semaine 48

Pourquoi tu tousses ?

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 20 octobre 2017

"Respirer à Bruxelles est dangereux pour la santé" était un des slogans des manifestants de BruxelAir en juin dernier. Photo © Jean-Frédéric Hanssens

L’ingéniosité et l’invention des humains sont extraordinaires tout autant que leur bêtise lorsqu’il s’agit de gérer cela dans la vraie vie. Ainsi, l’automobile, merveille de technologie qui bientôt nous conduira toute seule, en bon robot obéissant (pour l’instant) à nos volontés. Cela, certainement sauvera des vies. Mais en attendant, c’est nous qui en sommes les esclaves. Et le pire, c’est que même les non-conducteurs en sont les victimes de moins en moins consentantes.

Récemment, Greenpeace rappelait, une fois de plus, les graves méfaits de la pollution automobile dans des villes comme Bruxelles et Anvers. Nos voitures nous empestent de dioxyde d’azote, de particules fines et autres émanations nocives. Voilà  l’air que nous respirons. Le comble, c’est que les fervents défenseurs du « ma voiture c’est ma liberté» succombent plus encore à cette liberté empoisonnante puisque l’automobiliste et ses enfants, enfermés dans leur cage sur roues, respirent 5 x plus de benzène et d’oxyde d’azote ainsi que 3 X plus de particules de pollution que les piétons. Ainsi, sur les chemins d’écoles aux heures de pointe, matin et soir, des concentrations de 55 microgrammes de dioxyde d’azote ont été mesurées dans les voitures. La norme européenne est de 40 microgrammes en moyenne annuelle. Imaginons ce qui se passe en cas d’embouteillages, notre grande spécialité bruxelloise.

Et bien oui ! Les embouteillages sont l’autre absurdité de la mobilité du chacun pour soi. Selon le journal L’Echo du 18 octobre, la congestion automobile coûte 105 millions à Bruxelles, sachant que la valeur du temps perdu à empoisonner l’air de tout le monde est chiffrée à 11,72 € l’heure. Or, à Bruxelles, on compte 80 h perdues par automobiliste par an, ce qui fait 105 millions d’euros par an, chiffres 2016.


Manifestation en juin de cette année au rond-point Shuman "Pour un air plus sain" organisé par BruxelAir Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Quant au temps de déplacement moyen des employés, il a augmenté de plus de 20 % ces trois dernières années. Voilà le résultat de cette fameuse « liberté » des automobilistes.

Pourtant, cela fait des décennies que tous les spécialistes de l’urbanisme, de la mobilité en ville clament sur tous les tons qu’il faut augmenter les capacités des transports en commun et arrêter le flux de voitures dans les centres villes.  Au lieu de mettre en place les solutions simples comme les parkings de dissuasion, les gares multimodales drainant les navetteurs autour de la ville pour les amener ensuite en transports en commun vers le centre, les chemins de fer et bus et trams en plus grande quantité, non, on a construit des tunnels et amené plus de voitures encore vers le centre. 

Pire, on a privilégié le système des voitures de société pour le personnel « méritant », les cadres, afin d’éviter les augmentations de salaires ce qui condamne l’Etat à percevoir moins d’impôts. Cela donne une perte de 2 milliards pour l’Etat belge. Soit la moitié de ce qui serait nécessaire pour achever le RER et privilégier l’accès par train vers la capitale.

Cherchez l’erreur ?

Pourquoi ne pas, essayer, en plus des autres solutions urbanistiques et de mobilité, le péage urbain ? Cette idée lancée par Inter Environnement Bruxelles (IEB) il y a dix ans déjà semble progresser. Lentement comme la circulation des voitures à Bruxelles… L’exemple de Londres est intéressant. Le péage urbain y a été instauré en 2005 et a permis de réduire le trafic automobile de 11%. Bruxelles cherche à réduire ce trafic de 20%. La solution est néanmoins complexe à mettre en œuvre. Une autre proposition est la tarification kilométrique intelligente, explique IEB, adaptée à l’utilisation précise de l’automobile selon les heures et les zones les plus embouteillées.

Ces mesures ne pourront pas être appliquées hors d’un cadre régional et fédéral puisque, par exemple, un taux important de pollution atmosphérique à Bruxelles provient de l’utilisation du ring en zone flamande. Et l’on sait combien les négociations sont ardues sur un sujet aussi sensible car mal vu par les électeurs, surtout les plus aisés.

Bref, les habitants des villes tousseront encore longtemps. Et cela coûte tellement cher à la sécurité sociale. Cercle vicieux de l’incurie politique.

A lire : « Le péage urbain aux portes de Bruxelles : la clé d’une ville humaine ? » par Inter-Environnement- Bruxelles. www.ieb.be/IMG/pdf/brochure_peage_urbain.pdf

D'autres infos : https://www.consommerdurable.com

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