semaine 32

La météo des races

Edito par Jean Rebuffat, le 12 août 2016

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Cette affiche n'a pas un siècle...

Ce qui fait pousser des cris, cette semaine, c'est ce sondage européen indiquant que les opinions publiques de tous les pays sont d'accord sur un point: il y a trop d'autres où ils sont. La xénophobie et le racisme ne sont pas la même chose. Et si l'on se trompait d'ennemi?

Bien sûr, le résultat global est navrant. Que de très larges majorités soient méfiantes ou pire hostiles vis-à-vis des migrants, que peu comprennent leur intérêt économique ou restent cohérents avec leur système de valeurs, on s'en doutait un peu. On dit que l'homme est un animal social et c'est parfaitement vrai. Mais d'où venons-nous? D'une toute petite poignée d'erreurs chromosomiques qui firent passer de 48 à 46 nos chromosomes. Debout de plus en plus, de mieux en mieux cérébralisé, cette petite chose fragile qu'était l'animal humain a commencé à dompter le monde et à bouger dans tous les sens, quittant le rift africain pour aller toujours plus au nord, plus au sud, plus à l'est et plus à l'ouest. Social, il l'est, certes, mais d'abord à l'échelle de la tribu-famille, puis de la tribu, puis en se sédentarisant, de son village et de sa région, plus tard de son pays - et visiblement pas encore de l'univers. Le réflexe de méfiance existe encore et sans doute est-il installé aux tréfonds de chacun d'entre nous. Il ne faut pas le mépriser: il faut le maîtriser.

Comment? En se rappelant quelques vérités historiques et scientifiques. La première est qu'il n'y a qu'une race humaine. Cela n'a pas été aisé à admettre. Le mot lui-même, race, n'apparaît qu'à la fin du XVème siècle. Selon le Robert (le dictionnaire historique de la langue française, sous la direction d'Alain Rey), il vient du nord-italien razza et/ou du provençal rassa, à partir du latin generationem, l'accusatif de generatio: il existe en vieux vénitien une forme intermédiaire, naraccia, et le mot aurait rencontré d'autant plus de succès qu'il a été rapproché de ratio (la raison) et de natio. Il faut dire que les critères apparents des différents hommes sur la terre ont aussitôt (l'Amérique vient d'être découverte) frappé les esprits humains, férus de classifications et de modèles mathématiques. Si l'on range bien les fleurs, pourquoi pas les hommes? Seulement, les critères les plus évidents sont fallacieux. La couleur de la peau? La stature? La forme du crâne? Tout a été essayé avec des présupposés comme la suprématie de la pseudo-race blanche ou caucasienne qui font rire les généticiens, les anthropologues et biologistes. Plus on est clair, plus on est malin, plus on est civilisé: quelle rassurante pseudo-certitude qui ouvre la voie à l'esclavagisme et au colonialisme!  La stupidité intrinsèque du racisme lié à la couleur de la peau est telle qu'il porte en lui-même sa négation; la shoah ou le Rwanda le démontrent aisément: il n'est pas nécessaire d'avoir une couleur différente pour risquer l'extermination. Là aussi, ce sont des critères culturels qui jouent et qui se combinent avec une déshumanisation délibérée et contagieuse de l'autre pour aboutir au pire.

Au pire qui est tout de même généralement perçu comme tel. Mais peut-être faudrait-il arrêter de parler de racisme car c'est déjà faire trop d'honneur au mot race alors qu'il n'y en a eu qu'une et qu'il n'y en a qu'une. Même les néandertaliens, dont on entend parfois dire qu'ils formaient une race, ont laissé des traces dans nos chromosomes contemporains. Regardez-les, d'ailleurs, ces pauvres hères, tels qu'ils sont décrits: front fuyant, arcades sourcilières proéminentes - bref, des brutes épaisses et débiles face à nous, la race supérieure... On a plus de considération pour les bonobos, chez qui on chercher avec tendresse les points de ressemblance jusque dans le comportement (et il y en a, d'ailleurs). Tout indique que l'espèce humaine est formée d'un continuum génétique composé d'énormément de variations individuelles. Et qui plus est, le bagage génétique n'explique même pas tout: extérieurement semblables, les jumeaux homozygotes ne sont pas identiques dans la vie, alors que dans n'importe quelle fratrie ordinaire, il y a bien des points de ressemblance...

Aux xénophobes, que dire d'autre que ceci: l'homme a toujours migré, il s'est toujours mélangé, rien ne l'a arrêté, même l'hostilité de ses semblables. Cette constante ne changera pas même en rétablissant des frontières. Vous pensez être envahis? Vous l'êtes. Comme d'habitude. Vous fûtes vous-mêmes envahisseurs. Les inégalités entre les hommes ne sont pas intrinsèques et il est normal que comme les zones de haute pression, en météo, expédient des vents vers les zones de moindre pression, les malheureux bougent, parfois d'un bout du pays à l'autre, parfois d'un bout du monde à l'autre. L'exode rural du XXème siècle a été autrement plus radical que les actuels mouvements de migrants. La météo des races, j'emploie ce mot avec dérision, connaît ses orages, ses tempêtes et ses averses mais comme dit la chanson, le soleil donne la même couleur aux gens - celle de l'or.

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