semaine 39
Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Ce qui est nouveau n’est pas forcément novateur

Le 27 juin 2017

Vendredi 16 juin

 Écrire l’Histoire. Helmut Kohl (87 ans) vient de mourir. Ce chancelier laissera de son passage à la tête de la République fédérale d’Allemagne trois gestes et actes fondamentaux pour la postérité : le recueillement la main dans la main à Verdun avec François Mitterrand le 22 septembre 1984, la réunification de l’Allemagne et la création de l’euro. C’est énorme. Il est cependant des journalistes qui réussissent, dans leur portrait, à consacrer autant d’espace à ses bisbilles avec Angela Merkel ou à ses mésententes familiales qu’à ces trois épisodes historiques ayant modifié considérablement le cours des choses en Europe. Catherine Nay est de ceux-là. Rien d’étonnant à cela : elle a toujours exercé son métier en regardant par le trou des serrures (de préférence celles des chambres à coucher).

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 En Écosse, on célèbre désormais moins de mariages religieux que de mariages laïques.

Samedi 17 juin

  Un petit point habituel sur l’évolution du vocabulaire de la vie quotidienne.

  1. L’effet Macron n’y est sans doute pas pour rien : le « en même temps » continue de meubler de plus en plus les conversations.
  2. « Voilà » est un peu en perte de vitesse mais toujours bien présent.
  3. « Pour le coup » reste d’usage pour étançonner une démonstration.
  4. Il faut se rendre à l’évidence : même dans la plupart des organes de presse français, l’anglicisme fake news s’est imposé. Il a tellement percé que déjà, certains canards en sont à choisir l’abrégé fake. Pourquoi l’expression fake news a-t-elle supplanté fausses informations qui veut dire très exactement la même chose ? Mystère.
  5. Le verbe impacter commence à être utilisé à tort et à travers. Ce n’est pas un nouvel anglicisme mais c’est néanmoins un infinitif hérité de l’anglais to impact signifiant influer sur.
  6. Signe des temps aussi, la création de néologismes négatifs : déremboursement, définancement, débudgétiser, et même dévernissage… Certains de ces substantifs sont d’ailleurs déjà insérés dans Larousse ou Robert…

Il faut po-si-ti-ver ! On attend donc des nouveaux mots exprimant de l’optimisme et de la volonté. Gramsci ! (oh non, pas Gramsci…) Macron ! Au secours !

Dimanche 18 juin

 Le second tour des élections législatives françaises clôt une longue période électorale que les primaires ont inaugurée en passionnant les citoyens, lesquels se sont désintéressés des scrutins au fil des étapes pour aboutir aujourd’hui à une abstention record. Près de 57 % des électeurs ne se sont pas rendus aux bureaux de vote.

 Les leçons de cette surprenante période sont désormais nettes :

  1. Il s’agit bien d’une révolution.
  2. Pour la France, c’est un renouvellement du personnel politique. Est-ce pour autant un renouveau ?
  3. Pour les grandes familles de droite et de gauche, c’est l’heure de la reconstruction. Est-ce pour autant celle de la relance ?

Si, comme dans les intrigues policières, les réponses sont dans les questions, la meilleure manière de les chercher sera donc d’observer l’accomplissement du quinquennat, avec une certitude en fin d’énigme.

 Résumons :

 Révolution.

 Renouvellement. Renouveau ?

 Reconstruction. Relance ?

Rien n’est prévisible à ce stade, mais une certitude doit, en forme de précepte, dominer l’observation :

 Ce qui est ancien n’est pas forcément archaïque.

 De même, ce qui est nouveau n’est pas forcément novateur.

Lundi 19 juin

 Déjà trois jours de canicule et sans doute encore trois ou quatre à venir. Une autre occasion de se rappeler Albert Camus : « Il n’y a pas de soleil sans ombre et il faut connaître la nuit. »

Mardi 20 juin

 Le vieil homme est arrêté par deux cerbères aux lunettes noires. Une grille verrouillée de chaînes renforce l’interdiction pour lui de gagner la salle où se tient une réunion de l’organisation qu’il a fondée, dont il est encore le président d’honneur, ainsi que vient de le confirmer la Justice de son pays. C’est sa fille qui préside désormais l’organisation, et c’est donc à elle que l’on doit le bannissement. En d’autres temps, il aurait vociféré ; cela lui arriva plus souvent qu’à son tour. Mais l’âge suscite plutôt l’amertume. C’est le jour de son 89e anniversaire. Il en fait part à la presse, s’étonnant du cadeau que sa fille lui a réservé. Pour peu, on s’en émouvrait. Jusqu’à ce qu’on se ressaisisse et que l’on se souvienne que la scène concerne les Le Pen.

Mercredi 21 juin

 Ladies and Gentlemen, be attentive ! Donald Trump a une idée qu’il trouve bien entendu géniale. Rappelons-nous que durant la campagne, électorale, il avait le projet de construire un mur à la frontière mexicaine en imaginant de surcroît que c’est le Mexique qui en paierait l’édification, ce que le président de ce grand pays voisin s’était empressé de refuser. Désormais, Trump a trouvé la parade : il songe à un « mur solaire », rendant ainsi l’opération économiquement et même écologiquement intéressante. Pour l’heure, tout fier d’avoir inventé cette entreprise, il n’a pas encore évoqué une seule fois ce que la construction de capteurs d’énergie solaire sur plus de 3100 kilomètres pourrait représenter budgétairement.

Jeudi 22 juin

 Le nouveau gouvernement d’Édouard Philippe constitué par Macron, s’il est composé de nombreux inconnus, paraît être bâti selon d’anciennes méthodes. Énarques devenus conseillers ou directeurs de cabinet se voient portés sous les phares. Inconnus donc, mais pas inexpérimentés. Les grands équilibres philosophiques et idéologiques ont aussi guidé les choix. Eh bien bon vent ! De toutes façons, intelligent, infatigable,  dynamique et jupitérien, Macron devrait s’occuper de tout. Ses ministres pourraient donc bien n’être que des notaires…

Vendredi 23 juin

 Les grandes surfaces de distribution américaines vont doucement mais sûrement envahir la France et concurrencer les Edouard Leclerc, Carrefour, GB, Lidle, etc. Toutes celles et tous ceux qui estimaient que Régis Debray étaient un vieil emmerdeur pessimiste s’épanchant dans ses obsessions au sein de son dernier livre (« Civilisation. Comment nous sommes devenus américains », éd. Gallimard)  doivent se rendre à l’évidence : le philosophe-médiologue était en-dessous de la vérité.

Samedi 24 juin

 Paris se met à nouveau à l’heure des Jeux olympiques en soignant sa candidature pour 2024. La capitale se transforme en un immense lieu de compétitions sportives dans un plein air qui ravit les touristes. L’attraction principale est la piste d’athlétisme construite sur la Seine. Bien entendu, Emmanuel Macron est venu s’agiter un peu afin de démontrer son total soutien à cette candidature. Ce que Bertrand Delanoë n’avait pas réussi sera sans doute effacé par une désignation officielle qui soulèvera le pays. Il ne faudra pas oublier le prédécesseur d’Anne Hidalgo quand retentiront les trompettes de la renommée.

Dimanche 25 juin

 Jacques Dutronc, Johnny Hallyday et Eddy Mitchell sur scène en trio pour égrener leurs anciens succès. 15.000 personnes partagées entre l’élan et l’émotion. La nostalgie est intacte. Le spectacle s’intitule « Concert des Vieilles canailles ». Il était retransmis vendredi soir sur TF 1. On apprend ce matin que la chaîne a réuni plus de 4 millions de téléspectateurs. Ne soyons pas gênés de le dire : c’était un grand et beau moment de musique populaire.

Lundi 26 juin

 Theresa May a trouvé un accord avec DUP, le petit parti unioniste d’Irlande du Nord. Reste à décrypter le texte et jauger les concessions qu’elle aura dû accepter. Vendredi soir, lorsqu’elle fit une apparition à Bruxelles au sommet européen, elle était tout sourire. On se demandait même si le Brexit aurait bien lieu. Union européenne, que de chipotages on manigance en ton nom !

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Crédit photo : affiche des concerts des Vieilles Canailles

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