semaine 27

Le peuple Gomme

Une édition originale par Thierry Robberecht, le 30 mai 2022

© Serge Goldwicht

Le professeur Huntington, célèbre ethnologue anglais découvrit le peuple Gomme dans une forêt reculée de Micronésie aux alentours de 1887. Il venait d’apprendre que cette communauté n’incinérait ni n’enterrait ses morts. Le peuple Gomme serait-il nécrophage ? Huntington voulut savoir pourquoi le peuple Gomme ne connaissait aucun rituel funéraire. Une exception dans l’histoire de l’humanité et la gloire pour Huntington qui deviendrait plus célèbre que Darwin himself .Le voyage fut long et périlleux. L’expédition partit de Paipalap et traversa la jungle pendant plusieurs mois avant d’arriver sur le territoire du peuple Gomme. Dans le premier village qu’il découvrit, Huntington croisa des gens nus, des femmes sans sein, sans vagin, sans bras et sans bouche ainsi que des hommes sans bras et sans pénis. Seuls les enfants possédaient des membres et des organes génitaux. Des adultes en possédaient également mais ils étaient tristes et désespérés trainant leur désespoir comme leurs membres trop lourds à porter. Huntington désira en savoir plus et vécut cinq années au sein du peuple Gomme. Finalement, il apprit leur langue et s’entretint avec les individus qui possédaient leurs membres et leur organes génitaux mais qui étaient désespérés. Curieusement et contre toute attente, les invalides sans bras, sans bouche et sans organe génitaux étaient souriants et sereins. Humaniste et généreux, Huntington s’inquiéta tout d’abord des plus désespérés.

- C’est une catastrophe, lui dit le premier villageois qu’il interrogea. Un homme âgé de plus ou moins nonante ans : « C’est une catastrophe ! Je vais bientôt mourir et regardez : il me reste encore mes deux bras, ma bouche et surtout mon pénis . Je n’ai pas suffisamment vécu. J’ai raté ma vie ! Si j’avais fait plus l’amour et embrassé et caressé plus de femmes, je n’aurais plus de bras, plus de bouche et plus de pénis. Tout aurait été gommé, c’est le destin du peuple Gomme. Quand tout est gommé parce qu’usé et utilisé, on meurt sereinement.

- Quelle douleur !J’ai gâché ma vie !

A l’inverse, dans une hutte à l’écart du village, Huntington découvrit un indigène sans bras, sans bouche et sans pénis qui se lamentait et regrettait sa vie misérable.

- Je ne vous comprends pas, lui dit Huntington. Vous avez usé vos membres parce que vous avez vécu, vous devriez attendre la mort sereinement.

- Non, lui répondit l’indigène car j’ai encore un cœur. Je n’ai pas assez aimé d’hommes, de femmes et d’enfants.

Rentré à Londres, Huntington se posa beaucoup de questions sur son propre cœur. Avait-il suffisamment aimé dans sa vie ou avait-il préféré sa carrière, ses voyages et ses découvertes à l’amour de sa femme et de ses enfants ? Oui, il avait aimé cette sauvage en Polynésie qu’il avait prise de force mais était-ce suffisant pour gommer son cœur ? La réponse vint quelques semaines plus tard quand une attaque cardiaque le foudroya à sa table de travail.

  • Votre cœur est gras et bien trop gros, lui dit le médecin.
  • Sur son lit de mort, entouré de sa femme et de ses enfants en larmes, il regretta. Aaargh ! Comme il regretta.

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