semaine 32

La tectonique des plaques guette les démocraties

Edito par Jean Rebuffat, le 09 juillet 2016

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Un peu partout en Europe, les dernières élections montrent que les opinions publiques sont labiles

On l'oublie un peu, mais ce n'est pas la première fois dans l'histoire que dans les pays où les élections sont libres émergent de nouveaux partis. Les partis politiques sont une création récente, en gros au tournant du dernier quart du XIXème siècle. L'irruption des doctrines socialistes l'explique en grande partie. Jusqu'à la première guerre mondiale, c'est-à-dire il y a cent ans, les élites politiques émettaient de fortes réserves à l'idée que des socialistes soient capables d'exercer le pouvoir. Puis il y eut les vagues fascistes des années 20 et 30. Enfin, dans le début du dernier tiers du siècle passé, timidement au début, on vit fleurir les écolos. Dans le cas particulier de la Belgique, des partis communautaires se mirent en place un peu avant.

 

Il est donc erroné d'imaginer que l'émergence des nouvelles gauches, des partis populistes et/ou nationalistes et les tentatives de rapprochement de micro-partis constituent des phénomènes inédits.

Cependant, l'ampleur et la rapidité de l'ascension de ces mouvements n'en restent pas moins très impressionnantes : on a l'impression qu'elles se répondent et surtout, qu'il n'est plus nécessaire de patienter pendant de longues décennies dans les antichambres du pouvoir avant d'y accéder.

Les élections présidentielles en Autriche (annulées...), le Brexit, Podemos, Syriza, Cinque Stelle mais aussi la NVA, Mélenchon ou Le Pen sont des facettes de ce phénomène qui porte en lui un espoir et un danger.

L'espoir, c'est que les choses bougent. « Le changement, c'est maintenant » convenait tout autant au Brexit qu'à François Hollande il y a quatre ans. Le danger, c'est que les séismes annoncés ne soient en quelque sorte que les répliques de tragédies antérieures.

Le repli sur soi, la peur de l'étranger, le refus de comprendre combien sont énormes les défis imminents, qu'ils soient économiques, sociaux et environnementaux, voire même sécuritaires, l'idéalisation d'un passé antérieur qui n'a jamais existé, tout cela peut certes aboutir à des majorités, mais pas à un projet, pas à une vision. Là encore, le Brexit a été très révélateur : des mécontentements se sont additionnés pour larguer les amarres européennes de la Grande Bretagne. Pour aller où ? Mystère. Rien n'avait été préparé, anticipé, imaginé. L'improvisation a beau être une constante dans l'histoire des hommes, et l'annonce de lendemains radieux, une autre, c'est une sorte de record qui vient d'être établi. Et qui comme tous les records ne demande qu'à être battu...

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