semaine 13

L’universelle révolution des femmes

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 03 mars 2023

Sous le thème « Pour un monde digital inclusif : innovation et technologies pour l’égalité des sexes », la célébration de la Journée internationale des femmes 2023 par les Nations Unies mettra en évidence la nécessité de technologies inclusives et transformatrices et d’une éducation numérique. Photo © Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies/Phil Borges

Du passé vers le futur: le combat des femmes pour leur émancipation.

Quand elles manifestent en Iran, dévoilant leurs cheveux, des femmes un peu partout dans le monde coupent une boucle de leurs cheveux, en solidarité. Quand des femmes sont recluses de force en Afghanistan, d’autres privées d’éducation au Pakistan, des femmes de partout s’allient pour dénoncer cette atteinte inacceptable aux droits humains. Et l’on décerne un Prix Nobel de la Paix à une jeune Pakistanaise de 17 ans gravement blessée par les Talibans obscurantistes. Quand des femmes de tribus amazoniennes sont chassées de leurs terres et de leurs moyens de subsistance, le président du Brésil, Lula nomme l’une d’entre elles ministre afin de pousser ce combat au gouvernement. Quand des milliers de femmes de l’Est du Congo sont violées, mutilées, chassées de chez elles par la guerre atroce qui se déroule là depuis des années, et que le monde tourne les yeux, ailleurs, et encourage une autre guerre en Ukraine, plus personne ne manifeste. Où est passée la solidarité pour ces femmes ?

Et pourtant nous avons dans notre pays de nombreuses femmes ministres, parlementaires, directrices, professeures, syndicalistes, journalistes, etc. Toutes impliquées dans quantité d’associations, de mouvements, de syndicats, d’alliances et même de partis politiques militant pour les droits humains, dont, avant tout, les droits des femmes. Ceux qui seront célébrés ce 8 mars, journée décrétée par les Nations Unies comme dédiée à ces droits de femme.

L'émancipation est la clef

Parmi ces femmes solidaires et militantes, il y a Véronique De Keyser, première femme présidente du Centre d’Action Laïque. Elle soutient depuis des années la cause des femmes et singulièrement celle des femmes violées, aidées et soignées par le professeur Mukwege dans son hôpital de Panzi dans l’Est du Congo. Pour elle, l’émancipation est la clef de notre devenir humain. Dans son livre « Ce que la laïcité doit aux femmes. Les voix de l’émancipation », elle décrit le parcours historique de la revendication pour l’égalité des citoyen.ne.s dans le cadre d’un Etat de droit garant des libertés et où l’éducation, le libre examen exercent un rôle majeur dans l’émancipation.  Brillamment, Véronique De Keyser nous retrace l’histoire de ces femmes qui, depuis des siècles, ont affronté le patriarcat, les religions monothéistes, le libéralisme favorisant les inégalités. Ces femmes qui ont conquis leur place dans leurs sociétés parfois au péril de leur vie. Elle met en lumière aussi la pensée de ces femmes philosophes, écrivaines, politiques, journalistes qui ont décrypté les inégalités, les injustices un peu partout dans le monde et poussé des sociétés entières à examiner et réformer ces cultures, religions, structures économiques et étatiques maintenant les femmes dans des carcans d’infériorité.

Ce rappel historique était nécessaire car trop de jeunes femmes semblent persuadées aujourd’hui d’avoir inventé le « vrai » féminisme en se basant sur des analyses et expressions issues de la culture américaine, pourtant très différente de la nôtre. L’autrice replace ces luttes dans leur contexte historique et culturel tout en soulignant ce que chacune apporte aux autres, notamment grâce à l’émergence des réseaux sociaux et à la diffusion ultra rapide des messages de résistance, d’indignation, de combats pour l’égalité et la justice sociale, provenant de partout dans le monde.

Ainsi, elles dessinent les contours d’une autre forme d’universalisme des droits humains : celle d’une philosophie « qui introduit une manière nouvelle de considérer le rapport de l’humain au monde, plus respectueuse du vivant, de la planète, de l’Autre comme alter ego. Elles se sont tournées vers le ‘ care’, à savoir le soin tout particulier à apporter à ce qui doit être considéré comme ‘bien commun’, qui ne peut être volé à l’humain, quels que soient le régime politique ou les conditions de l’Histoire. C’est sur ces bases-là qu’une autre forme d’universalisme devrait se créer, mêlant étroitement sensibilité et raison. Cet universalisme serait concret et situé, accessible à tous et faisant sens même pour les plus vulnérables, eux qui se sentent trop souvent exclus des valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité au quotidien. »

Cet ouvrage nous invite à découvrir la pensée féministe contemporaine avec Cynthia Fleury, Judith Shklar, Florence Caeymaex, Vinciane Despret, Corinne Pelluchon, Marina Garcès, auteure de « Nouvelles Lumières radicales » … Ces nouvelles Lumières ne prétendent pas donner de leçon. Elles ouvrent la voie vers une autre manière de dire le monde selon les femmes. Conclusion de Véronique De Keyser, « seule l’émancipation vue comme une rupture des liens qui emprisonnent, comme une rupture du schèma de domination dont tous sont imprégnés, peut donner aux humains la liberté d’agir selon leur choix. »

La journée internationale des droits des femmes

Ce 8 mars 2023 a pour thème : « Pour un monde digital inclusif : innovation et technologies pour l’égalité des sexes ». Et cela en association avec les travaux de la 67e session de la Commission de la condition de la femme (CSW-67) qui approfondit la recherche sur l’innovation, le changement technologique et l’éducation à l’ère du numérique et son impact sur l’égalité des sexes et l’autonomie des femmes et des filles.

Car la réalité est dure : on observe que l’écart entre les sexes dans le numérique accroît les inégalités économiques et sociales. Il s’agit plus que jamais de protéger les droits des femmes et des filles dans les espaces numériques et de s’attaquer à la violence basée sur le genre en ligne, facilitée par ces technologies de l’information et de la communication (TIC).

La question que l’on pourrait se poser est « comment maîtriser cette évolution tentaculaire du numérique dans toutes nos activités humaines afin que l’humain reste primordial ? » Réponses chez nos philosophes des nouvelles Lumières radicales !

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