semaine 24
Portrait de Henry Landroit
Pour remettre les idées à l’endroit...

Soyons appliqués !

Le 18 avril 2021


Les « applications » squattent nos smartphones. Nous en utilisons des dizaines, si pas plus. Elles deviennent indispensables. Elles sont censées nous aider, mais sont-elles toujours sensées ? Elles traitent de tout et de rien. L'une m’informe de mon nombre de pas quotidiens et me rappelle à l’ordre (gentiment) quand je n’en ai pas fait dix-mille. Je n’ai pas dû l’installer, elle était d’office dans mon téléphone. J’avoue que je m’y suis laissé prendre (je ne suis pas parfait).
Je me demande où l’offre de nouvelles applis va s’arrêter. J’attends avec horreur l’application qui me sera proposée pour affronter la mort avec sérénité. J’imagine déjà la voix susurrante d’une comédienne expérimentée ou d'un philosophe à la mode accompagnant mes derniers instants  ! Je suppose que l'on pourra choisir, ne serait-ce qu'en fonction de ses options philosophiques.
Les pistes sont encore nombreuses   : une appli qui me permet de tester mon haleine avant un rendez-vous galant, une autre qui m’informe que j’ai côtoyé une personne malade (ah non, ça, c’est déjà fait), une dernière enfin qui m’informe que je n’ai pas encore rendu visite aujourd’hui à l’endroit où le Roi va à pied.
Il existe déjà des applications liées aux sites de rencontres qui permettent en quelques clics d'évaluer le pourcentage de réussite d'une relation entreprise avec telle ou telle personne. La série télévisuelle Mariés au premier regard les utilise et elle mène un matin à la mairie deux personnes qui ne se sont jamais vues mais que l'intelligence artificielle a sélectionnées avec la garantie d'un professeur d'université. Regardez un des épisodes, il vous fera plus rire que cette chronique (ce qui n’est pas peu dire).
Mais malheureusement, ce sera probablement difficile de concevoir une appli qui déclenche une sirène quand je rencontre quelqu’un de sournois ou pire, de malhonnête. Ce serait bien utile pourtant. Et que dire d’une autre, très attentive à mon comportement social, qui déclencherait Ne me quitte pas dans les hautparleurs du téléphone parce qu’elle aurait remarqué que je n’ai plus honoré mon conjoint ou ma conjointe depuis des lunes  !
Je constate que de nombreuses applications s’appliquent (!) à m’enseigner de nouvelles connaissances (non merci, mon cerveau déborde !). Beaucoup d’entre elles sont destinées aux enfants, mais pas seulement. Par exemple, une application permet de donner un nom à un animal ou un végétal. Il suffit de le photographier. Très pratique, direz-vous. Certes, mais je pense qu’elle dispense les utilisateurs (enfants comme adultes) de faire l’effort — laborieusement, je vous l’accorde — de rassembler les quelques rares souvenirs botaniques scolaires qui trainent quelque part sous notre crâne, d’établir des relations, d'interroger les copains, de faire des comparaisons, des hypothèses. Bien sûr, l’appli nous aurait informés au bout d’un ou deux clics, nous privant de la joie de découvrir la réponse. Ça s’appelle pourtant la joie intellectuelle quand on trouve une réponse par ses propres moyens.
Mais bien sûr, nous n’avons plus le temps. Tout doit aller vite, de plus en plus vite. Mais il y a fort à parier que la prochaine fois que je rencontrerai de nouveau cette plante inconnue, je devrai ressortir mon smartphone tandis que si je me suis orienté vers d’autres voies et si, en finale, j’ai contrôlé avec application et avec l’application (pas mal non plus celle-là), il y a de fortes chances pour que ma mémoire s’en souvienne…
                           

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