semaine 06
Portrait de Pierre Galand
Pierre Galand

Je suis inquiet…

Le 29 novembre 2022

Ce qui m’inquiète, c’est de constater aujourd’hui la déconstruction d’un remarquable édifice, celui du droit international, ensemble de normes conventionnelles et coutumières telles qu’elles se sont développées au lendemain de la 2ème guerre mondiale, avec pour ambition d’assurer sécurité et coopération par accord des États.

En droit international, le droit humanitaire et les droits humains ont été pendant des décennies des balises de l’humanité et des avancées démocratiques.

La création du Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies à Genève en 2006, la constitution de diverses juridictions internationales (TPI, CIJ , CPI, CJUE, CADHP…) (1), la contribution des organisations reliées aux Nations Unies (UNICEF, UNHCR, FAO, etc.), du CICR, celles des associations citoyennes ( Amnesty International, Human Rights Watch, Greenpeace, OXFAM, etc.), ont puissamment contribué à ces progrès, et ce, malgré des échecs tragiques comme ce fut le cas des massacres de masse au Cambodge en 1974/79 , du génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994, des guerres du Congo (1996-1997, 1998-2002, 2004- …) et de toutes celles qui endeuillent tant de populations actuellement.

Ma crainte aujourd’hui, c’est d’assister à une sorte de mise entre parenthèse de ce remarquable édifice juridico-politique que nos Etats ont tendance à contourner au nom d’une prétendue « raison d’Etat » ou de sordides intérêts économiques.

C’est le cas de l’agence européenne FRONTEX, cette nouvelle garde prétorienne de l’Union Européenne pour combattre l’immigration dont l’Europe forteresse entend se protéger !

C’est le cas, lorsque l’on abandonne à leur sort des peuples occupés et colonisés comme les Palestiniens, les Sahraouis et les Cachemiris. C’est le cas lorsque nous nous accommodons, par manque de vigilance démocratique et de mémoire, de la montée des extrêmes-droites en Europe.

Et c’est encore le cas lorsque nous ne respectons pas nos engagements internationaux d’entraide à l’égards des populations victimes de sous-développement ou que nous acceptons que des gens soient mal logés ou contraints de dormir dans la rue faute d’hébergement décent dans nos capitales et grandes citées européennes.

Cette négligence nous prive d’une capacité collective à empêcher que d’autres, qu’il s’agisse de MM. Poutine, Erdogan, Orban, Bolsonaro, Trump, Netanyahou et consort, s’expriment, agissent et entrainent leurs pays dans des aventures épouvantables qui violent le patrimoine commun du droit des gens et des peuples.

Il y a donc urgence à reconstruire une politique et une Organisation des Nations Unies aptes à relever ces défis.

CIJ : Cour Internationale de Justice, CPI : Cour Pénale Internationale, CJUE : Cour de Justice de l’Union Européenne, CADHP : Cour Africaine des Droits de l’Homme et de Peuples.

Conférence-débats : « Dépasser la crise des Nations Unies : pour un nouveau Pacte mondial des peuples. »

L'Organisation des Nations Unies a montré ses faiblesses. Son fonctionnement ne permet pas de prendre des décisions difficiles (guerre, pandémie, crise climatique, gouvernance du numérique, etc.) qui seraient contraires aux intérêts des Etats membres permanents.

Et pourtant le monde, plus que jamais, a besoin d’une approche multilatérale.

La FONDATION HENRI LA FONTAINE, en collaboration avec l’U.L.B. et le Centre d’Action laïque, en prolongation du colloque organisé il y a trois ans (« D’Henri La Fontaine à Donald Trump : la fin de l’utopie multilatérale ? ») organise une série de rencontres-débats dans le but de poursuivre la réflexion.

Car le moment est venu de revoir le fonctionnement du multilatéralisme inter-étatique qui montre ses limites.

Monique Chemillier-Gendreau, agrégée de droit public et de science politique, professeur émérite à l’Université Paris-Diderot, forte de ses recherches sur le droit international et la théorie de l’Etat, propose un nouveau Pacte mondial au niveau des peuples, seul capable d’élaborer les fondements d’une société radicalement différente, solidaire et plus juste, que seules des institutions internationales entièrement repensées rendront possible.

Quant à Isabelle Durant qui vient de quitter ses fonctions de Secrétaire générale adjointe de la CNUCED elle partagera son expérience de l’intérieur et évoquera des pistes pour faire évoluer le système multilatéral.

C'est le moment pour l'humanité de se réinventer.

Un pari fou ? "Non, écrit Monique Chemillier-Gendreau, l'utopie n'est pas le rêve impossible d'imaginations débridées". Un passionnant débat en perspective …

  • Ce 15/12/2022 à Bruxelles aura lieu une conférence-débat organisée par la Fondation Henri La Fontaine, l’Université Libre de Bruxelles et le Centre d’Action Laïque, avec :
  • Monique Chemillier-Gendreau, professeur émérite à l’université Paris-Diderot, conseillère juridique devant les juridictions internationales.
  • Isabelle Durant, ex Secrétaire générale adjointe de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement.
  • Animée par Eddy Caekelberghs

En pratique :

  • Le 15 décembre à 18h30
  • ULB – Campus du Solbsch – auditoire Dupreel (Bâtiment S – Niveau 2)
  • Entrée gratuite
  • Infos et inscription (souhaitée) : cal@laicite.net, +32.2.627.68.11 ou via notre formulaire en ligne.

 

Image: 

Amin Awad, du Soudan, Sous-Secrétaire général au poste de Coordonnateur des Nations Unies pour la crise en Ukraine. https://news.un.org/fr/story/2022/06/1121182 Photo © Nations Unies

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