semaine 42
Portrait de Henry Landroit
Pour remettre les idées à l’endroit...

Quelle mouche a encore piqué le Vatican ?

Le 27 juin 2021

Au journal télévisé du 23 juin, je me suis surpris à vérifier si nous n'étions pas le 1er avril. J'apprenais en effet que le Vatican envisageait de béatifier Robert Schuman, considéré comme l'initiateur de l'Europe. Le pape François a entériné une proposition faite par la Congrégation pour la cause des saints. Cette dernière a estimé que la vie de Robert Schuman méritait de lui accorder «les vertus héroïques du serf de Dieu». Cette élévation au rang de vénérable est l’aboutissement d’un très long processus. La demande de béatification de Robert Schuman a été lancée en 1990 par le diocèse de Metz où il repose (1886-1963).

De très nombreux vénérables n’ont jamais atteint la deuxième étape, celle de la béatification, ni la troisième, celle de la canonisation, lesquelles exigent l’accomplissement d’un miracle. «C’est un homme qui n’est pas entré en politique pour faire carrière, on le lui a demandé en 1919, et il a suivi cet appel», explique le père Joseph Jost. La Congrégation rappelle que « sa participation quotidienne à l'Eucharistie, recueillie et silencieuse, suscitait l'émerveillement et l'admiration de tous ceux qui le rencontraient ». « La sérénité et la paix qui émanaient de sa personne, toutes deux fruits de son ferme attachement à la Providence sont sans aucun doute un aspect très important de l'expérience héroïque d'espérance du Serviteur de Dieu. »

Manque-t-il donc à ce point de saints dans l'Église catholique qu'elle doive se rabattre sur un homme politique ? François aurait pu me demander mon avis quand même... Je connais un candidat qui habite dans ma rue, au numéro 29, précisément. Certes, il a perdu la foi dans sa jeunesse mais a été premier au catéchisme et a servi comme enfant de chœur. Il a consacré sa vie aux enfants, leur a préparé une école ouverte sur la vie et les a engagés dans la coopération. Oui, je sais, il n'en a guéri aucun mais il en a délivré plusieurs de la peur des mathématiques et de l'angoisse de la page blanche. Noël Darnithry (au prénom prédestiné, vous l'avouerez) mériterait bien d'être élu saint parmi les saints. Il a cependant un petit défaut : il est encore vivant.

Mais de quoi le pape et ses acolytes se mêlent-ils ? Ils dirigent un minuscule État qui n'est même pas membre de l'Union européenne et qui ignore la démocratie comme la non-discrimination. Comment ne pas parler de récupération ? Schuman ne cachait point ses opinions religieuses, il s'affirmait chrétien. Donc l'Église, par ce geste, s'approprie une responsabilité qu'elle n'a pas dans la création de cette sacrée (!) Europe (chrétienne).

Mais il y a un hic : Robert Schuman n'a pas accompli de miracle, à moins que l'on considère que l'Europe elle-même est un véritable miracle ! C'est pourtant incontournable, le Droit Canon n'omet pas de le préciser : être mort, avoir mené une vie chrétienne exemplaire, et avoir accompli au moins deux miracles sont des conditions nécessaires. Jean XXIII, le pauvre n'en avait qu'un à son actif, mais il y a eu dérogation.

Comment le Vatican va-t-il donc s'en sortir ? Rassurons-nous (si j'ose dire), l'Église catholique en a vu d'autres et a plus d'un tour dans son sac. Je brule de savoir quelle entourloupette elle va nous servir. La description du miracle figure peut-être déjà dans les 15 000 pages du rapport établi ces 30 dernières années par le diocèse de Metz.

Au fait, tout simplement, il se peut que lors d'un banquet familial chez les Schuman, le vin vint soudainement à manquer et que notre patriarche sortit alors quelques bouteilles de Romanée Conti de derrière les fagots. Ah, mais non, suis-je distrait, il faut qu'on lui attribue une guérison. C'est plus compliqué évidemment ! Faisons confiance aux fins limiers du Vatican, gageons qu'ils découvrent une situation qui arrangera tout.

Ayons la foi, que diable !

Henry Landroit

 

 

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