semaine 47

Les guignols du climat

Pasta par Michel Noirret, le 06 novembre 2021

Dessin de Wich

L’humour noir a connu ses heures de gloire. Il se pratique toujours, mais fait moins recette, semble-t-il. Bien entendu, l’humour de pissotières, genre Bigard, garde ses inconditionnels, l’humour Francisque ou Croix Gammée grâce à Eric Zemmour retrouve des couleurs. Mais en ce moment une nouvelle génération de comiques déferle dans les médias : les spécialistes de l’Humour vert.
Le centre du maelström se situe à Glasgow, en Ecosse où se déroule le festival COP 26, le 26e du nom, donc.
Il faut dire que les précédents n’avaient pas spécialement fait recette, les prestations restant empreintes d’un certain amateurisme, les comédiens manquant de maturité, n’ayant pas assez l’air de croire à ce qu’ils disaient. Or, c’est pourtant là que réside la force de cette nouvelle manière de faire rire les foules : l’apparence de la sincérité du discours.
Les vingt-cinq éditions précédentes se sont toutes terminées sur un flop, non que les artistes manquassent d’allant dans leur numéro, ce sont tous d’excellents professionnels de la scène, mais il y manquait encore la touche de savoir-faire qui emporte sinon la conviction du spectateur, du moins son respect pour la connaissance du métier. Néanmoins, au fil des diverses éditions du festival, les prestations, dans leur diversité, leur inventivité, auxquelles il faut ajouter bien sûr la complicité des spectateurs, se sont lentement mais sûrement améliorées. On se rappellera l’étonnante réplique de Jacques Chirac lors d’un de ces festivals à Johannesburg en septembre 2002 : « La maison brûle et nous regardons ailleurs ! ». Le gag étant qu’il se gardait de donner le numéro de téléphone des pompiers, ou faire mine de prendre ne serait-ce qu'un seau d'eau pour éteindre le feu. Depuis la blague a fait de nombreux émules.
En effet, les artistes, sous la pression du public, se sont astreints, petit à petit, à une préparation beaucoup plus élaborée de leurs prestations. Ils n’ont pas lésiné sur les répétitions quelques fois harassantes, sous le contrôle pointilleux d’éminents spécialistes des relations publiques sortis des meilleures universités. Les spectacles se sont rodés, petit à petit, au cours de shows télévisés,  quelques fois publics, d’allure plus ou moins improvisée, afin de donner l’impression d’une sincère spontanéité. De la sorte le public s’est, sans à-coups nocifs, familiarisé avec cette nouvelle forme d’humour devenu beaucoup plus accessible au grand public.
A dire vrai, la forme n’est pas tout ce qu’il y a de plus nouvelle. Faire rire le public en lançant des promesses dont chacun sait qu’elles n’engagent que ceux qui y croient est un vieux truc de clown, mais qui, reconnaissons-le marche toujours très fort. On ne change pas un effet qui gagne.

La trame, le fil rouge du récit comique vert reste immuable : comment sauver le climat de la planète et la survie des espèces qui l’habitent, dont la nôtre, sans mettre fin au productivisme forcené qui est notre caractéristique quasi biologique? C’est là que réside toute l’inventivité des acteurs. Il faut voir, entendre les subtilités de langage, les détournements de logique, les ruses sémantiques, ne parlons pas des mensonges d'autant plus drôles qu'ils sont éhontés. La plupart du temps ça donne des sketches très aboutis, absolument désopilants.
Actuellement, selon les témoignages de spectateurs présents sur les lieux, le public en redemande et hue les acteurs à qui mieux mieux. Bien entendu, c’est une convention entre les comédiens et le public, ce charivari hostile faisant partie de la réussite du spectacle.
Soulignons le rôle primordial de la Presse dans le succès des numéros. Elle souligne,  détaille rend-compte fidèlement des one-man-shows sans jamais perdre son sérieux, comme si tout cela était vrai; ça ne doit pas être facile tous les jours, reconnaissons-le.
Saluons le professionnalisme de nos confrères.
Que le Monstre en Spaghetti Volant vous touche de son appendice nouilleux.
Ramen.

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