semaine 32

Ferme-la, c'est ta faute

Edito par Jean Rebuffat, le 28 juillet 2016

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Saisie d'écran

Le messager est toujours le porteur des mauvaises nouvelles. Que peut-on, que doit-on, que faut-il dire ? Que peut-on taire sans faire imaginer qu'on cache quelque chose?

Piégée dans sa propre modernité par des obscurantistes, la société qui est la nôtre, celle des Droits de l'Homme, de la tolérance et de la primauté de l'humain sur toute transcendance, se questionne à propos de la contagion et se demande s'il ne vaudrait pas mieux ne pas faire de publicité aux actes terroristes en les ignorant plus ou moins complètement. Plusieurs chaînes de télévision et plusieurs journaux en France ont décidé de ne plus montrer la tête des terroristes. Ils en reviennent, cela dit en passant, au vieil usage que tous ceux qui sont passés par la chronique judiciaire connaissent bien : aux Assises, sauf accord de l'accusé, point de photos – mais rien n'interdit le dessin...

Je comprends ce souci. La présomption d'innocence elle-même implique qu'il faille être extrêmement prudent, de façon générale, avec la publication des identités des suspects. C'est souvent les attacher au pilori cruel de l'opinion publique et il y a dans les suspects des innocents. Mais comme en toute chose, le problème vient des limites. Il est clair qu'écrire que le sieur N. S., ancien président de la République française, est mis en examen dans telle affaire est d'un ridicule achevé...

Je suis néanmoins assez d'accord sur l'idée puisque désormais, il est évident qu'une certaine gloriole parallèle à une certaine forme de déséquilibre mental et social joue le rôle d'un aimant vis-à-vis de cette faible limaille que sont ceux qui veulent mourir en martyr et en soldat. Mais je doute en contrepoint que ce ne serait qu'avoir son nom en manchette des médias qui motiverait ces hommes. Ce qui me paraît le plus sain dans la démarche, c'est que le questionnement existe : comment répliquer, comment rendre compte, comment expliquer ?

On entend trop de discours simplistes ou réducteurs et ceux qui fustigent les médias ont des relents d'Ancien Régime. Taire les attentats ? Imagine-t-on la joie des complotistes ? Et de quel droit ? Si l'hypermédiatisation a ses inconvénients, l'hypomédiatisation en comporte de plus dangereux. Qui, quel censeur va décider ? Le Roy ? Sa police ?

Il est vrai qu'hélas on entend dire qu'il faut désormais enfermer tous les suspects. Le retour de la lettre de cachet...

C'est la réflexion humaniste qu'il faut opposer aux barbares qui veulent qu'on leur ressemble. Il n'y a nulle résignation à admettre que ces attentats vont continuer. On prend l'avion ou la voiture en sachant qu'il y a des accidents. Il faut multiplier les précautions sans remettre nos libertés en péril. Il n'y a pas d'autre issue et cela s'impose d'autant plus que toutes les restrictions de ces derniers mois ont démontré leur inefficacité. Je n'ai pas la moindre envie de voir nos démocraties ressembler à la Turquie.

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