semaine 06

Twitter or not ?

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 12 janvier 2023

En débat à l’ABiPP : comment concilier éthique du journalisme, diffusion des informations au plus large public, interaction avec les audiences et business model ? Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Telle est la question posée aux journalistes du monde entier qui utilisent abondamment ce réseau social pour s’informer, puisque tout ce qui compte en politique, dans le culturel et le sociétal, s’y exprime. Il sert aussi de plateforme de promotion des contenus de nombreux médias d’information. Mais peut-on encore utiliser (et payer) cette plateforme de communication aux mains d’un propriétaire qui a suspendu des comptes de journalistes et d’autres internautes trop critiques à son goût ? Une plateforme qui sert des actions politiques illégales comme celles de l’ex-président US Donald Trump et, tout récemment, celles des partisans de l’ex-président brésilien Bolsonaro qui ont saccagé les emblèmes de la démocratie brésilienne ? Une plateforme sur laquelle le propriétaire Elon Musk, libertarien radical, veut autoriser la plus totale liberté d’expression, au mépris des lois et règlements qui protègent la vie privée, les droits humains les plus élémentaires contre le racisme, la xénophobie, le harcèlement des femmes en général et des femmes journalistes en particulier ?

Faut-il donc collaborer, et à quel prix, avec cet outil de communication devenu tellement essentiel dans nos sociétés numériques ?

Pour analyser ce problème très complexe, l’Association belge des pure players (les médias d’information purement numériques) a organisé une conférence-débat animée par Xavier Degraux, fin connaisseur des réseaux sociaux et du marketing digital (voir LinkedIn). Y participaient des journalistes, bien entendu mais aussi des représentants de sociétés spécialisées dans le numérique, des chargés de communication d'entreprises, tous manifestant leur intérêt pour cette question.

Xavier Degraux évoqua d’abord le profil d’Elon Musk , acheteur de Twitter pour 44 milliards de dollars, qui, depuis, a libéré les discours les plus extrémistes sur le réseau et se pose comme « lanceur d’alerte » en sortant des dossiers politiques des archives de Twitter et autres scoops sans importance. Il annonce une réforme de Twitter, un système de recadrement des comptes et des dimensions de messages qui pourraient aller jusqu’à 4.000 signes par tweet. Il décrypte la manœuvre de ce PDG qui se dirige vers une certification payante (Twitter Blue, 8 à 11 dollars par mois), des interfaces neuves mais si l’on veut plus de visibilité il faudra payer, etc. Bref, Elon Musk, faisant semblant de se retirer, garde la haute main sur les enjeux stratégiques de Twitter, même s’il est fort occupé par le sauvetage de Tesla, son fleuron industriel automobile. Pour l’heure, les revenus de Twitter proviennent à 88, 89 % de la publicité mais Musk veut plus d’abonnements payants.

Malgré ces bouleversements, la chute d’audience est faible, environ 5%. Ce qui signifie que les internautes habitués de Twitter n’abandonnent pas leur plateforme. Quant à la régulation, devenue quasi inexistante, il faudra quelques années avant que l’Europe n’impose ses processus de régulation des plateformes, même si on attend la directive Digital Services Act – DSA et Digital Markets Act – DMA en juin de cette année. A lire ici : https://digital-strategy.ec.europa.eu/fr/policies/digital-services-act-package

Dans ce contexte, la tâche des journalistes est essentielle : les nouvelles générations d’internautes veulent des limites à la désinformation. Mais comment rétablir la confiance du public envers les médias d’information ? Sommes-nous crédibles en restant sur Twitter ? Quelles sont les alternatives ?

Xavier Degraux passe en revue les Facebook, Instagram, LinkedIn, Mastodon et quelques autres, avec leurs avantages et leurs inconvénients respectifs. Il souligne que certains journalistes américains en reviennent au contact par SMS avec leur audience !

Du débat avec la salle, il ressort que Mastodon pourrait être considéré comme une « arche de Noé » pour certain.e.s journalistes. On y perd le contact avec la collectivité des internautes, vu le compartimentage du système mais on gagne en sécurité. Il est possible aussi de créer son propre serveur, ce qui signifie la maîtrise complète du média sur le contenu, sur la régulation, sur le fonctionnement économique et financier du système. Exemples : https://www.lens.xyz/. Ou Bitclout https://en.wikipedia.org/wiki/BitClout

Dans ce cas, cela signifie que chaque journaliste, chaque média doit recréer sa communauté, patiemment obtenue après plusieures années d’activités. Et cela a un coût.

Pourquoi alors ne pas se grouper, entre journalistes, entre médias d’information et lancer une plateforme sécurisée à faire connaître à notre public ? Ce qui doit s’accompagner de l’indispensable éducation du public aux médias grâce à un dialogue renouvelé entre journalistes et audiences.

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