semaine 48

Tout va bien

Pasta par Michel Noirret, le 09 septembre 2021

La rentrée des classes était parsemée de petites embûches, mais rien de grave. Les radios et télés, les journaux en papier ou en bits ont diffusé jusqu’à la nausée les opinions murement réfléchies des chères petites têtes blondes sur les implications de cet évènement quant à leur avenir. L’émotion des mamans, l’optimisme des enseignants qui ont bien préparé la rentrée étaient palpables. Bref, le « marronnier » dans toute sa splendeur préautomnale, sans variante notable d’une année à l’autre.
Au fil des ans, l’observateur béat se demande si, finalement, l’objectif de l’école publique ou non, est réellement l’enseignement ou le bonheur des petits n’enfants ? L’Ecole, c’est clair, doit les maintenir heureux, gais, rieurs. C’est tellement mignon un petit n’enfant déjà bien dodu se gavant d’un sachet de chips à la récré. Il faut absolument éviter de gâcher cette spontanéité avec l’apprentissage de matières rébarbatives telles que la grammaire, l’orthographe, l’arithmétique, l’histoire, la géographie, j’en passe et des pires, toutes ces sortes de choses qui insidieusement amènent à se poser des questions sur la nature du monde et de l’humanité. C’est très nuisible aux réseaux sociaux, au commerce de la musique et à une bonne compréhension des discours officiels. Ça n’empêche pas de devenir tout de même membre du Cercle du Libre examen de l’ULB. Rien n’est perdu.

Georges Louis Bouchez-Double lui aussi est rentré. Dans quoi ? On ne sait pas, peut-être comme Obélix dans la marmite quand il était petit, mais on est sans réponse sur la potion qu’elle contenait. Il a donc encore ramené sa fraise. Cette fois, il se retient. Il n’ose pas encore proposer de gazer tous les chômeurs de longue durée, ces feignants qui plombent l’économie des paradis fiscaux.
Mais commencer par les réduire à la misère totale éviterait peut-être cette pénible extrémité. La misère totale, rêve-t-il, les obligerait à trouver des boulots de merde. Oh pardon ! « en pénurie ». J’entendais déjà dire ça, y a bien dans les 50 ans, vous savez au premier moment de la première grande crise du pétrole, en quelque chose comme 1973, crise provoquée, on s’en doute, par les mauvais travailleurs de l’époque qui aspiraient à devenir chômeurs de longue durée parce qu’ils étaient socialistes. Y en avait même d’inscrits au parti communiste parmi eux. C’est vous dire la moralité de ces gens.
Les prédécesseurs de notre Libéral national préconisaient déjà de telles recettes pour en finir avec ces suceurs de sang de la Libre Entreprise. Ça a tellement bien marché que, question emplois, ça n’a pas beaucoup changé, sauf que maintenant y en a trop. D’après la loi de l’offre et de la demande, chère au libéralisme, les conditions de travail et les salaires devraient alors changer en faveur des nettoyeurs de fosses à merde. « Vous ne voulez pas patauger dans votre caca, alors ça va coûter plus cher ! ». Merde alors ! Bouchez-double et ses copains n’y avaient pas pensé. Le libéralisme se transformer en socialisme, pas de ça Lisette ! Il devrait y avoir moyen de s’arranger avec la théorie.
Des idéalistes de gauche, hors des réalités du monde, vous diraient qu’on pourrait faire face aux emplois en pénurie (et non pas à la pénurie d’emploi) avec des immigrés, prêts à tout accepter pour avoir des papiers et rester ici. Pas de ça chez nous, Monsieur ! On les connaît ! on a vu comment ça s’est passé avec les polaks, les ritals, les espingouins, et tous les bougnoules venus des pays chauds tripatouiller la merde dont nos ouvriers à nous ne voulaient plus ! Soyons justes, faut leur reconnaître ça. Mais leurs enfants et petits enfants ? Hein ? Eh ben, ils n’en veulent plus ! Chômeurs de longue durée, ceux qui le sont, c’est tout juste s’ils font pas la gueule ! Ils ne connaissent même pas leur bonheur ! Faut pas s’attendre à de la reconnaissance avec tous ces étrangers. Sauf de Sammy Madhi, secrétaire d’Etat à la migration.
La bonne solution, selon moi, c’est les émeutes. Ça permet de légitimement tirer dans le tas, ça fait autant de chômeurs longue durée en moins. Et les paradis fiscaux, même les purgatoires fiscaux qui ne sont pas si mal que ça, peuvent continuer à frétiller d’aise. (Vingt milliards par an pour l’Europe.) Par ruissellement divin ils enrichissent, certes peu, le petit peuple. Le libéralisme, c’est la richesse pour tous.

Tiens à propos de richesse pour tous, pendant que pour cause de réchauffement climatique du à la juste prospérité des élites, à l’excellence du management de la Libre Entreprise, les forêts crament, les rivières noient surtout ceux qui n’habitent pas sur les hauteurs (enfin, profitent-ils au moins du ruissellement), pendant que les bonnes recettes de l’agroalimentaire contribuent à la destruction des sols, mais, par contre, au développement de toutes sortes de maladies dégueulasses, bref, pendant que les espèces disparaissent, les sonnantes et trébuchantes, elles, prospèrent.
Pour fêter ça, quelques milliardaires se paient un petit voyage dans l’espace. Funny, non ? Pour faire avancer la science ? Allons, allons ! Pour impressionner les amis, frimer à la télé ? Un peu, bien sûr, on peut être un nabab et avoir ses petites faiblesses. Il s’agit surtout de préparer les attractions touristiques du futur, car il y aura évidemment des tas de trous du cul cousus d’or qui voudront les imiter, puis les moins cousus d’or, puis les Gagnepetits; tout ce beau monde ayant déjà largement contribué au saccage d’un tas de lieux naturels sur Terre, devenus touristiques. C’est-à-dire machines à pognon. Quand on fait du tourisme, on ne fait que passer, on mate, puis on se casse; évidemment il ne viendrait à personne l’idée de vivre dans des endroits pareils. Mais on peut montrer ses selfies sur Instagram et il faut loger, nourrir et amuser tous ces gens entre deux clics. Ça valait bien la destruction de paysages dont les ploucs locaux ne savaient pas tirer parti.
Grâce à nos vaillants pionniers milliardaires, il y aura bientôt tout l’espace lui-même à saccager. On me dira, « Dans l’espace, y a rien ! ». Parfait ! on mettra ! c’est déjà commencé !
Pour ce qui est de la Terre, que regarder de haut est maintenant à la portée du premier milliardaire venu, un petit voyage dans l’espace, pour 4 personnes, ça produit dans les deux à trois cents tonnes de CO2 ! rien que ça, avec en plus, grâce à la combustion du kérosène et du méthane, les dégâts dans la couche d’ozone, je vous dis pas ! C’est du lourd. Mais quand on aime (le pognon) on regarde pas.

Et puis il y a encore les écolo(e) s - c’est de l’écriture inclusive - qui tiennent le haut du pavé que des malotrus pourraient avoir envie de leur balancer dans la gueule, alors qu’une tarte à la crème suffirait (il n’y a pas que Bernard-Henri Lévy dans la vie) pour faire de cette rentrée un havre de bonheur.
Voyez Sarah Schiltz , Secrétaire d’Etat à l’Egalité des chances. Elle mène un rude combat sur un thème politique nouveau : la ségrégation progressiste publique. Pour ceux qui auraient quelques difficultés à intégrer ce nouveau concept électoral résolument invasif, je résume par une allégorie : il n’est pas interdit aux noirs américains du sud des Etats-Unis notamment, de se tenir pour les égaux des blancs, que non ! ils n’y sont pas invités, c’est tout. Une simple affaire de courtoisie entre gens bien élevés.
Tout va bien, je vous disais, quand c’est une représentante de l’Etat qui est à la manoeuvre.
Que le Monstre en Spaghetti Volant vous touche de son appendice nouilleux.
Ramen.

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