semaine 48
Portrait de Robert Lemaire
A PA PEUR

En « l'onzeans » la marge, pouvoir savoir (ou savoir pouvoir?) écrire entre les lignes

Le 02 novembre 2021

Quand on écrit et qu'on tente de dire des choses intelligentes (celles qui sont « entre les lignes »), et qu'on essaie d'exprimer diverses choses qui devraient évidemment intéresser les Autres, (nos chers lectants), des choses qui puissent les conforter (et les délecter), dans leurs attitudes attentives ; ce/cette lecteur-lectrice (le/la lectant(e)) qui s'investit dans son rôle de lectrice-lecteur, (lectant sachant lecter) et qui espère n'avoir pas perdu son temps en lisant des théories stupides, lesquelles ne font pas avancer le schmilblick d'un cran...de ce fait, le scripteur sachant scripter (le scriptant?) réfléchit donc à deux ou même trois fois avant d'affirmer que la terre est plate ou que ce sont les aliens qui ont formés une alliance avec les USA, la Russie et la Chine pour exploiter les ressources terrestres en attendant d'avoir les moyens pour extirper celles de la planète Mars, ou d'une quelconque exoplanète suffisamment proche de notre système solaire pour pouvoir y accéder...

On peut aussi tenter d'approcher la problématique de l'écriture, et poser à ceux qui nous déchiffrent, (déchiffreurs sachant déchiffrer) (les déchiffrants, quoi ! ) les difficultés auxquelles les scriptant/scripteurs (sachant scripter) se heurtent afin de les conscientiser un peu plus sur la difficulté d'être et aussi, pour esquisser un semblant de réponse quant à savoir pourquoi on est là, à quoi ça sert, si ça sert à quelque chose !

Enfonçons le clou : c'est l'écriture (de la langue du langage) qui permet cette liaison avec l'Autre, parce qu'il possède les mêmes codes que nous, la même langue, mais pas toujours le même langage. C'est comme certaine cartes à jouer dont on connaît la signification et qui, lorsqu'on les joints l'une à l'autre, valent autre chose que si elles étaient seules !!!

Lève-toi et smash ! Enjolive-toi et clasch ! Ecrase-toi et crasch !

Autant de formules qui relèvent d'une sorte de jeux dont les règles ne sont pas vraiment définies, un jeu qui emploie des consonances, des similitudes, des particularités, et aussi des ressemblances qui forment souvent des allitérations sans fond significatif, un fond qui peut-être ne signifie rien, (mais on ne sait jamais), rien de spécial, sinon une incertaine tournure d'esprit qui émerge des lobes du cerveau du scripteur (le scriptant autrefois nommé l'écrivain) !...En effet, celui-ci, à l'aide de sa mémoire, peut fait surgir son savoir acquis (ou peut-être inné), ses connaissances, bref sa culture, qu'il peut matérialiser de par le bout de ses doigts, ceux qui tiennent la plume, le bic ou le crayon ou qui tapent sur le clavier de l'ordi !

Il croit, il pense même qu'il croit, qu'il n'a rien d'autre à faire que de s'amuser avec les mots, ou du moins, ce faisant, il pense qu'il croit qu'il a le droit de s'amuser gratuitement, tout ça parce qu'il connaît les lettres qui forment les mots et qu'il sait les règles grammaticales efficaces qui peuvent les assembler!

Mais il ne se doute pas que c'est son inconscient qui agit et qui lui envoie les mots enfoncés dans ses synapses depuis sa naissance, ces mots qu'il croit avoir décidé de se servir...(aaha ! le fameux effet « tuyau de poéle » Lacanien...)

Au fond, il croit qu'il n'a rien d'autre à faire que de croire que ce qu'il va imaginer, c'est lui-même, de son plein gré, qui va créer quelque chose ressemblant à un ou des concepts, tout en mêlant et en triturant l'alphabet, le vocabulaire, la grammaire, et qu'ainsi une grande idée surgira, que des significations spéciales vont se commettre et que quelque chose de grandiose va certainement se passer pour enfin, coucher tout ça par écrit !

Mais, car il y a un mais, rien ne se passe vraiment comme il croit qu'il pense que ça va se passer ! Il ne sait pas que la frustration va en augmentant et l'envie de dire des choses importante va aussi en augmentant alors que tout (ou presque) à déjà été dit par l'un ou l'autre hominidé bien plus instruit que lui, plus intelligent, plus cultivé, l'un ou l'une ou l'autre représentant(e) d'une des espèces humaines terrestres !

Et puis, il y a aussi l’angoisse de savoir qu'on ne dira jamais quelque chose de neuf, quelque chose que jamais personne n'aura dite, que jamais personne n'aura eu l'idée de dire, une angoisse qui génère une prise de conscience momentanée, à savoir que le canal est totalement bouché et qu'il faudrait un sacré coup de ventouse pour enlever le bouchon afin que sortent les nombreuses et incommensurables idées qui nous traversent la tête presque tout le temps, si fréquemment que nous avons du mal à saisir tant elles se bousculent dans le ciboulot.

(à lire d'une traite) :

_Mais on sait que l'une d'entre elles tente de se frayer une place plus importante dans la file pour aboutir au guichet afin d'acheter le billet qui donne droit à la place gratuite au panthéon des phrases inutiles et à la vanité imbécile réservée justement aux imbéciles qui se croient les plus malins les plus intelligents et les mieux placés pour que leurs avis soient reconnaissables afin que la paternité de la phrase leur soit attribué_

Monstrueuse écriture, débordante de traîtrise, qui veut nous faire croire qu'elle est panacée universelle ! Faux-jeton de la grammaticalité qui ne répond jamais aux sollicitations virales qui pourraient pourtant dénouer des situations rocambolesques. Tout ça parce qu'on aime se vautrer dans la béatitude béate, sur des matelas passionné de compassion, on aime s'allonger près de celle ou celui qui croit en nous, tout du moins qui espère nous faire croire qu'il croit en nous et qui nous fait des cadeaux somptueux dans l'espoir que ça effacera les soupçons légitimes qui nous trottent en tête alors que l'excellence de leur don cherche seulement à effacer ces griffures qui nous marquent des épaules jusqu'aux flancs et qui parfois, s'infectent.

Fabuleuse écriture venue du fond des temps, véritables projections mentales vers les extrémités préhensiles pour provoquer une dextérité précise pour former des signes, des droites, des courbes, des assemblages de points et de tirets, de creux et de renflements qui vont offrir à celui ou celle capable de les décoder, le message transmis par ce fameux scripteur scriptant sachant scripter à un destinataire, la plupart du temps totalement inconnu au moment même de sa création !

Donnez-moi un mot et je vous fait une phrase, donnez-moi une phrase et je vous jette aux faux-semblants, aux phonèmes assoupis qui soudain réveillés, dévorent le cortex, l'avalant goulûment, se dé-lectant des signes pontifiants à ne pas s'y fier, se pourléchant de signifiants signifiés qui, sans trop les mâcher (pour ne pas prendre le risque qu'une mauvaise digestion puisse abîmer les morphèmes nouveaux nés), pourront assouvir leurs besoins de significations absconses ; ils vont se repaître, ces voraces, de ce que vous n'avez jamais pu comprendre, et ils vous le feront savoir par l'entremise d'une intuition parasitaire duodénomesque, provoquant au passage une clameur médiévale, un « Haut les coeurs !» qui ne pourrait jamais s'arrêter, à moins qu'une vulgaire entérite paroxysmique apaise les spasmes syntaxiques qu'acclamait un verbal délire incoercible.

Oufti ! Qu'énaffaire !

Alors vraiment « a pa peur » des mots démons ?

 

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