semaine 33
Portrait de Richard Tassart
"Street/Art", le blog de Richard Tassart

Carnations, changement de décor.

Le 12 juillet 2022

Peindre la peau, les visages, les corps, la chair, peindre l’infini variété des couleurs de la peau a toujours été un défi. L’histoire commence quand les peintres durent figurer de manière réaliste la couleur de la peau des personnages qu’ils représentaient. Les riches commanditaires des peintres de la Renaissance, les riches marchands et aussi les hommes d’église imposèrent aux artistes la création d’images se rapprochant de la « réalité ». Cette tentative de copier le réel s’étendit à l’ensemble des éléments du réel : carnations, représentation des vêtements et des décors.

Aujourd’hui encore des peintres et des street artistes s’inscrivent dans cette tradition (n’oublions pas le courant hyperréaliste qui reproduit à merveille des photographies). Par contre, un autre courant rompt avec le réalisme et nous donne à voir des œuvres bien particulière dont l’objectif avoué n’est pas une copie du réel mais des créations authentiques en-soi. Ces œuvres qui traversent les champs de la peinture de chevalet et du street art empruntent à d’autres traditions comme celle du portrait des éléments mais l’imagination des artistes transcendent les codes de la peinture en y intégrant les codes du graffiti, du graphe et du tag.

Voilà une raison suffisante de découvrir la variété des approches et de réfléchir à leurs significations.

Tout d’abord, nombreux sont les artistes qui pour régénérer l’art du portrait font fi des tutoriels d’apprentissage de la peinture en s’exonérant du réalisme. Ils changent par exemple les valeurs des carnations. Aussi voit-on des visages peints dans des dégradés de bleus ou de rouges, ou de rose, ou de violets. L’objectif du portrait pour ces artistes n’est pas de ressembler à une personne dont le regardeur reconnaîtra les traits. Il s’agit non pas de faire apprécier la maîtrise de l’artiste capable de copier les traits d’un individu mais l’œuvre pour ce qu’elle est : une peinture n’ayant d’autre objet que de séduire le regardeur.

Aux changements de gammes de couleurs viennent s’ajouter sur la peau même ce qu’il faut bien considérer comme des éléments décor. Ils sont d’une infinie variété : dessins de tags, décomposition géométrique des espaces, coulures, juxtaposition d’aplats de couleurs vives ordonnées selon des courbes ou des droites, recherche d’une relative confusion entre le sujet et le décor dans le traitement formel, reproduction de photographies dans les espaces dédiés aux carnations, inscription de courtes phrases, écriture et lettrage. Comme on le voit, l’innovation est contenue dans le mélange des codes et leur intégration dans une œuvre originale et inédite. Les codes viennent d’autres cultures plastiques, essentiellement celle du graffiti mais également des codes de l’image publicitaire et de l’image de mode.

Je vois, à l’émergence de ce mouvement, deux raisons principales.

Historiquement la peinture, au sens le plus large, n’est plus le seul vecteur de la création d’images érotiques. L’intégration des codes venant d’autres univers graphiques est le reflet de notre vision du monde moderne où se mêlent des cultures de l’image d’une incroyable variété. Les formes traditionnelles, telle celle du portrait posé, sont « récupérées » pour donner naissance à une autre forme qui n’a pas de commanditaire, qui n’est pas contrainte par la ressemblance, qui, pour exister a besoin de se distinguer des formes antérieures.

Ainsi se développent sans se mêler deux courants pour peindre les carnations : un courant « traditionnel » qui garde l’objectif du réalisme et un courant « synthétique » qui n’est pas limité par la copie du réel et fédère les codes graphiques contemporains.

 

Image: 
Sitou Matt
Ernesto Novo
A.Stevens
A.Stevens
A.Stevens
A.Stevens

Mots-clés

entreleslignes.be ®2022 designed by TWINN Abonnez-vous !