semaine 03

Le paquebot Europe tangue dangereusement

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 03 février 2017

Federica Mogherini, cheffe de la diplomatie européenne et Donald Tusk, président du Conseil européen. Qui pilotera l’Europe ? Photo © European parliament information office.

A la veille de son soixantième anniversaire, le paquebot de l’Union européenne tangue, fonce vers un iceberg social. L’équipage est désuni entre un cap d’extrême droite et un autre qui doit encore être défini. Vers un Titanic social ?

La volée de décrets du président américain Donald Trump vise non seulement les femmes, les minorités ethniques, les musulmans, les Mexicains mais aussi l’Union européenne. Celle-ci commence à sentir le souffle du boulet. Et l’on s’étonne de la surprise de ses dirigeants qui semblent déboussolés face à ce brutal battage des cartes géopolitiques.  Un vaisseau sans boussole, cela peut donner le pire.

Que dit l’autre Donald, le Tusk, président du Conseil européen ? Il invite les Européens à ne pas se rendre « à ceux qui veulent affaiblir ou invalider le lien transatlantique, sans lequel l’ordre global et la paix ne peuvent survivre. »

L’ordre global ? Dans quoi l’autre Donald, le Trump, met-il du désordre en plus ? Il ne fait que renforcer le désordre qui ravageait la planète sous les précédents présidents américains. Ceux qui ont ravagé l’Asie du Sud-Est à cause d’une prétendue lutte contre le « communisme ». Ceux (et parfois les mêmes) qui ont mis une partie de l’Amérique latine à feu et à sang parce qu’il s’agissait de leur pré carré contre les Européens et qu’il fallait que leurs multinationales puissent exploiter en paix des populations soumises à des dictatures terriblement meurtrières. Ceux qui ont déstabilisé complètement le Moyen-Orient en mettant au pouvoir un Shah d’Iran qui a tellement pressuré son peuple que celui-ci s’est réfugié dans les bras de l’islamisme chiite le plus radical. Ceux qui ont abattu un dictateur comme Saddam Hussein, pourtant mis au pouvoir par les Américains eux-mêmes afin de profiter au maximum des ressources pétrolières de l’endroit. Ceux qui ont flatté l’Arabie saoudite, dirigée par des sunnites radicaux ayant exporté leur idéologie meurtrière jusque dans nos mosquées : le prix du pétrole pas trop cher.  Ceux qui ont provoqué des combats meurtriers dans ces différents pays : l’Afghanistan, la Syrie, l’Iran, l’Irak afin de les affaiblir pour mieux exploiter leurs ressources naturelles tout en plaisant aux Israéliens qui se renforcent sans cesse militairement, qui sont une puissance nucléaire enkystée par les grandes puissances dans ce Proche et Moyen-Orient complètement déstabilisé.

Que veut Donald Tusk ? Que l’Europe se raccroche à l’OTAN face à une Russie que les présidents étatsuniens précédents, suivis par les leaders européens, n’ont cessé de provoquer, de boycotter, de saper économiquement et politiquement. Encourageant ainsi un pouvoir de plus en plus fort. Un pouvoir qui musèle les voix des ONG, de la presse, des laïques, comme le font des extrémistes de droite comme le président Viktor Orban, de Hongrie, allié de la Russie pour raisons énergétiques. En quoi cette politique est-elle différente de celle de Donald Trump ?

Suivre Donald Tusk et Donald Trump serait accepter un dangereux coup de barre vers l’extrême-droite, une direction contestée par Federica Mogherini, cheffe de la diplomatie européenne : « Il n'y a que le respect et la coopération qui renforceront notre sécurité, qui nous permettront de sortir des crises qui déstabilisent le monde. C'est cela, l'esprit européen» et «dans l’UE nous ne faisons pas de discriminations basées sur la nationalité, la race ou la religion, non seulement en matière d’asile mais dans n’importe laquelle de nos politiques ».

Vers où mettre le cap ? Vers une nouvelle politique économique et sociale, basée sur la solidarité et axée sur la lutte contre les inégalités. Ce que l’Europe a inventé de mieux après la deuxième guerre mondiale mais que les dirigeants de l’Union européenne ne cessent de détricoter. Ils ont oublié les promesses d’ « Europe sociale », porteuse d’« égalisation dans le progrès ». Ils ont déréglementé le travail salarié, privatisé les services publics, mis tout le monde en concurrence. Résultat : les inégalités se sont considérablement accrues.

Même la Cour de Justice de l’Union impose la primauté des libertés économiques sur les droits sociaux et les libertés collectives.

Le cap que nous pourrions suivre, loin des nationalismes, des protectionnismes anti démocratiques, est celui d’une nouvelle économie de transition, qui ne soit plus celle de la croissance à tout prix, une croissance qui ne sert d’ailleurs que quelques riches dans le monde, mais une économie qui sauvegarde la planète du saccage, qui respecte les droits des travailleurs, la liberté dans une vision d’égalité des droits et des chances pour tous, dans une vie en commun basée sur la solidarité. Pour cela, il faudrait des pilotes dépassant les anciens réflexes politiques, libres des pressions et corruptions des lobbies et qui écoutent les voix des mouvements sociaux et citoyens. Utopie ?

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