semaine 21

Le monde entier souffre de la guerre en Ukraine

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 15 avril 2022

Un champ de blé lors de la saison des récoltes à Krasne, en Ukraine. © FAO/Anatolii Stepanov

Pendant que la guerre fait rage en Ukraine, causant des milliers de victimes civiles, en plus des militaires, l’ONU établit les comptes de ce désastre et ses répercussions dans le monde entier. La famine menace des populations déjà précarisées dans des pays fragilisés par une économie inégalitaire, prédatrice et par les premiers effets de la crise climatique.

Ce 13 avril, aux côtés de la Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Mme Amina Mohammed, et de la Secrétaire de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), Mme Rebeca Grynspan, le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, a présenté le Rapport sur l’impact mondial de la guerre en Ukraine sur la nourriture, l’énergie et les financements.

« Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Fédération de Russie », a expliqué le Secrétaire général, « le monde se concentre sur les morts, les destructions et les souffrances, dans ce qui est aussi la crise des réfugiés à la croissance la plus rapide depuis la Deuxième Guerre mondiale. » « Mais le monde accorde moins d’attention à l’impact mondial de la guerre, dans un contexte où la pauvreté, la faim et les troubles sociaux s’aggravent. »

Or, explique M. Guterres, la guerre accentue une crise à trois dimensions: la nourriture, l’énergie et les financements. Les pays les plus vulnérables sont les plus affectés, eux qui luttent déjà contre l’impact de la pandémie de COVID-19, les changements climatiques, le manque d’accès aux ressources pour leur relance et les inégalités croissantes.

« Nous faisons face, a prévenu le Secrétaire général, à une tempête qui menace les économies de nombreux pays en développement et c’est la raison pour laquelle dès les premiers jours de la guerre, j’ai créé le Groupe mondial d’intervention des Nations Unies en cas de crise alimentaire, énergétique et financière. ». Et d’annoncer le premier rapport du Groupe qui démontre l’impact de cette guerre en Ukraine est « mondial et systémique », la Fédération de Russie étant une grande exportatrice de gaz naturel et, avec l’Ukraine, une des actrices principales du marché mondial du blé.

Conséquences de cette guerre dans le monde : « les taux d’inflation grimpent, le pouvoir d’achat s’érode, les perspectives de croissance diminuent, le développement patine et dans certains cas, recule, et de nombreux pays en développement ploient sous leur dette extérieure. »

Le rapport, a souligné le Secrétaire général, établit un lien très clair entre la montée des prix des denrées alimentaires et l’instabilité sociopolitique. Il détaille 12 recommandations articulées autour de la nécessité d’assurer un flux constant de nourriture et d’énergie dans des marchés ouverts, de la promotion des énergies renouvelables et d’une transition juste, et de l’importance d’éviter aux pays en développement un précipice financier.

« Mais avant tout, il faut arrêter la guerre en Ukraine et accélérer les négociations de paix, pour le peuple ukrainien, les peuples de la région et ceux du monde entier. »  « En la matière, a-t-il précisé, le plan B, c’est de ne jamais abandonner le plan A, parce que rien ne peut remplacer la volonté politique. Le message le plus important que l’on puisse envoyer au Président Vladimir Poutine, c’est qu’il faut faire taire les armes et aller vers des négociations de paix sérieuses. »

Pauvreté et famine

Voici les points essentiels de ce rapport.

La crise ukrainienne risque de faire basculer jusqu'à 1,7 milliard de personnes - plus d'un cinquième de l'humanité - dans la pauvreté, le dénuement et la faim.

L'Ukraine et la Fédération de Russie fournissent 30% du blé et de l'orge du monde, un cinquième du maïs et plus de la moitié de l’huile de tournesol.

Ensemble, leurs céréales constituent une source alimentaire essentielle pour certaines des personnes les plus pauvres et les plus vulnérables, fournissant plus d'un tiers du blé importé par 45 pays africains et pays les moins avancés.

Dans le même temps, la Russie est le premier exportateur mondial de gaz naturel et le deuxième exportateur de pétrole.

La guerre a aggravé les défis auxquels de nombreux pays en développement sont confrontés en raison de la pandémie de COVID-19, ainsi que du fardeau historique de la dette et de la flambée de l'inflation.

Depuis le début de 2022, les prix du blé et du maïs ont augmenté de 30%, les prix du pétrole ont augmenté de plus de 60% au cours de l'année dernière et les prix du gaz naturel et des engrais ont plus que doublé.

Dans le même temps, les opérations humanitaires de l'ONU sont confrontées à une crise de financement : le Programme alimentaire mondial (PAM) a averti qu'il ne disposait pas de suffisamment de ressources pour nourrir les personnes affamées dans des situations désespérées. L'agence a un besoin urgent de 8 milliards de dollars pour soutenir ses opérations au Yémen, au Tchad et au Niger.

Appel à la coopération mondiale

La note d'orientation insiste sur l'importance de la coopération mondiale pour faire face à la crise, qui, selon elle, « laissera des cicatrices profondes et durables ». Le rapport appelle tous les pays – ainsi que le secteur privé, les ONG et les autres acteurs – à reconnaître que « la nature même des chocs mondiaux de plus en plus fréquents est telle que les pays ne sont pas individuellement responsables », et que les solutions doivent être fondées sur le risque mondial plutôt que national.

Compte tenu de la flambée des prix des denrées alimentaires, du carburant et d'autres produits de base, tous les pays sont invités à maintenir leurs marchés ouverts, à résister à la thésaurisation et aux restrictions inutiles à l'exportation, et à mettre des réserves à la disposition des pays les plus exposés au risque de faim et de famine.

Le rapport appelle les institutions financières internationales à débloquer des fonds pour les pays les plus vulnérables, à aider les gouvernements des pays en développement à investir dans les plus pauvres et les plus vulnérables en augmentant la protection sociale et à œuvrer à la réforme du système financier mondial afin de réduire les inégalités.

Les appels humanitaires, indique la note d'orientation, doivent être entièrement financés et une réforme majeure du système financier international est nécessaire pour, selon les mots du Secrétaire général de l'ONU, « sortir les pays en développement du gouffre financier ».

La crise, selon la manière dont le monde réagit, pourrait aussi se révéler une opportunité pour la planète. La note d'orientation reconnaît qu'à court terme, des réserves stratégiques de combustibles fossiles doivent être libérées afin de stabiliser les prix et d'assurer des approvisionnements suffisants.

Cependant, un déploiement accéléré des énergies renouvelables contribuerait à garantir que les types de hausses des prix de l'énergie que l'on observe actuellement ne se reproduisent pas à l'avenir, tout en accélérant les progrès vers un avenir énergétique plus propre et à faible émission de carbone.

En résumé : faites le développement, pas la guerre !

Penser universel et pas tribal

Les centaines de milliards de dollars consacrés actuellement à l’armement devraient servir à sauver le monde au lieu de le massacrer. Cela signifie changer de registre mental. Sortir des logiques absurdes et criminelles de la guerre et penser l’universel. Voici ce qu’en dit le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne dans un entretien au « Monde » :

« Il faut, en outre, se battre contre le nationalisme et le tribalisme. Nous sommes en train de fragmenter notre humanité en autant de tribalismes. Contre cette pensée tribale, les intellectuels doivent tenir le discours de l’universel. C’est notre responsabilité, et elle est extrêmement difficile à assumer dans la période actuelle. Le filet de voix des intellectuels est assourdi par le brouhaha, le bruit et la fureur des obscurantismes et des tribalismes. »

Et de citer Aimé Césaire : « notre monde a besoin d’un universel riche (…) de tous les particuliers ». « C’est-à-dire un universel qui ne soit pas dicté par un supposé centre du monde, mais un universel horizontal, tel que des cultures et des langues qui se rencontrent et convergent le produisent ensemble. », explique Souleymane Bachir Diagne.

« J’ai donné des exemples de défis auxquels nous sommes confrontés : l’environnement, la pandémie. Penser tous ensemble notre propre humanité et la réponse que cette dernière va apporter à ces défis, voilà le modèle de ce que doit être cet universel de rencontre – à la différence d’un universalisme bien souvent hypocrite, qui affirmait de grands principes mais ne les respectait pas toujours. »

- https://news.un.org/fr/story/2022/04/1118312

  • Historique des négociations et votes au Conseil de sécurité et à l’assemblée générale de l’ONU concernant la guerre entre la fédération de Russie et l’Ukraine :

https://www.un.org/press/fr/2022/pa33.doc.htm

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