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Mais oui, l’Afrique produit ses propres vaccins !

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 17 juin 2022

La ligne de production de vaccins d’AfricAmaril au Sénégal. Photo © Emmanuel André

On ne le dit pas assez souvent : le continent africain regorge de chercheurs, de laborantins, d’industriels techniquement capables de produire quantité de vaccins et médicaments répondant aux besoins urgents des populations. Il ne doit plus attendre le bon vouloir de firmes pharmaceutiques qui visent, elles, les plus gros profits avec des médicaments destinés avant tout aux pays riches. C’est plus rentable en effet. A tel point que le système du commerce mondial a bétonné ces monopoles par des protections de la propriété intellectuelle interdisant aux pays les plus démunis de répondre aux urgences épidémiologiques ou aux maladies endémiques dangereuses qui n’intéressent pas les firmes des pays riches.

Ce vendredi 17 juin, on apprenait que l’Organisation Mondiale du Commerce, très contestée pour l’imposition qu’elle fait au monde entier d’un système particulièrement inégalitaire, a été contrainte de réviser quelque peu le système de brevetage des vaccins. Un très petit pas dans la bonne direction…

Citée par Myriam Chauvot de Les Echos de ce 17 juin, « Ce soi-disant compromis réitère largement les droits existants des pays en développement à passer outre les brevets dans certaines circonstances. Et il tente de restreindre même ce droit limité aux pays qui n'ont pas encore la capacité de produire des vaccins COVID-19 », juge Sandra Lhote-Fernandes de l'ONG Oxfam France, en estimant qu'il « s'agit d'un tour de passe-passe technocratique visant à sauver des réputations, pas des vies ».

Sans surprise, les laboratoires pharmaceutiques jugent cette mesure « dangereuse par la manière dont elle relativise la propriété intellectuelle, source de financement de l'innovation. Certains dénoncent aussi le coup de boost que cela peut donner indirectement aux industries pharmaceutiques émergentes, et en forte croissance, de la Chine et de l'Inde (non-admissibles à la mesure) en leur facilitant l'accès aux technologies nécessaires pour mieux concurrencer les laboratoires occidentaux sur le marché mondial. C'est l'Inde qui, avec l'Afrique du Sud, avait demandé la première en 2019 à l'OMC la levée des brevets. », rappelle Myriam Chauvot.

Ainsi est résumée cette bataille mondiale pour la propriété intellectuelle où les firmes pharmaceutiques bloquent tout ce qu’elles ne peuvent contrôler pour assurer toujours plus de profits. Rappelons que si des millions de vaccins contre le Covid n’ont pas été utilisés dans certains pays africains c’est simplement parce que la chaîne de froid permettant leur conservation est impossible principalement dans les campagnes. Et aussi, parce que nombre d’Africains se méfient de ce qui leur est imposé comme solution occidentale alors que les magnats de l’industrie pharmaceutique freinent tout ce qui peut être considéré comme des médicaments locaux, naturels ou de fabrication locale.

Le projet AfricAmaril soutenu par la Belgique

Et à propos de fabrication locale, ce même 17 juin, le fil Twitter d’Emmanuel André, médecin microbiologiste qui nous avait si souvent éclairé pendant la pandémie Covid 19, nous apportait une belle nouvelle :  

« Au Sénégal , @PasteurDakar produit des vaccins contre la fièvre jaune depuis des décennies. Grâce au projet AfricAmaril, cette ligne de production va s’étendre pour pouvoir mieux répondre aux besoins du continent africain. »

« Afin d’étendre son portfolio de vaccins à d’autres maladies pour lesquels il existe des vaccins, mais pour lesquels l’Afrique reste dépendante, d’autres lignes de production, avec d’autres technologies de pointe sont installées grâce au projet Madiba. »

« Il existe enfin dans ce projet à échelle continentale une réelle stratégie pour investir dans la recherche, le développement et la production de vaccins destinés à couvrir des maladies tropicales, émergentes ou pré-pandémiques pour lesquels tellement peu a été entrepris à ce jour. »

« Cette initiative devra donc permettre de résoudre des problèmes d’approvisionnement et de coût des vaccins en Afrique. Il permettra aussi à l’Europe et au reste du monde d’être mieux préparés aux maladies émergentes. L’Afrique prend donc un rôle de pointe face à nos défis communs »

« La compétence et l’énergie des scientifiques et des ingénieurs qui travaillent à ce projet et plus largement dans cet Institut sont extrêmement impressionnants. Le travail réalisé est simplement historique. Le Prof. Amadou Sall et son équipe sont exceptionnels. »

Emmanuel André de conclure ainsi : La Belgique s’engage dans cette initiative sous plusieurs formes et à travers des acteurs publics (@Enabel_Belgium @AFMPS_BE ), privés ( @Univercells_sa) et universitaires (@KU_Leuven).

« Panser la santé mondiale »

Afin de bien analyser ce problème complexe des industries de la santé et de la notion de santé publique et d’accès aux soins de santé, on vous recommande « Panser la santé mondiale », « Points de vue du Sud », une publication d’Alternatives Sud où la parole est donnée à des chercheurs, experts, analystes, scientifiques de divers pays du Sud qui vivent les inégalités les plus criantes dans leur développement face à nos pays riches et néo-colonisateurs économiques.

Il s’agit d’illustrations très convaincantes des méfaits d’un système économique néo-libéral qui aboutit actuellement à des défaites et de catastrophes au niveau mondial. Par contre, nombre de solutions viennent d’exemples de pays que nous continuons d’ignorer, voire de réprimer. Ainsi, l’exemple de Cuba est éclairant : le système de santé est gratuit pour tous, du centre local à l’hôpital le plus spécialisé et ce depuis la révolution de 1959 et malgré l’inacceptable embargo organisé par les Etats-Unis qui frappe toute la population. Les gouvernements cubains successifs investissent plus de 10% du PIB dans les soins de santé, une proportion qui place ce pays au troisième rang au niveau mondial et à la 25ème place en ce qui concerne les dépenses publiques dans le secteur de la santé. Et ce pendant que les pays « riches » diminuent les investissements dans le secteur santé en cas de crise… Mais pas les dépenses d’armements si l’on s’en réfère à la situation actuelle!

Cuba reste un exemple important de réelle volonté politique d’investir dans la santé du peuple tout en envoyant quantité de médecins « aux pieds nus » dans les régions les plus éloignées et paupérisés de nombre de pays latino-américains afin de promouvoir le droit à la santé pour tous.

Ce livre est essentiel pour qui veut « décoloniser » les politiques et l’économie actuelles en matière de santé : des expériences, des analyses, des savoirs multiples permettent de bâtir autre chose, qui répondrait mieux à la définition de la santé vue par l’OMS : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »

Sur l'accord à l'OMC:

https://docs.wto.org/dol2fe/Pages/SS/directdoc.aspx?filename=r:/WT/MIN22/W15R2.pdf&Open=True

Sur le projet AfricAmaril :

https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_21_3562

Sur la santé mondiale :

https://www.who.int/fr/about/governance/constitution

https://www.cetri.be/Panser-la-sante-mondiale

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