semaine 19

Ces fake news outils des pouvoirs

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 16 avril 2021

Un livre qui résonne comme une alarme dans le magma de l'information. Photo TVLibertés sur Youtube.

Le saviez-vous? Depuis l’antiquité existent des «fake news», des mensonges d’Etat et même de papes. Pour assoir leur pouvoir, des rois, empereurs, des chefs religieux n’ont pas hésité à revisiter l’histoire, à détruire la représentation de rivaux ou de prédécesseurs qu’ils voulaient gommer de la mémoire. Même l’histoire de la science regorge de faux, d’inventions destinées à devenir des scoops ou des moyens d’attirer les regards des contemporains dans une course aux honneurs et à la reconnaissance scientifique.

Et que dire des faux et contrefaçons utilisés pour façonner des identités ethniques et nationales comme aux 18ème et 19ème siècle.   « Les nations modernes se sont construites sur des histoires communes et contre des ennemis communs. Les faux documents, les théories du complot et les dénis de justice ont fait apparaître des boucs émissaires et de les condamner, avec les conséquences dévastatrices et durables que l’on sait. », peut-on lire dans une exposition très intéressante « Fake for Real » à la Maison de l’histoire européenne à Bruxelles. Du cheval de Troie à Internet, découvrez l’histoire des tromperies et supercheries qui embrouille les citoyens.  Un problème de démocratie particulièrement intense actuellement : « L’expression ‘société de la post-vérité ‘ désigne une culture dans laquelle l’opinion publique se fonde sur les émotions et les opinions personnelles plutôt que sur des faits. Les fake news, ou infox, en sont les symptômes les plus flagrants. », expliquent les organisateurs de cette exposition.

On aurait aimé une mise en évidence plus équilibrée des fausses informations lancées par des responsables politiques étatsuniens, autant que russes. Ainsi qu’un rappel du fait que des journalistes (les vrais, libres et indépendants) se sont distingués récemment en dénonçant des scandales de mal gouvernance, de corruption, d’évasion fiscale, d’exploitations meurtrières des ressources naturelles, parfois au péril de leur vie, de leur liberté. Tant il est vrai « que la véritable guerre aujourd’hui est celle de l’information », dit Julian Assange. Emprisonné pour avoir dit la vérité et si peu défendu par nos démocrates européens !

"Gouverner par les fake news"

Le parfait complément de cette visite dans les faux historiques est la lecture du livre détonnant de Jacques Baud, « Gouverner par les fake news ». Il ne s’agit pas de l’œuvre d’un complotiste, d’un journaliste en recherche de scoop, d’un romancier jonglant avec l’imagination. Jacques Baud est un colonel de l’armée suisse, expert en armes chimiques et nucléaires, formé au contre-terrorisme et à la guérilla. Au service des Nations Unies, il a été chef de la doctrine des Opérations de maintien de la paix à New York, et engagé en Afrique. A l’Otan, il a dirigé la lutte contre la prolifération des armes légères. L’homme sait donc de quoi, il parle, il l’a vécu de l’intérieur. Pensionné, il est loin d’être en retraite ! Son livre se lit comme un polar mais tout est vérifié, mis en perspective… Et c’est explosif. Ainsi, l’empoisonnement d’un ancien espion russe au Novichok, en Grande-Bretagne, est immédiatement attribué aux services secrets russes, sans la moindre preuve et sans qu’il y ait une explication claire sur le but de cet acte criminel. Et l’auteur d’expliquer qu’il est notoire que des doses de ce poison ont été volées et ont servi plusieurs fois à la mafia russe, bien présente en Grande-Bretagne, pour éliminer des Russes qui gênaient ses affaires. Mais cela a servi une stratégie de tension diplomatique extrême des pays occidentaux envers la Russie.

" La ‘menace russe" est devenue un véritable outil de manipulation : elle permet de distraire l’opinion publique des errements de la politique intérieure, de crédibiliser le soutien occidental au profit des islamistes contre le gouvernement syrien, de justifier un accroissement des budgets de la défense et de décrédibiliser une opposition… », écrit Jacques Baud.

Au fil des chapitres de ce livre, on relit l’histoire récente : Afghanistan, Darfour, Iran, terrorisme djihadiste, guerre en Syrie, attentats terroristes en France, la Russie, la crise ukrainienne (qui reprend vigueur ces jours-ci !), la cyberguerre et les tentatives d’ingérence, la Corée du Nord, le Venezuela…

Lire ce livre, pratiquer le doute mais de manière éclairée, exiger une information vraiment indépendante des pressions politiques et des manipulations diverses sont hautement prioritaires pour sauver nos démocraties : il s’agit de sauver nos démocraties en rétablissant l’exercice d’une citoyenneté consciente car bien informée.

  • Exposition « Fake for Real », « une histoire du faux et de la contrefaçon », jusqu’à octobre 2021, Maison de l’histoire européenne, Parlement européen, rue Wiertz 60, 1047 Bruxelles (dans le Parc Léopold).
  • Jacques Baud, « Gouverner par les fake news », « Conflits internationaux : 30 ans d’infox utilisés par les pays occidentaux ». Ed. Max Milo, 2020.
  • https://www.youtube.com/watch?v=d39quNOYMSY

 

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