écouter ses oracles comme on va de nos jours en pèlerinage à Lourdes ou à La Mecque. On sait maintenant qu’elle était complètement shootée aux émanations souterraines du volcan proche de la grotte ou elle oraclisait. Certes, personne n’en savait rien à l’époque, mais elle était bel et bien complètement défoncée, pire qu’une route ukrainienne après le passage des chars Russes.
On voit donc que l’usage de la drogue, c'est bien si on ne sait pas d’où viennent toutes les conneries que débite, l’autre, là, dans sa caverne, par contre c’est mal si on connait les substances qui provoquent le déconnage de quelque nature qu’il soit. Au comptoir du bistrot, on voit déjà mieux quelle est la source des oracles et autres divines prédictions. Mais attention ! De nos jours, l’addiction aux bits provoque aussi des comportements délirants sur les réseaux dits sociaux, qui, pourtant, ne donnent pas une vision très positive de la société humaine. Il y a fort à parier que ç’en a toujours été ainsi, mais ça se voyait moins. Il n’y a rien à redire à cet état de choses, le trafic est aux mains de multinationales fort respectables à ce qu’on dit et écrit. Le Facebookisme, l’Instagrammisme, le Tiktokisme le Twiterrisme, ne sont pas considérés comme des addictions dangereuses, quoique personne n’ait pensé à établir la liste de leur méfaits.
Allons ! On ne va tout de même pas comparer Mark Zukerberg et ses clones avec Otoniel le narco-colombien qui vient d’être livré aux États-Unis !
L’alcool, lui, est une drogue licite. On n'est pas considéré comme un criminel si on en fait usage, sauf dans les cas où il conduit à commettre des faits répréhensibles. D’ailleurs, souvent, l’alcoolisation dans les faits répréhensibles est considérée comme une circonstance atténuante.
Alors pourquoi deux poids deux mesures ? Aurait-on peur, dans on ne sait quelle comptabilité délirante, qu’à nos alcooliques s’ajoutent des hordes de drogués, cette sous-humanité ?
Mais c’est déjà le cas ! Des usagers de dopes les plus diverses, il y en a et beaucoup plus qu’on ne croit ! Et, stupeur ! Des gens parfois tout à fait convenables, tout aussi fréquentables que n’importe quel amateur de vin ou de gnôles les plus réputées.
Il y a deux sortes de dégâts dans l’usage abusif des drogues : le premier concerne la santé de l’usager et les dégâts collatéraux pour son entourage. Ça relève de sa responsabilité d’être humain. On n’y peut rien, aucune dictature ou démocratie n'a pu y changer quelque chose.
Le deuxième concerne tout le monde, y compris ceux pour qui prendre l’apéro entre amis, accompagner un repas des meilleurs crûs accessibles à sa bourse, ou se rincer la dalle avec une petite bière après l’effort ou un coup de trop chaud, ne sont pas des actes relevant de l’encouragement du banditisme.
C’est l’interdiction qui crée le banditisme. L’ensemble de la société en fait les frais. Tout le monde le sait depuis longtemps ! C’est même une loi du capitalisme : plus une chose est rare, plus elle est chère. L’interdiction crée la rareté et tous les moyens, notamment la corruption à tous les niveaux, y compris dans la sphère politique et les institutions étatiques ; les diverses violences accompagnant le tout sont nécessaires au maintien de l’interdiction afin de préserver la croissance des bénéfices. Business as usual.
Alors, voilà une suggestion qui va faire beaucoup rire nos magistrats dont le gouvernement se fout de la gueule : libérer et encadrer la vente et l’achat des drogues ! Toutes ! De la sorte, l’institution judiciaire aura du temps et des moyens pour s’occuper sérieusement de l’évasion fiscale, résoudre le problème de la surpopulation carcérale, de l’encombrement des tribunaux, etc. Mais y a-t-il un gouvernement qui souhaite des horreurs pareilles ?
Naturellement, cette libéralisation soulèverait quelques problèmes pratico-pratiques assez ardus, mais surement plus aisés, moins violents et moins coûteux à résoudre que ceux de la prohibition.

* Oui, je sais, mais j’ai pas pu m’empêcher. Je suis addict au calembour. Vous n’allez pas me mettre en prison pour ça, monsieur le juge ?

Que le monstre en Spaghetti Volant vous touche de son appendice nouilleux.
Ramen.
 

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