semaine 19

La solitude

Une édition originale par Thierry Robberecht, le 15 février 2021

© Serge Goldwicht

Il vit seul, désespérément seul et il en souffre. La crise sanitaire a intensifié sa solitude si bien que personne ne l’a touché depuis des années et les relations sexuelles, n’en parlons pas. Il n’est pas complètement seul puisqu’une amie est venue lui rendre visite et lui a offert une plante, une espèce de lierre.

- Une plante grimpante, a précisé son amie

Il n’ y connait rien en plante mais Il l’a posée près de la fenêtre où la lumière l’aidera à vivre, pense-t-il.

  • N’oublie pas de l’arroser , lui a conseillé son amie

Tous les jours, il s’assied dans la lumière près de la plante. Imperceptiblement, elle s’approche de lui. Elle est lente, tragiquement lente mais après quelques semaines, une tige délicate s’enroule autour de sa cheville gauche. Cà fait longtemps qu’on ne lui a pas caressé la cheville. La tendresse, c’est bon et doux. Il avait oublié son parfum. Depuis quelques mois, il a pris l’habitude de se laisser caresser par la plante. Quand on a perdu tout espoir dans l’humain et dans le minéral, le végétal reste une excellente option pour nouer des liens. Il croit même ou plutôt, il aimerait croire que la plante s’efforce de s’approcher de lui. La tige tend vers sa cheville quand il s’assied près de la fenêtre et il ne rate aucun rendez-vous avec la plante. Toujours à la même heure, près de la fenêtre, dans la lumière. Il songe à son tendre rendez-vous du matin au soir. Il lui parle de sa voix la plus tendre et prononce des mots qu’il croyait avoir oubliés. Un jour, il pousse l’expérience plus loin. Il s’assied nu dans le fauteuil près de la fenêtre où il attend son rendez-vous quotidien. Depuis qu’il est nu, ce n’est plus une tige qui prend contact avec lui mais la plante tout entière qui l’enlace et l’embrasse. La plante s’approche de lui en trainant son pot, ses racines et son histoire dans l’aventure. Comme dans toutes les relations amoureuses, il étouffe un peu mais c’est bon surtout quand, comme lui, on a connu la cruelle solitude et le désert sexuel. Complètement prisonnier de sa plante, il commence à se demander si elle ne va pas le dévorer comme il a déjà été dévoré dans plusieurs histoires d’amour passées. Les tiges et les feuilles se frottent à son corps. Sa bouche, ses seins, son sexe. Et ce qui devait arriver arriva. Il éjacula dans le pot à cause de l’extrême lenteur et de la douceur des caresses. Après avoir joui, il fit comme tous les hommes, il s’éloigna de sa partenaire et s’endormit. Le lendemain, son besoin de tendresse l’amena pile à l’heure près de la fenêtre pour son rendez-vous. Une tige verte vint s’enrouler autour de son poignet. Dans le pot, il remarqua une tache de couleur minuscule, un bourgeon violet. Tout de suite, il imagina l’inimaginable : il serait à l’origine de cette naissance. A partir de cet instant, il prit soin de la plante comme jamais. De la lumière, pas trop. De l’eau, pas trop. Les soins qu’il prodigua à la plante lui apportèrent une joie inouïe, une vitalité inconnue jusque-là. Il lui fallait absolument partager cette joie avec quelqu’un mais avec qui ? Personne ne peut entendre cette histoire évidemment. Il est plus que jamais seul parmi les humains.

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