semaine 40

Europe et Russie : de l’eau US dans le gaz !

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 12 janvier 2017

M1A1M Abrams en service en Irak, lors d'un défilé en janvier 2011.© Daneille Hendrix, U.S. Army (domaine public)

“There's no such thing as a winnable war,
It's a lie we don't believe anymore.
Mister Reagan says, "We will protect you."
I don't subscribe to this point of view.
Believe me when I say to you,
I hope the Russians love their children too”

Voilà ce que chantait Sting en 1985, en pleine guerre froide. 32 ans après, nous en sommes toujours là. L’Otan s’est maintenue malgré la fin de l’empire soviétique et la chute du rideau de fer. Les Etats-Unis ont agité le chiffon rouge de l’Ukraine devant l’ « ours russe », provoquant la réaction attendue : l’annexion de la Crimée puisque, depuis toujours, l’Ukraine et singulièrement la Crimée représentent l’ouverture la plus stratégique de la Russie vers la mer.

Les Etats-Unis et l’Europe massent des forces armées otaniennes aux frontières de la Russie, à l’extrémité de l’Europe qui laisse faire, conquise par les arguments US, au détriment de ses propres intérêts géostratégiques. Une nouvelle guerre froide – soft, larvée, mais bien ouverte pour le plus grand bonheur des marchands d’armes. https://www.rtbf.be/info/monde/detail_les-premiers-chars-americains-debarquent-en-europe-pour-se-deployer-a-l-est?id=9496250

Donald Trump arrive au pouvoir aux Etats-Unis et annonce vouloir changer de stratégie. Acceptons-en l’augure. Du coup, les Européens se penchent sérieusement sur l’intégration de leurs forces armées et sur la production de leurs armements pour compenser l’éventuel affaiblissement de l’Otan.

La Russie, principal fournisseur de gaz et de pétrole

Nos brillants leaders européens feraient mieux, pourtant, de reprendre des négociations claires avec le grand voisin eurasiatique qu’est la Russie qui reste en effet  le premier fournisseur de gaz naturel des Vingt-sept (avec 40 % des importations, ce qui représente 19 % de la consommation totale de gaz de l'Union européenne) et le deuxième fournisseur de pétrole (avec 20 % des importations et 16 % de la consommation totale). Cela, c’était en 2007. En 2013, sur l'ensemble des importations énergétiques européennes, 39% du gaz, 33,5% du pétrole et 28,8% des combustibles solides sont russes. « La Commission européenne estime que, d'ici vingt ou trente ans, 70 % des besoins énergétiques de l'Union européenne devront être assurés par les importations, contre 50 % aujourd'hui. »

« C'est surtout la dépendance en matière de gaz qui devrait augmenter dans les prochaines décennies, compte tenu de la hausse de la consommation dans l'Union européenne et de l'épuisement du gisement gazier en Mer du Nord. Selon l'Agence internationale de l'énergie, la demande européenne de gaz devrait augmenter de 50 % d'ici 2020 et, selon le ministère russe de l'énergie, la Russie pourrait fournir 70 % du gaz importé par les pays européens (contre 40 % aujourd'hui). », peut-on lire dans le rapport 2007, sur le site du sénat français. https://www.senat.fr/rap/r06-307/r06-30714.html

Depuis ce rapport, l’Europe n’a pas pu développer d’autres  alternatives au gaz russe et la Russie a besoin de l’Europe puisqu’elle est son principal client.

Rassurez-vous : nous aurons longtemps la possibilité de nous chauffer : début décembre 2016, le gouvernement turc a ratifié l’accord russo-turc portant sur la mise en place du gazoduc Turkish Stream. Avant fin 2019, deux conduites placées sur le fond de la Mer Noire achemineront 15,75 milliards de mètres cubes de gaz chacune. Un des tubes assurera les importations de gaz naturel russe en Turquie, tandis que le second devra acheminer du combustible bleu vers les pays européens via le territoire turc. Selon le premier ministre russe Dimitri Medvedev, ce nouvel itinéraire permettra de garantir les consommateurs européens des risques de perturbation dans les livraisons de gaz.

Le choc des impérialismes

C’est bien dans ce contexte que navigue habilement le président Erdogan, assuré de faire ce qu’il veut chez lui sans susciter de réactions fortes des Européens qui ont tant besoin de cet approvisionnement énergétique. Ces Européens qui, paradoxalement, maintiennent les sanctions économiques contre la Russie…Ce qu’ils n’ont jamais fait contre les Etats-Unis lors de leurs guerres meurtrières contre l’Irak et l’Afghanistan et dont les conséquences catastrophiques sont la déstabilisation de tout le Moyen-Orient, la création de l’Etat islamique  et l’afflux de réfugiés… en Europe!

Quant au président Poutine, il place la Russie au même niveau d’impérialisme qu’avaient atteint (et perdu) les Etats-Unis. Avec les mêmes méthodes brutales que celles employées par le grand rival.

Comment allons-nous commémorer cette année, le centième anniversaire de la révolution soviétique ? C’était la fin d’un régime féodal et impérial odieux. Le grand espoir communiste s’est enlisé dans les atrocités du stalinisme. Les derniers dirigeants de l’URSS ont tenté l’ouverture vers l’Europe mais le modèle social démocrate à l’européenne, prôné par Gorbatchev a été balayé par les Etats-Unis qui ont placé un Eltsine acquis au « libéralisme » made in USA ouvrant ainsi un gigantesque marché aux mafias de tous genres. Cela a appauvri considérablement la population russe qui retrouve sous Poutine un peu de sa fierté nationale d’antan tout en subissant les mêmes revers que nous dans une économie désormais mondialisée.

Et si, comme le chante Sting, l’on mondialisait la solidarité, la justice sociale, la liberté de la presse, la protection de l’environnement, la création culturelle avec la population russe, à la fois tellement européenne et riche de ses racines asiatiques ?

Sting : https://www.google.fr/search?q=stING+RUSSIAN+LOVE+THEIR+CHILDREN+TO0&ie=utf-8&oe=utf-8&client=firefox-b-ab&gfe_rd=cr&ei=vYBuWNKTF8TBaJW9j7gB

Written by Gordon Sumner, Serge Prokofieff • Copyright © Sony/ATV Music Publishing LLC

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